Voir la belle lettre 84, sur l'hôtel des Invalides
d'une nation rivale, pourvu que les perruquiers français décident en législateurs sur la forme des perruques étrangères. Rien ne leur paraît si beau quedevoir le goût de leurs cuisiniers régner du septentrion au midi, et les ordonnances de leurs coiffeuses portées dans toutes les toilettes de l'Europe.
Avec ces nobles avantages, que leur importe que le bon sens leur vienne d'ailleurs, et qu'ils aient pris de leurs voisins tout ce qui concerne le gouvernement militaire et civil ' ?
C'est seulement au lendemain du système de Law que peuvent se comprendre ces autres pages :
Le corps des laquais est plus respectable en France qu'ailleurs : c'est un séminaire de grands seigneurs ; il remplit le vide des autres états. Ceux qui le composent prennent la place des grands malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes tués dans les fureurs de la guerre; et, quand ils ne peuvent pas suppléer par eux-mêmes, ils relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce de fumier qui engraisse les terres montagneuses et arides...
Tous ceux qui étaient riches il y a six mois sont à présent dans la pauvreté, et ceux qui n'avaient pas de pain regorgent de richesses. Jamais ces deux extrémités ne se sont touchées de si près. L'étranger a tourné l'État comme un fripier tourne un habit; il fait paraître dessus ce qui était dessous; et ce qui était dessus, il le met à l'envers. Quelles fortunes inespérées, incroyables môme à ceux qui les ont faites ! Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du néant. Que de valets servis par leurs camarades, et peut-être demain par leurs maîtres !
Tout ceci produit souvent des choses bizarres. Les laquais qui avaient fait fortune sous le règne passé, vantent aujourd'hui leur naissance; ils l'endent à ceux qui viennent de quitter leur livrée dans une certaine rue tout le mépris qu'on avait pour eux il y a six mois; ils crient de toute leur force : « La noblesse est ruinée! Quel désordre dans l'État! quelle confusion dans les rangs ! On ne voit que des inconnus faire fortune ! » Je te promets que ceux-ci prendront bien leur revanche sur ceux qui viendront après, et que, dans trente ans, ces gens de qualité feront bien du bruit'-.
Ce 'Côté actuel du livre est celui qui frappe d'abord le regard, mais n'est pas celui qui mérite de le retenir le plus longtemps. L'œuvre est piquante parce qu'elle est bien de ce temps-là; mais elle en est trop. Les arguments y sont trop souvent remplacés par des épigrammes. Rien ne force ces Persans à aborder certaines questions particulièrement délicates ; mais, quand ils y sont entrés, on saurait gré à leur gravité orientale de n'en pas sortir en pirouettant sur les talons. Pour s'en tenir aux sujets littéraires, la lettre 30, sur la querelle des anciens et des modernes, est d'une ironie bien superficielle; et c'est avec trop de dureté, mais ce n'est pas sans raison, que Voltaire s'est élevé