‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 19 sur 153 · NARRATIONS, DIALOGUES ET LETTRES · texte numérisé non relu

NARRATIONS, DIALOGUES ET LETTRES

On a rapporté souvent un trait de générosité qui honore beaucoup Montesquieu. Se trouvant un jour à Marseille, il voulut faire une excursion en mer. Son rameur était un tout jeune homme, qui paraissait un pilote fort inexpérimenté. Sur une observation de Montesquieu, le pauvre enfant avoue qu'en eflfet il avait un autre métier et ne conduisait les barques que le dimanche; il travaillait le plus possible pour racheter son père, pris par des pirates, esclave à Tétouan, et appelé Robert.

A quelque temps de là, Robert est de retour dans sa famille, sans savoir à qui il doit sa liberté. Son fils seul croit connaître l'auteur de ce bienfait : c'est sans doute l'étranger qu'il a conduit un dimanche en mer. Le lendemain, il rencontre Montesquieu dans une rue de Marseille; il se jette à ses pieds et le remercie avec effusion. Montesquieu nie tout et se dérobe brusquement à la reconnaissance de l'enfant.

(École navale. — Concours de 1889.)

'" Montesquieu a dit quelque part : « L'étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé. »

Vous ferez développer cette pensée par Montesquieu luimême, dans une lettre de consolation qu'il adressera à quelque ami maltraité par la fortune, par exemple un ministre tombé en disgrâce.

(Marseille. — Baccalauréat de l'enseignement spécial, 1888.)

Edgar Ouinet raconte en ces termes une conversation chez George Sand : « On parla de Montesquieu, que M"^*^ Sand n'ai-

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maitpas. Elle dit: « Montesquieu? cela ne se lit plus. C'est bon pour les portiers. » On suppose que quelques-uns se récrient et qu'une discussion s'engage.

Douze ans après la mort de Montesquieu (août 1767), Grimni écrivait : « 11 est bien difficile d'imaginer qu'il ne se soit rien trouvé du tout de précieux dans ses papiers. Comment supposer qu'il ne soit resté aucune trace de celle Histoire de Louis XI, si malheureusement brûlée par un malentendu entre l'auteur et son secrétaire? Le plus petit fragment en eût été précieux pour le public. J'ai ouï dire plusieurs fois à des gens qui pouvaient le savoir, que le président avait dans son portefeuille dix- sept nouvelles Lettres persanes, dont il comptait enrichir une nouvelle édition de cet ouvrage unique en son genre. Que sont-elles devenues? Il est question dans ses Lettres familières d'un petit roman intitulé Arsace, qui n'a jamais vu le jour. 11 avait écrit des Mémoires concernant ses vo^'ages; et de quel prix ne seraient pas ces Mémoires! » Grimm insinuait ensuite que ces précieux fragments existaient entre les mains du fils de Montesquieu, mais que ce jeune homme, gauche, timide et dévot, se garderait de les publier: « On assure que ce fils a le malheur d'être jaloux de la réputation de son père, et qu'il ne contribuera jamais à l'augmenter par la publication de ses œuvres posthumes. «

On suppose que le fils de Montesquieu a eu connaissance des bruits que Grimm répandait dans le public, et qu'il fait appel à sa loyauté dans une lettre où il s'efforce de contenir son émotion indignée. On s'appuiera sur la connaissance des éditions postérieures de Montesquieu, et en particulier de ses papiers inédits, récemment publiés, pour établir que cette divulgation n'est pas de nature à beaucoup accroître la gloire du grand écrivain, qui, d'ailleurs, ne l'avait pas souhaitée. De Vllistoire de Louis XI, il ne restait presque rien. Les dix-sept nouvelles Lettres persanes n'ont jamais existé. Le petit roman d'Arsace et Isménie, au contraire, vit le jour, ainsi que les Notes sur l'Angleterre, plus récemment, et les notes sur les autres voyages. Mais d'autres morceaux pourront avoir leur intérêt pour la postérité : il réserve à la famille de Montesquieu le droit de les faire connaître à la date qui lui semblera opportune et dans la mesure qui lui paraîtra convenable.

Diderot fut, dit-on, le seul homme de lettres célèbre du xviiie siècle qui assista aux funérailles de Montesquieu. On suppose qu'il écrit, le lendemain, à Grimm pour lui communiquer l'impression douloureuse qu'il a ressentie, et qu'il juge en même temps, sans parti pris de dénigrement ni d'enthousiasme, l'œuvre qui survit au grand homme disparu,

Montesquieu vieilli écrit ù un jeune ami, trop enthousiaste admirateur des Lettres 'persanes, et, sans renier cette œuvre juvénile, sans en amoindrir même la portée sérieuse, donne à entendre à son disciple qu'il a fait mieux depuis.

A'ous imaginerez un dialogue, dans le salon de M™'= de Lamliert, entre Montesquieu, Fontenelle et Lamotte, après la publication des Lettres persanes.

DISSERTATIONS ET LEÇONS

Apprécier Montesquieu comme écrivain, d'après cette o?jservalion qu'il a faite lui-même: « Pour peu que l'on voie les choses avec une certaine étendue, les saillies s'évanouissent; elles ne naissent d'ordinaire que parce que l'esprit se jette tout d'un côté, et abandonne tous les autres. »

(Paris. — Licence es lettres, octobre l8oi.)

Expliquer ces pensées de Montesquieu : « Quand un homme n'a rien à dire que ce qu'on avait dit, ou ne peut le dire mieux, que ne se tait-il? Pourquoi ces doubles emplois? Combien de sottises eussent été passagères! Les livres les immorlalisent. »

(Paris. — Licence es lettres, octobre 1864.)

Des qualités du style de Montesquieu et de son goût, d'après les Lettres persanes.

(Paris. — Leçon d'agrégation, 188o.)

Étudier cette pensée de Montesquieu [Lettres p;rmnes, 157) : <( Les poètes dramatiques sont les poètes par excellence. » (Paris. Devoir de licence, mai 1883. — Fontenayaux-Roses. Devoir de seconde annéi:.)

Apprécier ce mot de Montesquieu dans les Lettres persanes :

<' Je méprise les poêles lyriques : ils ont fait de leur art une harmonieuse extravagance. »

(Bordeaux. — Devoir de licence.)

De celte pensée de Montesquieu : « Il ne faut pas juger de l'utilité d'un ouvrage par le style que l'auteur a choisi : souvent on dit gravement des choses puériles; souvent on a dit en badinant des choses très sérieuses. » (Discours prononcé à l'Académie de Bordeaux en 1723.)

(Bordeaux et Caen. — Devoir de licence.)

Les idées politiques de Montesquieu dans les Lettres persanes.

(Dijon. — Devoir d'agrégation de grammaire, juin 18S8.)

Quel est le sens de cette réflexion de Montesquieu : « La décadence de l'admiration est un des signes les plus frappants de l'abaissement de l'espiit public"? » Faut-il y souscrire sans réserve ?

(Dijon, — Devoir de licence. — Certificat d'aptitude a l'enseignement secondaire des jeunes filles, 1897.)

Expliquer le passage suivant de Montesquieu : « Ce qui fait une grande pensée, c'est lorsqu'on dit une chose qui en fait voir un grand nombre d'autres. »

(Poitiers. — Devoir de licence, 1888.)-

Est-il quelque ressemblance dans la vie, dans les idées et dans le style entre les compatriotes Montesquieu et Montaigne? CPoiliers. — Devoir de licence, 1898.)

Sainte-Beuve prétend que Montesquieu, considéré comme écrivain, « a une manière ». Vous expliquerez el vous discuterez ce jugement.

^Rennes. — Devoir de licence.)

Montesquieu nomme Rollin <( l'alieille de la France ». M. Villemain l'appelle le saint de l'enseignement ». Justifier ces titres.

(Rennes. — Licexce es lettres.)

Discuter cette pensée de Montesquieu : « L'effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes; si l'une a intérêt d'acheter, l'autre a intérêt de vendre; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. »

(Rennes. — • Baccalauréat de l'enseignement spécial. Sciences, 1888.)

Y a-t-il une action dans les Lettres persanes? Quel est le caractère des principaux correspondants?

(Lille. — Devoir d'agrégation de grammaire, mai 1888.)

Discuter cette pensée de Montesquieu : << La plupart des hommes sont plus capables de grandes actions que de bonnes. »

(Besançon. — Licence es lettres, 1889.)

Résumer, en les ramenant à quelques règles essentielles, les

doctrines de la Bruyère, Fénelon, Voltaire et Montesquieu sur le goût.

(Enseignement spécial, leçon d'agrégation, 1886.)

Montesquieu. — Faire d'abord connaître l'homme en traçant sa physionomie morale, puis l'écrivain en exposant les qualités et les défauts de son esprit et de son style.

(Enseignement spécial, composition d'agrégation, 1887.)

Montesquieu écrit dans ses Pensées .• « Tout homme doit être poli, mais il doit aussi être libre. » Comment conciher ces deux obligations?

(Paris. Baccalauréat, juillet 1893. — Fontenay-aux- Roses. Devoir de littérature.)

Expliquer et discuter ce mot de Montesquieu : « Pour juger les hommes, il faut leur passer les préjugés de leur temps. » (Fontenay-aux-Roses. — Devoir de seconde année.)

Ici plus encore que dans la plupart des sujets analogues, le sujet doit être précisé avec soin avant d'être développé, car il y a danger à accepter ou à rejeter absolument une pensée sans s'être placé d'abord au point de vue où se plaçait celui qui l'a formulée.

C'est Montesquieu qui se montre ici indulgent aux préjugés. IS'est-ce point étonnant de la part d'un philosophe? I,exviii° siècle était fort peu esclave des préjugés, cependant, et Montesquieu lui-même avait attaqué vivement les préjugés de son temps dans les Lettres persanes. Mais les Lettres persanes sont de la jeunesse de Montesquieu, et cette pensée doit être de sou âge mûr. I.c satirique est devenu historien; il a étudié l'esprit des civilisations ditlërentes; il en a comparé les mœurs, les vues, souvent si contraires, sur les questions les plus graves; et il s'est élevé à une conception plus large des choses. Cette conception n'est-elle pas précisément trop large? C'est le sujet.

Éludions d'abord les divers éléments dont la pensée se compose.

Pour juger. C'est-à-dire pour 6jeji juger, pour porter un jugement impartial et complet, non un de ces jugements superficiels où dominent les impressions du moment, qui vieillit e^ s'etTace avec elles, mais un jugement définitif.

Les hommes. IS'on pas tous les hommes, mais les hommes vraiment hommes, au-dessus de la moyenne, spécialement les écrivains et les penseurs. Chez ces hommes-là les erreurs sont peut-être moins excusables que chez les hommes ordinaires, ce qui déjà infirmerait la pensée de Montesquieu.

Il faut leur passer. Dans quelle mesure? Tout est là. Or, Montesquieu ne dit pas qu'il faille, dans une certaine mesure, excuser chez les hommes quelques préjugés inséparables du milieu où ils ont vécu, ce qui serait équitable, mais qu'il faut les leur passer tous entièrement, ce qui est excessif.

Les préjugés de leur temps. Qu'est-ce qu'un préjugé? Une opinion sans jugement, dit Voltaire. Mais une opinion précipitée n'est pas nécessairement une erreur; elle peut n'être, au fond, qu'une vérité vue incomplètement ou faussée : par exemple, le préjugé de la noblesse reposaitsur l'idée acceptable d'une récompense exceptionnelle due à certains mérites exceptionnels. Chaque temps a ses préjugés; le nôtre sans doute aussi a les siens, qui, pour être contraires à ceux des âges précédents, n'en paraîtront pas moins des préjugés aux âges suivants.

S'il en est ainsi, on comprend qu'il faille tenir grand compte des circonstances de l'époque et du milieu où ces préjugés vivent, se développent, s'imposent plus ou moins. Rien n'est plus malaisé, en effet, que de rompre tout d'un coup et complètement avec ces préjugés qui président à notre éducation, que nous respirons, pour ainsi dire, avec l'air de notre pays. Pour s'en détacher il faut être un Descartes. Alors même que notre raison les condamne, notre cœur y reste souvent attaché par le lien très fort des relations, des souvenirs, car il y entre toutes sortes de sentiments qui nous sont chers, de passions dont l'empire nous est familier, A'oilà pourquoi, selon le mot d'un contemporain de Montesquieu, Duclos, « les préjugés mêmes doivent être discutés et traités avec circonspection ». Ne les passer jamais, en aucune mesure, aux hommes, ce serait traiter ceux-ci en êtres abstraits, libres de toutes les influences ambiantes; ce serait s'exposer à méconnaître leur vrai caractère, comme le caractère de leur temps.

Mais, si l'on doit essayer de tout expliquer, doit-on s'appliquer à {oui excusei' ? Non. Les hommes vulgaires sont incapal)les de s'élever au-dessus des préjugés de leur temps; qui en doute? Mais ce n'est pas de ces hommes-là qu'il peut être question ici. Les hommes, les vrais hommes, ceux auxquels songe Montesquieu, sont précisément de ceux dont le talent ou le génie sait juger le présent et préparer l'avenir. Et précisément aussi on mesure la force de leur esprit à la résistance qu'ils opposent aux préjugés. « J'aime mieux, écrivait Rousseau, être un homme à paradoxes qu'un homme à préjugés. » C'est que les paradoxes sont souvent des vérités de l'avenir. On sent quels dangers ferait naître la pensée de Montesquieu trop litté- 7'alement interprétée. Si l'on comprend, si l'on excuse tout, comment concilier cette aptitude à tout comprendre et à tout excuser avec une grande fermeté de principes? Ne sera-t-on pas tenté de ne plus examiner les choses qu'à la lumière des préjugés de l'époque?

Ce qu'il importe de préciser, c'est le comment. On prouve sans peine qu'il ne faut pas toujours excuser tous les préjugés chez tous les hommes de tous les temps; on ne voit pas aussi aisément tout d'ahord dans quelle mesure il faut savoir excuser parfois certains préjugés chez certains hommes et dans certains temps. Le mot de Montesquieu s'applique à la littérature beaucoup plutôt qu'à la morale. Peut-on exiger d'un Marot ou d'un Ronsard, d'un la Fontaine ou d'un Racine, qu'il garde son esprit pleinement indépendant de tout préjugé contemporain? On peut être plus exigeant en se gardant de l'excès encore, à l'égard des penseurs proprement dits, comme un Descaries ou même un Pascal. Il serait ridicule de juger un Musset comme on juge un Renan. D'autre part, il est des préjugés plus impérieux que d'autres, plus profondément enracinés, plus durables. n serait donc équitable de distinguer entre les préjugés, entre les temps, entre les hommes, entre leurs diverses manières d'être intellectuelles ou sociales.

Mais, toutes ces distinctions admises, on n'aura pas démontré que le mot de Montesquieu soit vrai dans sa généralité. Si, dans la critique littéraire, il a pu être le point de départ d'une évolution féconde; si, largement interprété, il est le principe (le la critique nouvelle dite historique, il ne saurait amnistier toutes les complaisances, toutes les défaillances, toutes les erreurs dont les conséquences ont pu être graves. Lu Bossuet, par exemple, est dominé par les prt'jugés de son temps, de

son pays, de sa caste; ne les oublions pas en le jugeant; mais, puisque nous jugeons de grands esprits, ne leur passons pas tout : ils étaient de taille à voir au delà, et la considération des circonstances peut alléirer leur responsabilité, sans la supprimer jamais tout entière.

Apprécier cette pensée de Montesquieu : « L'étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé. »

(Fontenay-aux-Roses. Concours d'.\duis3Ion, 1888. Clermont. Raccalauréa.t de l'enseignement spécial, 1891.)

Y a-t-il opposition ou corrélation entre la vie, le caractère et l'œuvre de Montesquieu? Les définir par une étude d'ensemble littéraire et morale à la fois.

(Fontcnay-aux-Roses. — Leçon.)

Tracer, en face l'un de l'autre, le portrait de Montesquieu et celui de Voltaire et essayer de montrer qu'il y a autant de différence entre les œuvres qu'entre la vie et le caractère de chacun d'eux.

(Fontenay-aux-Roses. — Leçon.)

Dire par où Montesquieu est de son siècle, par où il s'en dislingue, en définissant l'esprit du xvni*^ siècle et le sien.

(Fonlenay-aux-Roses. — Leçon.)

Montesquieu est-il un pur classique, égal de tous points aux grands classiques en prose du xvii« siècle? Dans quelle mesure

doil-il être considéré comme un modèle? et conire quels défauts de sa «manière » devons-nous mettre en garde les élèves? (Fontenay-aux-Roses. — Lecox.)

Montesquieu est-il un pur classique? Double réponse possible : son œuvre en général, et, dans cette œuvre générale quelques œuvres particulières, moins importantes, pour la valeur d'ensemble, intéressantes parce que Montesquieu. v a laissé voir ses préférences, ses tendances et peut-être ses principes en matière de goiil.

Commencer par celles-ci pour s'élever aux autres. Citer quelques pensées de Montesquieu qui caractérisent son goût : sur la poésie dramatique, « la poésie par excellence », préférée à la poésie lyrique (raisons : état de la poésie au xviii'^ siècle, etc.); sur les quatre grands philosophes : Platon, Montaigne, Malebranche, Shaftesbury. Incertitude de ces indications : les compléter par ÏEssai su?' le goût, trouvé inachevé dans ses papiers, destiné à V Encyclopédie, et publié par d'Alembert. Le goût naturel étant <' une application prompte et exquise des règles mêmes que l'on ne connaît pas », c'est surtout au goût acquis que les régies s'adressent. « La définition la plus générale du goût, sans considérer s'il est bon ou mauvais, juste ou non, est ce qui nous attache à une chose parle sentiment. » Insuffisance de cette définition, qui est bien du siècle. II est vrai que les paragraphes 4 et 6 sont intitulés : d'^s Plaisirs de l'ordre (crililique sévère, par fauteur de VEsprit des lois, d'un ouvrage où il n'y a point d'ordre) et des Plaisirs de la symétrie, entre lesquels se glisse un paragraphe des Plaisirs de la variété. La symétrie et la pondération de tous les éléments : <( Il est dans la nature que tout soit achevé. » Cette symétrie peut être rompue par certains contrastes, mais qui ne doivent pas devenir symétriques et uniformes à leur tour. « La nature, qui jette les choses dans le désordre, ne montre pas l'affectation d'un contraste continuel. » — « IN'ous aimons mieux voir un jardin bien arrangé qu'une confusion d'arbres... Un jardin négligé nous est insupportable. « En somme, des détails curieux, mais pas d'ensemble : lutte de l'esprit propre de Montesquieu (l'ordre avec quelques contrastes) et de l'esprit du xviii'^ siècle qui s'annonce déjà (le sentiment).

Application à l'œuvre totale, qui fournira des renseignements plus certains.

Les défauts de la composition chez Montesquieu ; doulde point

MONTESQUIEU -il

de vue de l'unité de composition et de l'unité de ton. Quelque chose de voulu, de cherché, d'un peu tendu; des contrastes îails pour plaire, mais où ne se retrouve plus le goût sévère du xvii^ siècle. « Il me semble voir, écrit Amiel, une intelligence sérieuse et austère par nature s'habiller d'esprit par convention : l'auteur désire piquer autant qu'instruire. » Montrer l'esprit, souvent le bel esprit et le faux goût dans les Lettres persanei<, en jugeant le mélange équivoque de roman et de satire. Supériorité des Considération?, pour la composition et l'unité. Raison : brièveté de l'œuvre qu"il peut embrasser d'un regard. Encore Sainte-Beuve n'a-t-il pas tort de regretter d'y trouver parfois « une manière, une préméditation constante ». La composition dans l'Esprit des lois; en expliquer les défauts par la manière dont il a été composé. Observer, d'ailleurs, que ces ouvrages immenses ne sauraient avoir toujours la belle ordonnance des ouvrages du grand siècle : on y fait entrer tout; mais aussi l'on sent que l'œuvre n'est pas désintéressée, ce qui n'empêche pas de la goûter pour d'autres raisons.

Transformation certainement, altération peut-être pour le style. En admirant le style des Lettres persanes, ce brillant de l'esprit, ce perpétuel scintillement du trait, Vinet ne le juge pas très sain, et regrette qu'on s'écarte de la belle simplicité des classiques. Si, encore ici, les Considérations ont un air plus sévère, elles visent elles-mêmes trop à l'etl'et, à la brièveté sentencieuse, à l'image qui éblouit. Exemple : dernière phrase, où l'on saisit à la fois le moi et le procédé de Montesquieu : « Je n'ai pas le courage de parler des misères qui suivirent : je dirai seulement que, sous les derniers empereurs, l'empire, réduit aux faubourgs de Constantinople, finit comme le Rhin, qui n'est plus qu'un ruisseau lorsqu'il se perd dans l'Océan.» .Malgré ces larges images un peu apprêtées, ce style est d'ordinaire trop coupé, trop antithétique, un peu court d'haleine, asthmatique, comme disait BufTon. Etl'et particulièrement étrange de ces coquetteries de forme dans le grand monument de l'Esprit des lois.

Mais, en mettant les jeunes gens en garde contre ces défauts séduisants, en leur faisant comprendre ce qu'on a perdu en unité et en simplicité, montrer ce qu'en revanche on a gagné en force expressive et concise. Montesquieu, on l'a dit, abrège tout, mais fait tout voir en raccourci. Mot de Taine : « Il pense par résumés. » Pensée et style suggestifs par excellence. Il faut préférer les purs classiques, sans dédaigner ce que cette manière a de nouveau et de fort.

Quelle idée vous faites-vous du caiaclère de Montesqui(;u d'après ses œuvres?

(Fontenay-aux-Roses. — Leçon.)

Développer et justider par des exemples cette pensée de Montesquieu : « Une belle action est celle qui a de la bonté et qui demande de la force pour la faire.

(Brevet supérieur. — Hautes-Pvrénées. — Aspirantes,

Comment Stendhal a-t-il pu écrire : « Le style de Montesquieu est une fête pour l'esprit? ). Quels sont les principaux caractères de ce style ?

Meltre en lumière l'unité des trois grandes œuvres de Montesquieu.

Le caractère de Montesquieu comparé à celui de Voltaire.

Pascal a écrit : « Toutes les fausses beautés que nous blâmons dans Cicéron ont des atlmirateurs, et en grand nonil)re. » D'autre part, on sait quels jugements aussi peu favorables ont portés sur le même auteur Montaigne et Fénelon. Comment se fait-il donc que Montesquieu ait pu écrire à. son tour : « Cicéron, selon moi, est un des plus grands esprits qui aient jamais été, l'àme toujours belle, lorsqu'elle n'était pas faible? » Par où Montesquieu peut-il avoir raison sans que les autres aient tout à fait tort?

MOiNTESQUIEU

« Les ouvrages qui ne sont point de génie ne prouvent que la mémoire ou la patience de l'auteur. » (Mo.ntesql'iel.) Quels sont les ouvrages de génie?

Montesquieu a-t-il raison de dire : « A quoi bon faire des livres pour cette petite terre, qui n'est guère plus grande qu'un point? »

« Il faut avoir beaucoup étudié pour savoir peu. » (MontesoriEL'.)

« L'héroïsme que la morale avoue ne touche que peu de gens; c'est l'héroïsme qui détruit la morale qui nous frappe et cause notre admiration. » Pourquoi? Quels faits, quels hommes ont inspiré à Montesquieu cette réflexion?

Dans un mémoire qui fut couronné en 1767 par l'Académie de Marseille [Combien le génie des grands écrivains infliie sur l'esprit de leur siècle), Chamfort appelle Montesquieu « le Descartes de la civilisation ». Que pensez-vous de ce rapprochement entre Montesquieu et Descartes?

Villefranchu-ilc-iiouergue. - J. Bardoux iiniJi-

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