‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 57 sur 153 · Labbé Terray, créature de Maupeou · texte numérisé non relu

Labbé Terray, créature de Maupeou

ce qu'il disparaisse! Ah! Monsieur, ce n'est pas là votre dernier mot.

Un jour, cet homme sera bien grand, et ses détracteurs bien petits.

Pour moi, si j'avais l'éponge qui pût le nettoyer, j'irais bien lui tendre la main, je le tirerais de son bourbier et le nettoierais. J'en userais à son égard comme l'antiquaire avec un bronze souillé. Je le décrasserais avec le plus grand ménagement pour la délicatesse du travail et des formes précieuses. Je lui restituerais son éclat, et je l'exposerais pur à votre admiration.

Diderot, Lettre à Naigeon, 1772.

Le juste ressentiment du mal que Voltaire a fait à son siècle ne doit pas nous fermer les yeux sur ce qu'il a fait de bien : avouons que nous lui sommes redevables de cet esprit général de bienfaisance, d'humanité et surtout de tolérance dont nous avions un si grand besoin pour nous sauver du fanatisme. Sur ce point même, on peut l'accuser, je le sais, d'avoir passé les bornes; mais plaignons l'esprit humain qui, par sa malheureuse condition, est presque toujours en deçà ou au delà du Dien... J'ai placé Voltaire parmi les chefs-d'œuvre d'un Dieu; il l'était certainement par l'universalité de ses talents.

RoucHER, Lettre à Duval d'Éprémesjiil, ilHl.

Voltaire est peut-être le seul qui ait rempli toute l'étendue de son talent et atteint, pour ainsi dire, en tous sens aux bornes Je son génie. Nul homme, dans aucun siècle, n'a fait plus J'usage des deux grands trésors de l'homme, la pensée et le .emps.

Ducis, Discours de réception à l'Académie.

Voltaire régnait depuis un siècle, et ne donnait de relâche ni à ses admirateurs ni à ses ennemis. L'infatigable mobilité de son àme do fou l'avait appelé à l'histoire fugitive des hommes; il attacha son nom à toutes les découverles, à tous les

événements, à toutes les révolutions de son temps, et la renom.mée s'accoutuma à ne plus parler sans lui. Ayant caché le despotisme de l'esprit sous des grâces toujours nouvelles, il devint une puissance en Europe, et fut pour elle le Français par excellence lorsqu'il était pour les Français l'homme de tous les lieux et de tous les siècles. Il joignit enfin à l'universalité de sa langue son universahté personnelle, et c'est un problème de plus pour la postérité.

RivAROL, de l'Universalité de la langue française; 1783.

Voltaire édifie et renverse; il donne les exemples et les préceptes les plus contraires. Il élève aux nues le siècle de Louis XIV, et attaque ensuite en détail la réputation des grands hommes de ce siècle; tsur à tour il encense et dénigre l'antiquité. Tandis que son imagination vous ravit, il fait luire une fausse raison qui détruit le merveilleux, rapetisse l'àme et montre sous un jour hideusement gai l'homme à l'homme. Il charme et fatigue par sa mobilité; il vous enchante et vous dégoûte ; on ne sait quelle est la forme qui lui est propre : il serait insensé s'il n'était si sage, et méchant si sa vie n'était remplie de traits de bienfaisance.

Chateaubriand, Génie du christianisme.

Il est impossible que Voltaire contente, et impossible qu'il ne plaise pas.

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