‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 142 sur 153 · On ;i donne ce jugenu'iit :i titro do cariositc · texte numérisé non relu

On ;i donne ce jugenu'iit :i titro do cariositc

Le génie de Biiflon avait plus d'un rapport avec celui qui animait les philosophes de la Grèce, dont l'imagination était si vive et si hardie. Il s'indigna contre ceux qui voulaient faire de l'histoire de la nature une simple nomenclature, un recueil de faits, unis entre eux par des liens arlificiels. La chaleur de son •esprit s'appliqua à pénétrer tout d'un coup dans les principes •de la nature, pour révéler son secret, et aussi à la présenter sous ses rapports pittoresques. Tel est le double emploi que Buffon a fait de son éloquence...

Après Buiïon, les sciences commencèrent à s'éloigner des voies qu'il avait suivies. Elles entrèrent sous la domination presque absolue de l'expérience ; elles perdirent le caractère contemplatif, pour acquérir le caractère de l'observation raisonnée... Mais ce n'est point une raison pour dédaigner l'aspect sous lequel Buffon a envisagé la science, et pour le réduire à la gloire si grande encore d'écrivain éloquent et de peintre inimitable. Le désir d'expliquer, la curiosité des causes, l'amour des théories générales, sont l'aliment premier et nécessaire des sciences; c'est parce qu'on espère révéler quelque grand secret de la nature, qu'on ressent de l'ardeur à en connaître les détails; cet espoir soutient l'émulation. Si se passionner pour une hypothèse nuit à l'observation, désespérer de former un système nuit bien davantage encore, puisque par là on perd le courage d'observer les faits, et aussi le moyen de les lier entre eux. Si donc on décrie sans cesse l'esprit de théorie, si l'on est armé de ridicule et de mépris contre celui qui exerce son imagination en même temps que sa faculté d'observer, on détruira le germe et le principe de chaleur qui fait vivre les sciences.

De Baran'tk, de la Littérature française i^endant le dix-huitième siècle; Didier.

On cite chez lui quelques exemples charmants d'une langue neuve et véritablement trouvée, mais ils sont rares. La grande beauté chez Buffon consiste plutôt dans la suite et la plénitude du courant. Son expression, du moins, n'a jamais ce tourment ni cette inquiétude qui accompagne chez d'autres l'extrême désir

de la nouveanlé. Elle offre, dans cerlains coins de tableaux, de ces grâces légères qui me touchent plus que les endroits plus souvent cités. Par exemple, parlant du cerf : « Le cerf, ditil, paraît avoir l'œil bon, l'odorat exquis et l'oreille excellente. Lorsqu'il veut écouter, il lève la tète, dresse les oreilles, et alors il entend de fort loin ; lorsquil sort dans un petit taillis ou ckoifi quelque autre endroit à demi découvert, il s'arrête pour regarder lie tous côtés, et cherche ensuite le dessous du vent, pour sentir s'il n'ii a pas quelqu'un qui puisse l'inquiéter. » Quel tableau léger, dessiné en trois lignes, et tranquillement complet! Ainsi, parlant de la fauvette babillarde, de cet oiseau ail caractère craintif et si prompt à s'effrayer, il dira : « Mais, l'instant du péril passé, tout est oublié, et, le moment d'après, notre fauvette reprend sa gaieté, ses mouvements et son chant. C'est des rameaux les plus touffus qu'elle le fuit entendre: elle s'ij tient ordinairement couverte, ne se montre que par instants au bord des buissons, et rentre vite à l'intérieur, surtout pendant la chaleur du jour. Le matin, on la voit recueillir la rosée, et, après ces courtes pluies qui tombent dans les jours d'été, courir sur les feuilles mouillées, et se baigner dans les gouttes qu'elle secoue du feuillage. » C'est dans ces parties fines et transparentes que Buffon se rejoint comme peintre à Bernardin de Saint-Pierre, lequel apportera de plus, dans ces scènes de la nature, un rayon de lune, une demi-teinte de mélancolie.

En général, Buffon peint la nature sous tous les points de vue qui peuvent élever l'àme, qui peuvent l'agrandir, la rasséréner et la calmer; il aime, d'un mot, à tout ramener à l'homme; il a de la volupté souvent dans le pinceau, mais il n'a pas cette sensibilité où Rousseau et d'autres excelleront : IkilTon est un génie qui manque d'attendrissement.

Montesquieu vieillissant était fatigué et le paraissait : lUiffon , ne l'était pas. Une comparaison de Bull'on avec Montesquieu serait féconde, et achèverait de préciser et de définir les traits caractéiistiques de sa forme de nature et de son procédé de talent. Buffon reconnaissait à Montesquieu du génie, mais il lui contestait le style : il trouvait, surtout dans VEsprit des lois, trop de sections, de divisions, et ce défaut qu'il reprochait à la pensée générale du livre, il le retrouvait encore dans le détail des pensées et des phrases; il y reprenait la façon trop aiguisée et le trop peu de liant : « Je l'ai beaucoup connu, disait Buffon de Monli'squieu, et ce défaut tenait à son physique. Le président était presque aveugle, et il était si vif que, la plupart du

temps, il oubliait ce qu'il voulait dicter, eu sorte qu'il était obligé de se resserrer dans le moindre espace possible. » C'est ainsi qu'il expliquait ce qu'il paraît y avoir parfois d'écourté dans le langage de Montesquieu. Lui, Buffon, avait au contraire la faculté de retenir de mémoire ses vastes écrits, et il se les déployait ensuite à volonté, dans toute l'étendue de la li'ame, tant pour la pensée que pour l'expression.

S\i.\te-Bel:vf., Causeries du lundi, t. IV; Garnier.

BufTon est peu lu aujourd'hui, sauf dans la partie du public éclairé qui s'occupe d'études scientifiques; ce qu'en connaissent la plupart des lettrés, ce sont quelques grands morceaux desoriptifs célèbres, comme modèles de pompe et de rhétorique noble, quelques monographies d'animaux, telles que celles du cheval, de l'àne, du cerf, quelques fragments des oiseaux; joignez-y, pour un petit nombre, ces admirables tableaux des Époques de la nature, où BufTon a résumé avec tant d'éloquence sa Théorie de la terre, et c'est tout. Il est i-are que le lecteur moderne pousse plus loin la fréquentation de ce livre, qui eut au siècle dernier un si prodigieux succès ; c'est un tort, car je n'en connais pas qui récompense plus pleinement les peines de son lecteur et dont l'étude soit plus féconde. Nul livre n'est aussi rempli que celui-là de faits curieux, d'observations ingénieuses, de vues fécondes, d'hypothèses de tout genre; c'est une véritable forêt vierge d'idées et de conjectures aussi variées que hardies; seulement j'ai remarqué que, faute de l'attention et de la patience suffisantes, la plupart des lecteurs ne savaient pas s'orienter dans cette forêt vierge de manière à rencontrer les districts les plus intéressants sans s'égarer trop longuement. Pour lire BufTon avec plaisir, il faut préalablement apprendre à le lire, et pour cela nue piemière lecture rapide est au moins nécessaire. Ce n'est pas précisément aux monographies d'animaux qu'il faut s'adresser pour se faire une idée exacte du génie de BufTon : celles des animaux qu'il avait vus plus particulièrement sont admirables; mais en somme il n'en avait étudié directement el minutieusement qu'un très petit nombre... A part ces exceptions, du reste fort considérables, ce n'est pas aux descriptions mêmes des animaux qu'il faut s'adresser, dis-je, pour prendre une idée exacte du génie de BufTon; c'est aux petites

dissertations qui les précèdent et aux observations qui les accompagnent.

MoxTÉGCT, Revue des Deux Mondes. 15 mars 1872.

C'est un très grand savant. Aucune des qualités du savant ne lui a manqué, ni le goût de l'observation et la patience à ob- - server, ni le labeur énorme, continu et tranquille, ni l'esprit <rordre, ni la clarté, ni l'absence de passion et de parti pris, ni l'imagination scientillque, c'est-à-dire la faculté de généralisation et d'hypolbèse; ni le sang-froid à ne prendre les généralisations que comme des bypothéses, et les bypotbèses que comme lies commodités de travail, ayant toujours un caractère provisoire et toujours destinées à être un jour abandonnées; ni la puissance de former des systèmes, ni le mépris des systèmes dés qu'ils veulent être tenus pour des dogmes inébranlables et lier l'esprit bumain qui les a produits. 11 était grand, et patient et liumble et soumis observateur, quoi qu'on en ait dit. Comme l'attention s'est surtout portée sur son liistoire des animaux et sur ses deux grandes généralisations, Théorie de la terre et Époques de la nature, on a beaucoup dit qu'il a souvent décrit sans avoir observé par lui-même, ce qui est un peu vrai pour ce qui est des animaux, et qu'il est surtout un bomme à magnilîques idées générales, ce qui est vrai de ses deux Discours. Mais il faut lire son admirable minéralogie, et sa curieuse, sagace et, pour le temps, merveilleuse embryologie, pour voir à quel point il est l'homme du laboratoire, de l'observation cent fois reprise et de l'expérience cent fois répétée. Il y a telles paires qu'on pourrait intituler : « Sur la manière de se servir du microscope, )> et telles autres, sur les fourneaux à grand feu, les fourneaux à feu restreint, mais activé, elles miroirs ardents, qui font aimer le grand homme appliqué et pratique, qui le montrent sachant son métier et le faisant de près avec toute la patience minutieuse qu'il exige. BulTon penché, et la loupe à son œil de myope, voilà le portrait qu'on n'a pas assez fait, voilà l'attitude où l'on n'a pas suffisamment pris coutume de le voir; et ce portrait esl plus intéressant et au moins aussi vrai que celui de Butfon en manchettes écrivant dans un cabinet vide.

E. Facukt, Dix-Huillcme Siècle; Lecène.

La doctrine classique renferme en elle-même deux contradictoires qui, longtemps cachées et conciliées par l'art merveilleux des grands écrivains du xvii" siècle, éclatent dans le Uiscûurs sur le style et le rendent parfois si inintelligible et si incohérent, malgré le dogmatisme soutenu du ton et la consistance apparente de la composition. D'une part, l'idéal de l'art ilassique est de rendre l'universel et de créer des types qui défient le temps et l'espace. De l'autre, la perfection pour l'écrivain, c'est d'exprimer sa personnalité par la marque la plus originale. Voilà donc deux éléments contraires, l'un génélal, l'autre particulier, qui devront se combiner pour former, par leur harmonie, la beauté parfaite. Mais faire coexister ainsi le particulier et le général dans une même œuvre, n'est-ce pas, au point de vue logique, pécher contre cette loi de l'unité qui domine l'art classique? Et de ces deux éléments l'un ne doit-il pas condamner, absorber ou s'assimiler l'autre? Pourquoi la iiénéralité du fond n'appellerait-elle pas la généralité de la iorme? Et pourquoi cette forme n'atteindrait-elle pas à son tour un « point de perfection » qui deviendrait pour elle un type unique et universel? Pourquoi enfin n'y aurait-il pas un seul style' comme il y a une seule logique, et une seule langue comme il y a une seule raison? Voilà l'extrémité où l'art classique parvient et s'arrête avec lîuffon. Il ne peut pas aller au delà dans cette évolution constante et progressive vers la généralité totale; son terme, et nous y sommes, c'est exprimer les pensées les plus générales par les termes les plus généraux.

Knx^TZ, Essai siti' l'esthétique de Descartes; Alcan.

Page 1