‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 47 sur 153 · Lettre à M-»* *••, 17Î · texte numérisé non relu

Lettre à M-»* *••, 17Î

Cela était écrit vingt-cinq ans avant V Esprit des lois. On com. prend que la Henriade ait été imprimée par souscription en Angleterre. Voltaire était fier de ce poème, que les modernes, trop dédaigneux peut-être, donneraient volontiers pour quelques lettres inédites de lui. Il croyait sincèrement avoir prouvé, contre M. de Malézieu, que les Français avaient la tète épique. Elle lui avait coûté dix ans, et il ne la croyait pas finie, car il la remaniait quand le dieu qui la lui avait fait faire lui ordonnait de la corriger : en l'écrivant à d'Olivet (20 octobre 1738), il le félicitait de n'être pas de ces académiciens « qui se donneront bien garde d'avouer que, de leur vivant, la France a eu un poète épique » et qui « loueront jusqu'à Camoèns » pour rabaisser Voltaire. La plupart des contemporains apportent la même naïveté dans l'enthousiasme : « C'est, dit Marais, un ouvrage merveilleux, un chef-d'œuvre d'esprit, beau comme Virgile, et voilà notre langue en possession d'un poème épique. » BufFon, plus hardi encore, dans sa réponse au discours de réception du duc de Duras à l'Académie, compare la Henriade à ïlliade, et donne la supériorité à Voltaire sur Homère pour l'art avec lequel il peint « de vrais hommes vraiment grands », non plus « des mannequins gigantesques de héros fabuleux ». Linant, précepteur du jeune d'Épinay, fait lire à son élève « un peu d'Imitation de Jésus-Christ, et, une fois par semaine, la Henriade de Voltaire* ». Montesquieu, il est vrai, dans ses Pensées, juge le prétendu chef-d'œuvre avec une indépendance plutôt hostile : « Plus le poème de la Ligue (c'était son premier titre) paraît être ÏÉ7iéide, moins il l'est. » Mais Montesquieu n'écrit pas cela pour le public, et les éditions de la Henriade se multiplient pendant presque tout un siècle, malgré les Observations de Desfontaines, malgré l'ennui qui se dégage plus épais du poème à mesure qu'on s'éloigne de l'époque pour laquelle il a été écrit. On ne sent plus que l'ennui, au temps où Joseph de Maistre exécute d'une épigramme l'œuvre tant admirée par les hommes de la régence : « Quant à son poème épique, je n'ai point le droit d'en parler, car pour juger un livre il faut l'avoir lu, et pour le lire il faut être éveillé^. » Et pourtant « la Henriade est encore digne d'être lue », c'est M. Faguet qui l'atteste, et il motive aussitôt son jugement : si ce n'est, à proprement parler, un bon oème, c'est du moins un bon livre d'histoire en vers.

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