Lettre à Richelieu, 10 oct
2. Dictionnaire philosophique, art. Esprit hdmain (bornes i>e i.').
3. Lettres au priuco royal de Prusse, 26 août 1736 et 8 mars 1738.
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policées sont d'accord sur ce point. Cette opinion si ancienne et si générale est la seule peut-être qui puisse justifier la Providence'. » Il lui est même impossible de mettre sérieusement en doute la vie future, car l'idée d'une existence meilleure que celle-ci est étroitement liée à deux idées sur lesquelles repose • toute sa philosophie : idée de l'existence d'un Dieu rémunérateur et vengeur, idée de la liberté humaine. Celle-ci, il l'a dé-fendue, didactiquement et passionnément à la fois, contre le prince ro^^al de Prusse, le futur Frédéric 11-. Il ne la défend pas avec moins de conviction dans le second des Discours sur Chijmme. Pour la croyance d'un Dieu rémunérateur des bonnes actions, punisseur des méchantes, pardonneurdes fautes légères, il l'estimait la croyance la plus utile au genre humain, et cette croyance ne se comprend pas sans la croyance en une autre vie. Le beau monologue du Caton d'Addison, traduit par\ Voltaire, le démontrait :
Oui, Platon, tu dis vrai, notre âme est immortelle ;
C'est un Dieu qui lui parle, un Dieu qui vit en elle...
Eh ! d'où viendrait sans lui ce grand pressentiment,
Ce dégoût des faux biens, cette horreur du néant?...
Il en est un, sans doute, et je suis son ouvrage.
Lui-même au cœur du juste il empreint son image.
Il doit venger sa cause et punir les pervers.
Mais comment? dans quel temps? et dans quel univers?...
Hâtons-nous de sortir d'une prison funeste.
Je te verrai sans ombre, ô vérité céleste !
Tu te caches de nous dans nos jours de sommeil;
Cette vie est un songe, et la mort un réveil.
Parmi les arguments qui prouvent l'existence de Dieu, deux tiennent particulièrement au cœur de Voltaire. Le spectacle du monde le persuade qu'il existe un constructeur invisible et suprême de cette admirable machine; la présence du bien et du mal sur la terre lui inspire le besoin de croire qu'ailleurs les bons auront leur récompense, et les méchants leur châtiment. Plus d'une fois il combine ces deux arguments et les fortifie l'un par l'autre :
Si les cieu.x, dépouillés de son empreinte auguste, Pouvaient cesser jamais de le manifester. Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
1. Homélie sur l'athéisme, 1768. Cf. Dict. phil., art. Ame, et Hist. de Jenni, xi.
2. Voyez leur Correspondance dans le livre de Bersot, la Philosophie de Voltaire.
Que le sage l'annonce et que les rois le craignent. Rois, si vous m'opprimez, si vos grandeurs dédaignent Les pleurs de l'innocent que vous faites couler, Mon vengeur est au ciel : apprenez à trembler ' !
Cette conception, tout utilitaire et disciplinaire, de la Divinité, n'est pas assurément celle d'un Pascal, ni même d'un Bossuet. « Voltaire est théiste, dit très justement Bersot, parce que l'athéisme est absurde. Dieu est pour lui plutôt une vérité qu'un être : il en comprend la nécessité, il ne semble pas en sentir la présence. » Il est certain qu'il est plus éloquent lorsqu'il combat l'athéisme^ que lorsqu'il adore la Divinité. Ne sent-i\ jamais Dieu? Quelques citations ont déjà prouvé qu'il n'était pas incapable d'émotion, d'une émotion surtout intellectuelle, il est vrai, mais sincère, lorsqu'il a devant lui un de ces fçrands spectacles, la magnificence du ciel étoile, ou la conscience du juste, et qu'il y sent vivre Dieu. L'idée de la loi morale est inséparable pour lui de l'idée d'un Dieu qui a déposé dans la conscience de l'homme la notion de justice, et, dès qu'il s'agit de justice, l'intelligence de Voltaire s'élève, son cœur se passionne :
La morale uniforme en tout temps, en tout lieu, A des siècles sans fin parle au nom de ce Dieu. C'est la loi de Trajan, de Socrale, et la vôtre. De ce culte éternel la nature est l'apôtre...
D'un bout du monde à l'autre, elle parle, elle crie : « Adore un Dieu, sois juste, et chéris ta patrie...
Ainsi l'Être éternel qui nous daigne animer
Jeta dans tous les cœurs une même semence.
Le Ciel fit la vertu, l'homme en fit l'apparence.
Il peut la revêtir d'imposture et d'erreur;
Il ne peut la changer : son juge est dans son cœur 3.
Jamais il n'a varié sur ce point : « Qui nous a donné le sentiment du juste et de l'injuste? Dieu, qui nous adonné un cerveau et un cœur*. » Dans le Philosophe ignorant {{IQl), il défend avec énergie cette doctrine contre son maître Locke, dont il n'a pas, d'ailleurs, subi l'influence autant que le disent ceux qui tiennent absolument à le ranger parmi les philosophes