XII
Montrer, par l'étude de la septième des Éj^oques de la nature. comment ButTon, théoricien du style dans le Discours sur le style, met en pratique sa théorie sur la manière de composer ■et d'écrire.
(IT
Quelle idée générale et définitive doit nous rester de Butron homme, grand seigneur, philosophe, savant, critique, écrivain; marquer sa place et son originalité parmi les grands écrivains •et les principaux philosophes de son siècle.
(IT
BiilToQ a dit : « Quand vous avez un sujet à ti-aiter, n'ouvrez aucun livre, tirez tout de votre tête. « Que pensez-vous de cette maxime? Dans quels devoirs scolaires pouvez-vous l'appliquer?
(Ille-et-Vilaine. — Hrevet élémentaire.
Aspirants, 1888.)
D-e la peinture morale des animaux dans BufTon.
(Ardennes. — Brevet scpériecr.
Aspirantes, 1894.)
« Le style du président de Montesquieu! disait avec dédain M. de BufFon; mais Montesquieu a-t-il un style? » .N'aurait-il pas mérité qu'on eût osé lui répoudre : 11 est vrai, Montesquieu n'a eu que le style du génie, et vous. Monsieur, vous avez le ^énie du style. ;> (Grimm, Correspondance, février 1788.) Expliquer et discuter ce mot.
« ButTon remplit l'esprit d'emphase. Buffon a du génie pour l'ensemble, et de l'esprit pour les détails. Mais il y a en lui une emphase cachée, un compas toujours trop ouvert. » Que pensezvous de ce jugement de Joubert?
Villefianche-lc-Kouergue. — J. banloux iinijr.
L'élccliou et la rcceplioii de EiiilYoïi à t'Afadéuiie.
On lil dans la Correspondance de Grimm, à la date du 1'="' juillet i7o3 : « L'Académie française a perdu un de ses quarante, dans la personne de M. l'archevêque de Sens, frère du fameux curé de Saint-Sulpice et auteur d'un fort obscur ouvrage. » Successivement aumônier de la dauphine, évêque de Soissons et archevêque de Sens, Bourguignon d'ailleurs, comme Buffon, Languet de Gergy était académicien dès 1721. Les caprices du sort donnèrent pour successeur l'auteur de l'Histoire naturelle à l'auteur de la Vie de la vénérable mère Marguerite- Marie Alacoque (1720)'. Ce fauteuil, que Languet avait occupé trente-deux ans, Butfon y devait rester assis plus longtemps encore, avec plus de gloire. Voici la liste de ceux qui l'y ont précédé et suivi :
1635 : Séguier. — 1643 : de Bezons. — 1684 : Boileau-Despréaux. — 1711 : Jean d'Estrées. — 1718 : d'Argenson. — 1721 : Languet de Gergy. — 1753 : Butfon. — 1788 : Vicq-d'Azyr. — 1803 : Domergue. — 1810 : Saint- Ange. — 1811 : Parseval de Grandmaison. — 1836 : de Saivandy. — 1857 : E. Augier. — 1891 : M. de Freycinet.
Ce n'est pas sur Butfon que le choix de l'Académie semblait
I. Né à Dijon, en 1677, Languet de Gergy avait publié aussi un Traité iJe la ronfiance enla miséy-icorde de Dieu. Le directeur de l'At-adémie le loua, mais le lou^i mal, si l'on en croit un contemporain : i< M. de Moncrif commence le panégyrique de M. rarchevéi|ue de Sens par un éloge singulier. Il dit que cet illustre prehit, depuis quelques années, éprouvait un affaiblissement sensible dans sa santé. S'il l'avait conduit U la moit tout de suite sans s'arrêter en chemin et sans parler d'un mauvais ouvrage que l'archevêque de Sens préparait contre l'Esprit des lois, il aurait sans doute lait cet éloge au gré du public. " (Gri.mu. l"' septembre 17.1.3.) 11 avait déféré Y Esprit des lois à r.\ssemblée du clergé, qui laissa tomber l'accusation. Voir la lettre de Montesquieu au duc de Xivernois, S oct. 1750. *
G. de Litt. — Bcffox {Discoin's sur le style). 1
devoir se fixer. On avait songé à un autre écrivain bourguignon, Piron; mais Piron avait à se reprocher certains péchés de jeunesse, que le scrupuleux Louis XV ne pardonnait pas. Or, deux scrutins étaient nécessaires pour une élection académique : le premier présentait un candidat au protecteur, qui, depuis la mort de Séguier, était le roi; le second élisait définilivenient le candidat agréé. Cette l'ois, le roi refusa son approbation. Quelle curiosité pourtant c'eût été, un discours académique de Piron! (< Il est tout l'ait, et le vôtre aussi, disait-il au directeur de l'Académie.—Gomment cela?— Je me lèverai, j'ùterai mon chapeau, je dirai : <i Messieurs, je vous remercie de l'honneur que vous « m'avez fait. » Vous vous lèverez, vous oterez voire chapeau et vous répondrez : « Monsieur, cela n'en vaut pas la peine, y
C'était se montrer à la fois bien concis et bien assuré du succès. Buffon, qui fut plus long, ne songeait pas alors, semble-t-il, à l'Académie française. A vingt-six ans, le 3 février 1733, grâce à ses relations mondaines, il avait remplacé Jussieu à l'Académie des sciences (section de mécanique). Il n'avait rien écrit encore, car sa traduction de la Statique des véijétaux de Haies est de 173b, et celle du Traité des fluxions de ^'ew•to■n, de 1740. M. Villemain et ceux qui l'ont suivi se trompent sur ce point. Bientôt même il avait été nommé trésorier perpétuel de l'Académie, charge de confiance, que tant d'autres occupations l'empêchèrent de remplir. Depuis, les premiers volumes de VUistoire naturelle avaient paru; mais le plus irrand des académiciens, Voltaire, ne venait-il pas d'en combattre, avec un dédain ironique, les idées essentielles? 11 est vrai que Voltaire, à peine échappé à la tyrannique amitié de Frédéric II, avait autre chose à faire qu'à intervenir dans les élections de l'Académie, où BulTon comptait des amis, comme Maupertuis, son collègue à l'Académie des sciences, comme l'abbé Sallier, professeur d'iiébreu au Collège de France, dont il avait été le bienfaiteur, et dont il devait être le légataire universel.
Lui flt-on proposer en secret la place où Piron allait s'asseoir avec ce sans-façon quelque peu impertinent? Ce qui est certain, c'est que, par un juste sentiment de sa valeur, à l'exemple de Boileau et de la Bruyère, il refusa de faire les visites obligées', et que l'Académie ne lui en tint pas rigueur. « C'est
1. Elu académicien, Lamoiiriion, avocat frénéral au i)arlenient. avait refusé. Sans doute il voulait plaire ;i M. le Duc, qui appuyait Chaulieu : mais l'Académi.'. justement blessée, décida que personne ne serait élu sans avoir témoigné de son dosir d'être admis en se pliant au\ visites réglementaires.
DISCOURS SUR LE STYLE :j
la première fois, écril BiiIFoa au présidenl de Ruffey', que quelqu'un a été élu saus avoir fait aucune visite ni aucune tlémarciie, et j'ai été plus tlatlé de la manière agréable et distinguée dont cela s'est fait que de la chose même, que je ne désirais en aucune façon. »
Peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de rappeler ici comment était composée cette Académie, qui, à défaut de Piron, élut BufFon, déjà suspect, malgré sa rétractation de ITol, à la faculté de théologie :
Alary, prieur de Gournay-sur-Marne; d'Argenson; maréchal de Belle-Isle; cardinal de Bernis; Jérôme Bignon; comte de Bissy; Boyer, évèque de Mirepoix ; de Boze; Crébillon; Destouches; Duclos; Dupré de Saint-Maur; Foncemagne; Giry de Saint-Cyr; Gresset; président Hénault; la Chaussée; abbé de Laville; cardinal de Luynes; Mairan; Marivaux; Maupertuis; Mirabaud; Moncrif; Montesquieu; duc de Nivernois; abbé d"0livet; du Resnel; maréchal de Richelieu; cardinal de Rohan- Soubise; duc de Sainl-Aignan; abbé Sallier; A.-L. Séguier; Séguy; Surian, évèque de Vence; Vauréal, évèque de Rennes; duc de Villars; Voltaire.
Entré à l'Académie en foulant aux pieds les usages consacrés, BufTon ne chercha pas à se faire pardonner par une servile obéissance aux traditions du discours académique, et crut au contraire que son discours, comme son élection, devait frapper les esprits par un caractère hardi de nouveauté. Mais le Discours sur le slyle ne fut pas un de ces coups de théâtre dont l'effet est préparé longtemps à l'avance; c'est plutôt une heureuse trouvaille à laquelle Bufi'on était conduit par la pratique journalière de l'art d'écrire. Six semaines avant sa réception, le 4 juillet 17o3, il écrivait à Rufïey : « Je ne sais pas trop encore ce que je leurdirai, mais il me viendra peut-être quelque inspiration, comme à Marie Alacoque, et je ne parlerai pas d'elle, de peur du coq-à-l'àne. » Un mois après (7 août 17o3), le discours est achevé, soumis à la critique de quelques amis,
1. 4 juillet 17o3. L'nelettre lie Montesquieu à M"»» du Deffancifli sept. 17ol)niontre que rAcadémie était nidralement engagée envers Piron; mais Bover, le précepteur du dauphin, chargé de la feuille des bénéfices, lui est hostile, et le rei lui-même intervient. Deux jours après son échec, d'ailleurs. Piron reçoit une pension de cent pistoles. Est-il vrai, comme le croient Grimm et Collé, que l'intrigant et dévot Bougainville, concurrent de Piron, ait appelé l'attention de Boyer sur certains vers licencieux du poète? En tout cas, Bougainville ne bénéficia point de sa dénonciation; l'Académie refusa de passer au vote immédiat sur sa candidature, et lui préféra BulTon, qui n'était point candidat, Bulfou qui sortait a peine d'un conflit avec la Sorbonne.