‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 17 sur 153 · JOUBERT · texte numérisé non relu

JOUBERT

La raillerie de Montesquieu est sentencieuse et maligne comme celle de la Bruyère, mais elle a plus de force et de hardiesse. La Bruyère, se plaignant d'être renfermé dans un cercle trop étroit, avait esquissé des caractères parce qu'il n'osait peindre des institutions et des peuples : Montesquieu porte plus haut la raillerie ; ses plaisanteries sont la censure d'un gouvernement ou d'une nation.

ViLLEMAiN, Discours et mélanges; Didier.

Vous avez bien raison d'étudier à fond et minutieusement tout ce qui se rapporte à Montesquieu. De tous les grands esprits du xvni'= siècle, il est, je crois, celui qui restera le plus grand dans tous les siècles, et duquel notre siècle en particulier a le plus à apprendre et le moins à désapprendre.

GuizoT, Lettre à M. Viaiï, 11 sept. 1871.

Pour le Ion et les façons, Montesquieu est le premier. Point d'écrivain qui soit plus maître de soi, plus calme d'extérieur, plus sûr de sa parole. Jamais sa voix n'a d'éclats; il dit avec mesure les choses les plus fortes. Point de gestes; les exclamations, l'emportement de la verve, tout ce qui serait contraire aux bienséances, répugne à son tact, à sa réserve, à sa fierté. Il semble qu'il parle toujours devant un petit cercle choisi de gens très fins et de façon à leur donner à chaque instant l'occasion de sentir leur finesse. Nulle flatterie plus délicale : nous lui savons gré de nous rendre contents de notre esprit. 11 faut en avoir pour le lire : car, de parti pris, il écourte les développements, il omet les transitions; à nous de les suppléer, d'entendre ses sous-entendus. L'ordre est rigoureux chez lui, mais il est caché, et ses phrases discontinues délitent, chacune à part, comme autant de cassettes ou d'écrins, tantôt simples et nues d'aspect, tantôt maguiliquement décorées et ciselées, mais toujours pleines. Ouvrez-les; chacune d'elles est un trésor; il y a mis dans un étroit espace un long amas de rétlexions, d'émotions, de découvertes, et notre jouissance est d'autant plus vive que tout cela, saisi en une minute, tient aisément dans le creux de notre main. « Ce qui fait ordinairement une grande pensée, dit-il lui-même, c'est lorsqu'on dit une chose qui en fait voir un grand nombre d'autres, et qu'on nous fait découvrir tout d'un coup ce que nous ne pouvions espérer qu'après une longue lecture. » En effet, telle est sa manière; il pense par résumés; dans un chapitre de trois lignes, il concentre toute l'essence du despotisme. Souvent même, le .résumé a un air d'énigme, et l'agrément est double, puisque, avec le plaisir de comprendre, nous avons la satisfaction de deviner. En tout sujet, il garde cette suprême discrétion, cet art d'indiquer sans appuyer, ces x'éticences, ce sourire. qui ne va pas jusqu'au rire.

Tai.ne, r Ancien Ri'ijhne ; Hachette.

Je viens de feuilleter les œuvres complètes de Montesquieu, et ne puis rendre encore bien l'impression que me fait ce style singulier, d'une gravité coquette, d'un laisser aller si concis

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