‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 18 sur 153 · C. de Litt. — MoMESQuiEU · texte numérisé non relu

C. de Litt. — MoMESQuiEU

d'une force si fine, si malin dans sa froideur, si deLaché en même temps que si curieux, haché, heurté, comme des notes jetées au hasard, et cependant voulu. Il me semble voir une inlelligence sérieuse el austère par nature, s'habillant d'esprit par convention. L'auteur désire piquer autant qu'instruire. Le penseur est aussi bel esprit, le jurisconsulte tient du petit-maitre... Dans Montesquieu, la recherche, s'il y en a, n'est pas dans les mots, elle est dans les choses. La phrase court sans gène et sans façon; mais la pensée s'écoute.

Amiel, Fragments d'iin journal Inlane ; Genève, Georg; t. l'=>-, p. 12.

L'idée de grandeur est surtout inspirée par la noble empreinte de l'intelligence, et ce que Montesquieu a été, c'est surtout un homme souverainement intelligeut. Il est possible de trouver quelqu'un qui ait mieux compris ce qu'il comprenait, et pour ainsi dire ce qu'il ne comprenait pas. Sa pensée et le contraire de sa pensée, son système et ce qui est le plus opposé à son système, et ceci et son contraire et, ce qui est le plus difficile, l'entre-deux, il pénétre en tous ces mystères, et s'y meut avec une pleine liberté, comme entouré d'un air lumineux qui émane de lui. Ou sent qu'il n'y apas eu de vie inlellecluelle plus forte, plus intense et, avec cela, plus libre ni plus sereine. Personne n'a plus délicieusement que lui, à l'abri des passions, joui des idées. Voir les idées sourdre, jaillir, abonder, s'associer, se concentrer, conspirer, former des groupes et des systèmes et comme des mondes; voir « tout céder à ses principes », <■<■ poser les principes et voir tout le reste suivre sans effort», et aussi n'être point esclave de ses principes, et savoir s'y soustraire et en aborder d'autres, et, dans un ordre d'idées qui n'est point celui qu'il préfère, ouvrir des voies que ce sera une gloire à ses successeurs seulement de suivre; ce jeu agile et sur de l'intelligence est pour lui comme une sorte de délice, une ivresse calme et subtile... Il a parlé à la raison pendant vingt années; il a eu avec elle un entretien continu, plein de sincérité, d'abondance de cœur, d'intinis et renaissants plaisirs. Il s'éveillait « avec une joie secrète de voir la lumière », et son âme aussi voyait avec une joie pleine et une sorte d'élargissement se lever en elle à chaque jour la

lumière pure d'une idée nouvelle. Il s'est pénétré d'idées et en a fait comme sa substance. Il a cru qu'elles devaient gouverner le monde, ce qui est peut-être vrai, et qu'elles pouvaient facilement le gouverner, parce qu'il était tout entier gouverné par elles. 11 a voulu mettre dans l'organisation du monde beaucoup de raison, et même beaucoup de raisonnement, parce que si le raisonnement n'est pas la raison, il en est la marque, ou du moins le signe qu'on la cherche.

Fagcet, Dix- Huitième Siècle; Lecène.

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