‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 64 sur 153 · I.ettre ;i Duclos, 23 déc · texte numérisé non relu

I.ettre ;i Duclos, 23 déc

s'étonnail, se déliait presque'. Mais, comme il était intelligence pins encore que passion, quand il écrivait à tète reposée, pour V Encyclopédie, l'article Art dramatique, à côté des pages où il caractérisait, en homme peu fait pour comprendre l'Espagne ou l'Angleterre, les grossièretés insipides, ou l'énorme démence des autos sacramentcdes, des pièces de Lope de Vega et de Calderon^, la bouiïonnerie jointe à l'horreur dans les drames anglais, il osait écrire cet éloge de Shakespeare, où l'on dirait qu'il a pris à tâche de réfuter lui-même quelques-unes de ses épigrammes dédaigneuses :

Il y a une chose plus extraordinaire que tout ce qu'on vient Je lire, c'est que Shalsespeare est un génie. Les Italiens, les Français, les gens de lettres de tous les autres pays, qui n'ont pas demeuré quelque temps en Angleterre, ne le prennent que pour un riilies de la foire, pour un farceur très nu-dessous d'Arlequin, pour le plus misérable bouffon qui ait amusé la populace. C'est pourtant dans ce même homme qu'on trouve des morceaux qui élèvent l'imagination, et qui pénètrent le cœur. C'est la vérité, c'est la nature elle-même qui parle son propre langage, sans aucun mélange de l'art. C'est du sublime, et l'auteur ne l'a point cherché.

Et il cite « ce beau monologue d'Hamlet qui est dans la bouche de tout le monde », et il le traduit, faiblement, hélas! et il conclut que Shakespeare aurait été un poète parfait..., s'il eût vécu dans le temps d'Addison, ce qui revient à peu près à dire que Shakespeare serait grand s'il avait imité les Français. Horace Walpole l'ayant raillé sur ce point dans la préface de son Château d'Otrante, il se défend de mépriser Shakespeare : c'est lui, il le rappelle, qui a fait connaître le premier aux Français Shakespeare et la poésie anglaise, sans parler de Locke et de Newton. Ce Lope de Vega des Anglais est « une belle nature, mais bien sauvage... C'est le chaos de la tragédie, dans lequel il y a cent traits de lumière. » A dire vrai, les adversaires ne peuvent s'entendre, car ils n'attachent pas au.x; mêmes mots le même sens. 11 s'agit de savoir ce que c'est au juste que le goût. On comprend seulement que le goût de Voltaire le porte à écrire : « Je vous dirai hardiment que toutes les tragédies grecques me paraissent des ouvrages d'écoliers, en comparaison des sublimes scènes de Corneille et des parfaites tragédies de Racine^ » Shakespeare ne saurait se plaindre, puisqu'il est condamné en même temps qu'Eschyle,

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