‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 53 sur 153 · B«noi,laPhUotophie de Voltaire · texte numérisé non relu

B«noi,laPhUotophie de Voltaire

mais je voudrais qu'il laissât à ma sœur ce que je lui ai donné. — Vous ne rendrez rien, dit Zadig, et vous aurez les trente mille pièces : c'est vous qui aimez le mieux votre père. »

Sétoc fit de son esclave Zadig son ami intime. Il ne pouvait plus se passer de lui. Zadig découvrit dans son maître un naturel porté au bien, beaucoup de droiture et de bon sens. Il fut fâché de voir qu'il adorait l'armée céleste, c'est-à-dire le soleil, la lune et les étoiles, selon l'ancien usage d'Arabie. Il lui en parlait quelquefois avec beaucoup de discrétion. Enfin il lui dit que c'étaient des corps comme les autres, qui ne méritaient pas plus son hommage qu'un arbre ou qu'un rocher. « Mais, disait Sétoc, ce sont des êtres éternels dont nous tirons tous nos avantages ; ils animent la nature, ils règlent les saisons. Non, les étoiles sont trop brillantes pour que je ne les adore pas. » Le soir venu, Zadig alluma un grand nombre de flambeaux dans la tente où il devait souper avec Sétoc; et, dès que son patron parut, il se jeta à genoux devant ces cires allumées, et leur dit : « Éternelles et brillantes clartés, soyez-moi toujours propices ! » Ayant proféré ces paroles, il se mit à table sans regarder Sétoc. « Que faites-vous donc? lui dit Sétoc étonné. — Je fais comme vous, répondit Zadig ; j'adore ces chandelles, et je néglige leur maître et le mien. » Sétoc comprit le sens de cet apologue. La sagesse de son esclave entra dans son âme; il ne prodigua plus son encens aux créatures, et adora l'Être éternel qui les a faites.

On se tromperait si l'on croyait, sur la foi de quelques arrêts un peu absolus, que tous les Contes de Voltaire se ressemblent : l'exquise nouvelle de Jeannot et Colin glorifie raraitié; Micromégas rabaisse la vanité de l'homme ; mais le conte fantastique fait passer la satire; la Princesse de Babylone est un conte des Mille et une Nuits. « Il se trouve, sans doute, a dit lyjme de Staël*, un résultat philosophique à la lîn de ses Contes, mais l'agrément et la tournure du récit sont tels que vous ne vous apercevez du but que lorsqu'il est atteint. » C'est une singulière histoire que VHisloire de Jenni. un peu trop didactique par endroits, mais avec un ton général d'attendrissement qui est rare chez Voltaire : « La nuit était venue, elle était belle ; l'atmosphère était une voûte d'azur transparent, semée d'étoiles d'or : ./C spectacle touche toujours les hommes et leur inspire une douce céverie... Parouba se mit à genoux, et dit : « Les cieux annon- .< cent Dieu. » Tout l'équipage était autour du vénérable Freind, regardait et admirait. » Plus prêcheur que Voltaire, Freind n'en est pas moins choisi par lui pour résumer sa philosophie en quelques mots : « Oui, mes amis, l'athéisme et le fanatisme îjont les deux pôles d'un univers de confusion et d'horreur. La petite zone de la vertu est entre ces deux pôles; marchez d'un pas ferme dans ce sentier; croyez un Dieu bon, et soyez bons. »

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