‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 67 sur 153 · Lettre à l'Académie française · texte numérisé non relu

Lettre à l'Académie française

Et l'Amour, qui marche à leur suite, Les croit des courtisans français,

II regrettait que l'amour, chez nos héros de théâtre, ne fiit trop souvent que de la galanterie, et voulait qu'il fût « le nœud nécessaire de la pièce* »; mais il l'écrivait en tête de BriUiis, où l'amour n'est qu'épisodique. Ses idées sur ce point ont manqué de netteté et de constance, car il a composé des tragédies où l'amour était tout, et d'autres où il n'était rien; en quoi il a pu sembler fidèle à sa conception de l'amour tragique, qui doit n'être rien s'il n'est tout; mais il en a composé aussi, et ce sont les plus nombreuses, où l'amour est quelque chose sans être le tout, ni même le principal. Et il défend à l'amour de se transformer en galanterie; mais quel langage parlent donc ses amoureux? Il se moque, avec les étrangers, de monsieur Hippolyte et de monsieur Antiochus. « Cette faiblesse de Racine, dit-il, est un tribut qu'il a payé aux mœurs de son temps, à la galanterie de la cour de Louis XIV, au goût des romans qui avaient infecté la nation, aux exemples même de Corneille, qui ne composa jamais une tragédie sans y mettre de l'amour... » Mais, s'il analyse Iphigénie, il écrit avec intrépidité : « Jamais Achille n'a été plus Achille que dans cette tragédie... H aime comme Achille doit aimer, et il parle comme Homère l'aurait fait parler s'il avait été Français -. » Hélas ! Achille parle comme parle l'Othello de Shakespeare lorsqu'il est devenu Français et qu'il a pris le nom d'Orosmane. Le même écrivain pour qui la nation du monde qui a peint le plus mal l'amour est la nation anglaise (et il ne le dit pas seulement pour flatter l'Italien Maffei), affirme que la nation française l'a fait parler « avec des bienséances, une délicatesse, une vérité qu'on ne trouve point ailleurs », et explique ainsi cette supériorité : « C'est que, de toutes les nations, la française est celle qui a connu le plus la société''. » La page qui suit, sur « la manière dont les honnêtes gens traitent l'amour », est très fine et vraie, si l'on se place au seul point de vue de la délicatesse dans l'expression de l'amour. Mais c'est précisément de cette délicatesse qu'il condamne les raffinements lui-même. 11 est entendu que le coupable ce n'est pas Racine, qui a tout fait, au contraire, pour réformer le goût des Français et faire de la peinture de l'amour non unépisode inu-

i. JJir,criiirs sur la ti'ar/éilie, en tt^te do lirutus.

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