‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 62 sur 153 · Lettre à Maiïei, en tète de Mérope · texte numérisé non relu

Lettre à Maiïei, en tète de Mérope

2. Dissertation sur la tragédie ancienne et moderne, en tète de Scmiramis. 3. Lettre III ;i Genonville sur Œdipe.

Ce n'est pas qu'Euripide n'ait des beautés, et Sophocle encore darnniai/c ; mais ils ont de bien plus grands défauts. On ose dire que les belles scènes de Corneille et les touchantes tragédies de Racine l'emportent autant sur les tragé- <lies de Sophocle et d'Euripide que ces deux Grecs l'emportent sur Thespis. Puieine seiilail bien son e.rtrême supériorité sur Euripide, mais il louait ce poète grec pour limnilier PerriiultK

Quand nous lisons aujourd'hui ces jugements de Voltaire sur le théâtre grec, nous voudrions croire à une plaisanterie ou ii une hravade de jeunesse. Mais le fond et même le ton des Lettres sur Œdipe, nous les retrouvons dans les œuvres ou les lettres de l'âge mûr, de la vieillesse même. L'éducation qu'il avait reçue chez les jésuites de Louis-le-Grand ne le prédisposait peutêtre pas à pénétrer l'esprit des littératures et des civilisations anciennes; mais sa propre intelligence y était réfractaire. II ne comprenait qu'à moitié tout ce qui n'était pas pleinement français. On le vit hien quand il revint d'Angleterre et en rapporta Shakespeare aux Français, mais Shakespeare francisé, un Shakespeare voltairien. Dans l'Essai sur la poésie épique (1728), les pièces de Shakespeare, auxquelles Saint-Évremond n'avait fait autrefois qu'une allusion vague (il trouvait déjà qu'on s'y assassinait trop à notre goût), sont présentées au lecteur français sous un jour assez peu favorable : « Ces pièces sont des monstres en tragédie. Il y en a qui durent plusieurs années; on y baptise au premier acte le héros, qui meurt de vieillesse au cinquième ; on y voit des sorciers, des paysans, des ivrognes, des fossoyeurs qui creusent une fosse et qui chantent des airs à boire en jouant avec des têtes de mort. Enfin imaginez ce que vous pourrez de plus monstrueux et de plus absurde, vous le trouverez dans Shakespeare. » Avec la Henriade, à laquelle cet Essai se rattache, il rapportait d'Angleterre les Lettres anglaises ou Lettres pldlosoplùques, dont la publicalion (1734) faillit lui être fatale : la 18^ Lettre définit sans indulgence ce génie «plein de force et de fécondité, de naturel et de sublime, sans la moindre étincelle de bon goût et sans la moindre connaissance des règles ». Mais si ces monstres « brillants » ne sont pas pour le satisfaire, il écrit avec bien de la vérité : « Le génie poétique des Anglais l'essemble, jusqu'à présent, à un arbre toulTu planté par la nature, jetant au hasard mille rameaux et croissant inégalement avec force. Il meurt si vous voulez forcer sa nalure, et le tailler en arbre de Marly. » N'est-ce pas, cependant, un peu

Page 1