‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 38 sur 153 · Livre XI, ch. I!1. Voir aussi, sur Mithridate, XXI · texte numérisé non relu

Livre XI, ch. I!1. Voir aussi, sur Mithridate, XXI

Romains (VI, lo), il apprenait dans leur commerce assidu à mieux connaître, à juger avec plus de largeur d'intelligence l'esprit de leurs institutions et de leurs lois.

Le problème de la eoiuposition dan<> « l'Esprit des lois ». — Solution proposée; plusieurs dates de composition, plusieiu's livres en nu.

L'Essai des lois est-il fortement composé? S'il l'était, Montesquieu ne serait plus ce Gascon curieux qu'on retrouve jusque dans les Considérations et que Voltaire appelle « Michel Montaigne législateur^ ». Dans les Considérations, pourtant, il a fait un effort relativement heureux pour composer; à plus forte raison doit- il y tâcher dans une œuvre qui est sa vie tout entière. Mais, précisément parce qu'elle est sa vie même, cette œuvre n'a-t-elle pas traversé, de la jeunesse à la vieillesse, des phases diverses qui en altèrent ou tout au moins en cachent l'unité de plan?

C'est déjà trop que le lecteur se pose cette question. Il ne s'agit pas du lecteur frivole ou impatient, mais de ceux pour qui Montesquieu a écrit. M. Brunetière, par exemple, nous avertit qu'il ne faut pas vouloir faire de l'ordre avec le désordre de l'Esprit des lois : Montesquieu, évidemment, a succombé sous le fais, et n'est pas parvenu à dominer, à dompter sa matière. Il énumère les rapports, il ne les classe pas, ne distingue pas les influences principales d'avec les secondaires, n'essaye pas de les coordonner toutes à quelque axiome. « Il n'a pas de plan, dit M. Faguet, mais seulement une direction générale. » Dès le xvni^ siècle ces critiques s'étaient fait jour, et d'Alembert y répond dans son Éloge de Montesquieu :

Rempli et pénétré de son objet, fauteur de l'Esprit des lois y embrasse un si grand nombre de matières, et les traite avec tant de brièveté et de profondeur, qu'une lecture assidue et méditée peut seule faire sentir le mérite de ce livre. Elle servira surtout, nous osons le dire, à faire disparaître le prétendu défaut de méthode dont quelques lecteurs ont accusé M. de Montesquieu; avantages qu'ils n'auraient pas dû le taxer légèrement d'avoir négligés dans iine matière philosophique, et dans un ouvrage de vingt années. Il faut distinguer le désordre réel de celui qui n'est qu'apparent. Le désordre est, réel

i. L'ASC (1769).

quand l'analogie et la suite des idées n'est point observée; quand les conclusions sont érigées en principes, ou les précèdent; quand le lecteur, après des détours sans nombre, se retrouve au point d'où il est parti. Le désordre n'est qu'apparent quand l'auteur, mettant à leur véritable place les idées dont il fait usage, laisse à suppléer aux lecteurs les idées intermédiaires. Et c'est ainsi que M. de Montesquieu a cru pouvoir et devoir en user dans un livre destiné à des hommes qui pensent, dont le génie doit suppléer à des omissions volontaires et raisonnées.

JNous serions flattés d'être parmi ces hommes qui pensent, dont le génie est capable de suppléer à tant d'omissions; mais n'est-il question que d'idées inlermédiaires omises? N'est-ce pas la disposition de l'ouvrage tout entier qu'on voudrait plus nette et plus logiquement ordonnée? Le bon d'Alembert en a écrit pour nous une copieuse et sage analyse; mais cette analyse nous apprend seulement comment d'Alembert comprend YEsprit des lois : toutes les difficultés y disparaissent, mais parce que d'Alembert les supprime. D'autres nous assurent que le vrai titre de VEsprlt des lois, bien lu, éclaircira tout. Lisonsle donc : De l'Esprit des lois, ou du rapport que les lois doivent avoir avec la constitution de chaque gouvernement, les mœurs, le climat, la religion, le commerce, etc., à quoi l'auteur a ajouté des recherches nouvelles sur les lois romaines touchant les successions, sur les lois françaises et sur les lois féodales. Ce titre prête, en effet, à quelques remarques utiles. L'ouvrage traitera des lois en général et de leur esprit, mais surtout, sinon uniquement, au point de vue des rapports qu'elles ont avec certaines conditions d'existence et de prospérité qui leur sont inhérentes. Ces conditions, le titre les énumère un peu pêle-mêle : il y a là un etc. suggestif; on croit deviner déjà l'absence d'une idée directrice dans ce futur développement par énumération et juxtaposition. Enfin nous sommes instruits que les derniers livres ont été « ajoutés « par l'auteur; ce sont des recherches nouvelles et distinctes. M. Zévort rapproche de ce titre les divisions adoptées dans l'édition de 17o0 :

Livres I à VIII, lois en général, nature et principes des trois gouvernements;

IX à XIII, armée, liberté politique et impôts;

XIV à XIX, climat, terrain, mœurs, manières;

XX à XXIII, commerce, monnaie, population ;

XXIV à XXVI, religion, rapport des lois religieuses et des lois politiques ou civiles;

XXVil, origine et révolutions des lois romaines sur les successions;

XXYIII, origine et révolutions des lois civiles chez les Français ;

XXIX, manière de composer les lois;

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