‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 65 sur 153 · Voyez sa lettre du S se[it · texte numérisé non relu

Voyez sa lettre du S se[it

•i. It y loue pourtant « des traits de génie, et je ne sais quel fracas de tluhiti'a f/ui peut amuser et même intéresser ».

3. Lettre ù Walpole, l.ï juillet 17GS. Voyez, au contraire, comment M""^ du Deffand écrit à ce même Walpole, le 15 décembre de cette même année.

Le ton change quand Ducis met Ilamlct à la scène : Voltaire commence à croire que les Français deviennent « trop Anglais ». « Les ombres vont devenir à la mode; j'ai ouvert modestement la carrière, on va y courir à bride abattue; domnndavo acqiia, non tempesla^. J'ai voulu animer un peu le théâtre en y mettant plus d'action, et tout actuellement est action et pantomime; il n'y a rien de si sacré dont on n'abuse. Nous allons tomber en tout dans l'outré et dans le gigantesque; adieu les beaux vers, adieu les sentiments du coi^ur, adieu tout! » Le ton s'irrite plus encore quand Leiourneur commence à faire parai- Ire sa traduction en vingt volumes de Shakespeare (1776-1782). Eh quoi, ce misérable veut nous faire regarder Shakespeare comme le modèle de la véritable tragédie! il l'appelle « le dieu du théâtre »! il ne nomme même pas Corneille et Racine!

11 y a déjà deux tomes imprimés de ce Shaliespeare qu'on prendrait pour des pièces de la foire, faites il y a deux cents ans.

Ce barbouilleur a trouvé le secret de faire engager le roi, la reine, et toute la famille royale, à souscrire- à son ouvrage.

Avez-vous lu son abominable grimoire, dont il y aura encore cinq volumes? Avez-vous une haine assez vigoureuse contre cet impudent iml.iécile? Souffrirez-vous l'affront qu'il fait à la France ? Vous et j\I. de Thibouville, vous êtes trop doux. Il n'y a point en France assez de camouflets, assez de bonnets d'âne, assez de piloris pour un pareil faquin. Le sang pétille dans mes vieilles veines, en vous parlant de lui. S'il ne vous a pas mis en colère, je vous tiens pour un homme impassible. Ce qu'il y a d'a'frcii.r, c'est que le mousire u un parti en Vrunce ; et, pour comble de calamité et d'horreur, c'est moi qui autrefois parlai le premier de ce Shakespeare; c'est moi qui le premier monlrni aux Français quelques perles que j'avais trouvées dans un énorme fumier. Je ne m'attendais pas que je servirais un jour à fouler aux pieds les couronnes de Racine et de Corneille, pour en orner le front d'un histrion barbar»!-.

Voltaire a quatre-vingt-deux ans alors; mais la passion le rajeunit. Quelques mois avant sa mort, dans la préface (Vlrhxe (16 mars 1778), adressée à l'Académie française, il rougissait, il s'indignait qu'on osât renouveler en plein Paris la dispute entre Corneille et Shakespeare; il raillait milady îMontague, qui avait fait un livre entier pour prouver la supériorité de Shakespeare sur les auteurs d'Iph'Kjniie et àWthalie, de Pohjcucfe et de Cinna, en faveur de quelques morceaux « qui sont, en effet, naturels et énergiques, quoique défigurés presque toujours par une familiarité basse ». Et il saluait avec émotion le

1. u Jo clpmanilnis do la pluie, mais pas un ora^c. » (Lettres à Ricludieii et à d'Argoiit.iI. des 10 et i:) oct. 17G9.) 'J. Lettre à d'Argcntal, 19 juillet 1770.

grand nom de Corneille, le père de notre théâtre et presque de notre langue, et il adorait avec un tendre respect le souvenir de Racine, « celui de nos poètes qui approcha le plus de la perfection ».

I/i(léaî fi'ançîîîs : Corneille ot Itaeîise. — Les règles, le spectacle, l'amonr.

Là, et là seulement, était son idéal. «Il n'y a que Racine dans le monde... Sans Racine, point de salutM » Qu'y avait-il avant lui? Les mystères et les moralités avaient longtemps « tlétri » la France. « Hardy et Garnier n'écrivirent que des platitudes d'un style insupportable; et ces platitudes furent jouées sur des tréteaux au lieu de théâtre. » Que reste-t-il de Corneille ?« Une grande partie de Cinna, les scènes supérieures des Horaces, du Cid, de Pompée, de Polyeucte, la fin de Rodogunc. » De Racine il reste beaucoup plus : u le rôle parfait et inimitable de Phèdre, qui l'emporte sur tous les rôles; celui d'Acomat, aussi beau en son genre; les quatre premiers actes de Britannicus; Andromaqiie tout entière, aune scène près de pure coquetterie; les rôles tout entiers de Roxane et de Monime, admiraltles l'un et l'autre dans des genres tout opposés »; enfin et surtout cette Iphigénie où l'intérêt s'échaulTe toujours de scène en scène, où tout marche de perfections en perfections, et cette Athalle, « le chef-d'œuvre de l'esprit humain », toute réserve faite sur le rôle du grand prêtre fanatique et faclieux. Iphigénie, c'est le modèle où l'on peut le mieux étudier la beauté harmonieuse et nuancée delà tragédie française classique, et Voltaire en donne une analyse raisonnée à la fois et passionnée, car de l'analyse s'échappent des cris d'admiration émue. <> 0 véritable tragédie! beauté de tous les temps et de toutes les nations! Malheur aux barbares qui ne sentiraient pas jusqu'au fond du cœur ce prodigieux mérite! » Athaiie est à un degré encore au-dessus : c'est « ce que nous avons de plus parfaitement conduit, de plus simple et de plus sublime- ».

Athaiie le ravit encore par un autre mérite : « La seule pièce

1. Lettres à d'Argental, 0 mars 1763, et à Condorcet, G iléc. 1776.

-. Dictionniiire pinlosopitique, Anr dramaiiqci;. Dans l'Epitre à la dunliesse du Maine, en tète A'Oresle, il appelle Al/ialie « l'ouvrage le plus approchant de la perfection qui soit jamais sorti de la maia des hommes >i.

où Racine ail mis du spectacle, c'est son chef-d'œuvre d'Athalie. » Or, il a rapporté de l'Angleterre celte idée qne certains spectacles, même horribles, peuvent être portés au théâtre et produire grand effet, pourvu que le poète qui les hasarde ait à la fois du génie et de la circonspection. Et il donne pour exemple le terrible cinquième acte de Rodorjune,eiïort tragique et heureux de «notre grand Corneille' ». A cet égard. Voltaire a subi beaucoup plus qu'il ne le croit l'influence de Corneille, transmise, il est vrai, par Crébillon. L'auteur de Eodoijtine, de Don Sanche, de la Toison d'or, avait eu tout au moins et donné l'idée du mélodrame, du drame chevaleresque, de la tragédie-opéra. Mais on sent pourquoi Voltaire revenait toujours de préférence à Racine, et lui-même s'en est assez souvent expliqué.

Parmi ces chefs-d'œuvre, ne faut-il pas donner, sans difficulté, la préférence à ceux qui parlent au cœur sur ceux qui ne parlent qu'à l'esprit? Quiconque ne veut qu'exciter l'admiration, peut faire dire : « Voilà qui est beau ; » mais il no fera point verser de larmes. Quatre ou cinq scènes bien raisonnées, fortement pensées, majestueusement écrites, s'attirent une espèce de vénération; mais c'est un sentiment qui passe, et qui laisse l'àme tranquille. Ces morceaux sont de la plus grande beauté, et d'un genre même que les anciens ne connurent jamais ; ce n'est pas assez, il faut plus que de la beauté. Il faut se rendre maître du cœur par degrés, l'émouvoir, le déchirer, et joindre à cette magie les règles de la poésie et toutes celles du théâtre, qui sont presque sans nombre... ,

Personne n'a jamais porté l'art de la parole à un plus haut point, ni donné plus de charme à la langue française... Il n'en est pas de ce grand homme, qui allait toujours en s'élevant, comme de Corneille qui allait toujours en baissant, ou plutôt en tombant de la chute la plus lourde. Racine a fini par être le premier des poètes dans Alhulie, et Corneille a été le dernier dans plus de dix pièces de théâtre...

Je regarde Racine comme le meilleur de nos poètes tragiques sans contredit, comme celui qui seul a parlé au cœur et à la raison, qui seul a été véritablement sublime sans une enflure, et qui a mis dans la diction un charme inconnu jusqu'à lui. Il est le seul encore qui ait traité l'amour tragiquement, car avant lui Corneille n'avait fait bien parler cette passion que dans le Cid, et le Cid n'est pas de lui-.

Le Cùiestbien de Corneille; mais on ne sera pas surpris que cet hommage soit rendu au peintre d'Hermione, de Hoxane el de Phèdre. Toute sa vie. Voltaire demeura fidèle à cette dévotion pour Racine, sa seule piété peut-être, en particulier à son admiration pour Iphif/ntic et pour Athallc. A la veille de sa moit, la centième lecture d'Iphii/rni'' lui arrachait des larmes

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