‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 68 sur 153 · Seconde lettre ù t'alkener, en tète de Zaïre · texte numérisé non relu

Seconde lettre ù t'alkener, en tète de Zaïre

tile qui alourdit une pièce, mais l'intérêt principal, le fondement, lame de tout un drame; c'est Rotrou, c'est Corneille même, « qui, en créant notre théâtre, l'ont presque toujours défiguré par ces amours de commande, par ces intrigues galantes qui, n'étant point de vraies passions, ne sont point dignes du théâtre* ». Ceci est vrai en partie de Rotrou, bien que le poète de Venccslas et de Lauve 'persécutée connaisse les emportements terrildes et la touchante mélancolie de la passion contrariée ou trahie; vrai aussi de Corneille, si l'on met à part tout au moins le Cid et Psi/ché. On sait, d'ailleurs, avec quelle énergie Corneille lui-même marquait le profond désaccord qui le séparait des délicats et des doucereux : « J'ai cru jusques ici que l'amour était une passion trop chargée de faiblesse pour être la dominante dans une pièce héroïque-... ». On comprend donc que Voltaire raille les froideurs et les gaucheries amoureuses du vieux Corneille. Mais, à son tour, comment comprend- il la peinture et l'expression de l'amour?

Le grand homme qui a porté à un si haut point la véritable éloquence dans les vers, qui a fait parler à l'amour un langage à la fois si touchant et si noble, a mis cependant dans ses tragédies plus d'une scène que Boileau trouvait plus digne de la haute comédie de Térence que du rival et du vain([ueur d'Euripide...

Qu'une Phèdre, dont le caractère est le plus théâtral qu'on ait jamais vu, et qui est presque la seule que l'antiquité ait représentée amoureuse; qu'une Phèdre, dis-je, étale les fureurs de cette passion funeste ; qu'une Roxane, dans l'oisiveté du sérail, s'abandonne à l'amour et à la jalousie; qu'Ariane se plaigne au ciel et à la terre d'une intidélité cruelle; qu'Orosmane tue ce qu'il adore : tout cela est vraiment tragique. L'amour furieux, criminel, malheureux, suivi de remords, arrache de nobles larmes. Point de milieu : il faut ou que l'amour domine en tyran, ou qu'il ne paraisse pas; il n'est point fait pour la seconde place. Mais que Néron se cache derrière une tapisserie pour entendre les discours de sa maîtresse et de son rival ; mais que le vieux Mithridate se serve d'une ruse comique pour savoir le secret d'une jeune personne aimée par ses deux enfants, tout cela est petit et puéril, il faut le dire hardiment 3.

II ajoute, du reste, que, si Racine avait vécu, < il eût rendu au théâtre son ancienne pureté; il n'eût point avili par des amours de ruelle les grands sujets de l'antiquité», car il avait commencé Vlphigénie en Tauride, où la galanterie n'entrait pas; et il écrivit Athalie. Il faudrait s'entendre. Parle-t-ou de galanterie, ou parle-t-on d'amour? Si l'on parle de galanterie, il

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