Lettre c!e décembre ITiiO
i. Lettre à Rufl'ey, 22 déiembre 1701.
3. On a aussi de BulTon un projet de réponse à M. di' Coetlosquet, anciei) évoque de Limoges, qui allait être re ;u à l'Acadéuiie en 1700, mais qui se retira au dernier moment pour assurer le succès d'un autre candidat. Après avoir vanté la modestie et la piété du prélat, Bullon y faisait le portrait de l'hypocrisie :
Il Sous ce lâche déguisement elle ose paraître : mais elle soutient mal la lumière du jour, elle a l'œil trouble elle regard louche ; elle marche à pas obliques dans des routes souterraines, où le soupçon la suit; il pr>rce le nuage, l'illusion se dissipe, le prestige s'évanouit, le scandale seul reste, et l'on voit ù nu toutes les dilToriuités du vice grimaçant la vertu. »
mors, surmonlé les sommets sourcilleux de ces montagnes embrasées où des glaces éternelles liravent également et les feux souterrains et les ardeurs du midi; s'être livré à la jiente précipitée de ces cataractes écumantes dont les eaux suspendues semblent moins rouler sur la terre que descendre des nues; avoir pi''nétré dans ces vastes déserts, dans ces solitudes immenses, où la nature, accoutumée au plus profond silence, dut être étonnée de s'entendre interroger pour la première fois; avoir plus fait, en un mot, par le seul mo lif de la gloire des lettres, que l'on ne fit jamais par la soif de l'or : voilà ce que connaît de vous l'Europe, et ce que dira la postérité.
Mais comment célébrer le lînancier Watelet, poète cF occasion? Biiffon sortit d'embarras en traçant de Mirabaud, son prédécesseur, un portrait tout entier résumé dans cette maxime : « Plus an homme est honnête, et plus ses écrits lui ressemblent- »
De nouveau directeur, en 1775, à soixante-huit ans, il reçut avec la même dignité le duc de Duras, maréchal de France sans avoir commandé d'armée, académicien sans avoir écrit, successeur du tragique de Belloy, dont Bulfon se plait à vanter l'essai, bien timide et gauche, de théâtre national. Mais, peu auparavant, dans sa réponse au chevalier de Chastelux, il avait paru au-dessous de lui-même. « M. de BufTon, ditM™° Necker', ne pouvait écrire sur des sujets de peu d'importance. Quand il voulait mettre sa grande robe sur de petits objets, elle faisait des plis partout. L'éloge de M. de Chastelux est le seul mauvais ouvrage qu'il ait fait, et il est mauvais parce que M. de Butfon s'est imité lui-même : il n'avait que des idées communes sur ce sujet, et il a voulu cependant les couvrir de son beau style. » Malgré un curieux passage sur l'éloge académique, « peu digne d'une compagnie dans laquelle il doit suffire d'être admis pour être assez loué », le ton, emphatique et faux, se relève seulement par le souvenir ému d'un malheur personnel. Or, cet unique insuccès, à quoi le dut Buffon".' Précisément à l'abus de ces >( termes généraux » que vante le Dii^cours sur le style. Ainsi, la réponse à M. de Chastelux est la contre-partie et comme la parodie du Discours sur le style ; l'une représente l'éloquence académique en ce qu'elle a de convenu et de guindé, l'autre nous apprend ce qu'elle peut avoir d'utile et de vrai, mais nous avertit aussi que l'abus n'est pas loin.