DES ROMAINS
'Montc<!>qnîeu et les Romains avant les « Considérations ». Dialogne de Sylla et d'Eucrate.
Les Considération sont-elles, comme on le dit souvent, un fragment détaché de la grande œuvre, de l'œuvre unique, VEsprit des lois? On ne voit pas fort bien comment un livre relativement bien composé et qui se suffit à lui-même aurait fait partie à l'origine de cet amas confus de notes d'où sortit, quatorze ans après, ÏEs^jrit des lois. Les deux ouvrages ont pu être conçus dans le même plan, et le premier a pu être choisi pour exposer et vérifier d'avance la doctrine qui fait le fond du second, à savoir que les États se forment et se décomposent suivant certaines lois nécessaires : « Les Romains, en effet, dit Sainte-Beuve, se prêtent merveilleusement à l'application de ce système si enchaîné ; on dirait, en vérité, qu'ils sont venus au monde exprès pour que Montesquieu les considérât. » Mais l'image de Rome hantait depuis longtemps l'esprit de Montesquieu, et le hantera toujours : « Je me trouve fort dans mes maximes, écrira-t-il plus tard, lorsque j'ai pour moi les Romains 2. » Dès 1716, il lisait à l'Académie de Bordeaux une
1. Les Considi'rations parurent à Ânisterdarn fictivement, en réalité à Paris, chez Jacques Desbordes, in-i2. L'impression en fut surveillée par le P. Castel.
-. Esprit des lois, vi, 15. — « Montesquieu a vécu toute sa vie plein tie l'idée, de l'admiration, des pensées de la Rome latine : son livre est né tout aussi naturellement de son esprit que le brin d'herbe sort de la terre ensemencée. » (Jullian, Introduction de l'édition Hachette.)