‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 69 sur 153 · Lettre à Saint-Evremond · texte numérisé non relu

Lettre à Saint-Evremond

. Préface de yanine. — Epitre à la duchesse du Maine, en tète d'Oreste.

li COURS DE LITTERATURE

faut avouer que Racine a souvent affaibli, par le langage conventionnel de la galanterie contemporaine, des sentiments qui n'en restent pas moins, au fond, toujours très forts et quelquefois violenls. Si l'on parle d'amour, qu'est-ce que ce dédain d'un certain langage trop familier, d'une part, et, d'autre part, de situations trop voisines du comique? D'où vient-il, sinon d'une idée fausse de la « noblesse » tragique? Voltaire a corrigé Racine en cela, et il a été immuablement, incurablement noble. Qu'eût-il pensé si on lui eût dit que ce qui charmerait le plus les modernes chez Racine profane, c'est précisément celte vérité moins fastueuse, ces prétendues pelilesses, cette conformité avec la vie?

Par un mélange assez curieux de goûts et de tendances. Voltaire admirait, ne se lassait pas de citer QuinauU, du moins le QuinauU des opéras, et volontiers reconnaissait (du moins dans la première partie de sa carrière) devoir quelque chose au mélodramatique Crébillon. Mais ce qu'il aimait en QuinauU, ce n'était pas le langage de la galanterie, où il signale çà et là quelque fadeur ou quelque platitude : c'est l'importance donnée au spectacle. Sans bien s'en rendre compte, il inclinera lui-même à transformer la tragédie en opéra. D'instinct, il sent la nécessité d'un changement dont il cherchera toujours et ne réussira jamais à bien déOnir la nature. La vraie tragédie classique était morte avec Racine, dont Gampistron (1636-1723) n'était que l'héritier dégénéré'. Voltaire avait près de trente ans quand la Motte (1672-1731) donna son Inès de Castro (1723), et c'est contre la Motte, novateur timide et inconséquent, qu'il défendra, dans la préface de son (Mdipe (1730), la règle des trois unités. Jeune, il n'eut point, du moins au théâtre, ces audaces de la jeunesse qui dédaigne volontiers ses devanciers. Non seulement il proclame son admiration pour Racine, mais il témoigne quelque respect à Crébillon (1674-1762), dont le chefd'œuvre, lihadamiste et Zdnobie, fut joué en 1711, et apprécié par l'auteur lui-même, sans indulgence paternelle, dans le Mercure. Plus lard, dans le Dictionnaire philosophique (art. Amplification et Goût), tout en reconnaissant certaines beautés chez Grébillon, il raillera ces mauvaises tragédies barbares, écrites dans un style d'Allobroge, et il écrira uni'/oyt'de Crébillon [1762) qui ne sera guère qu'une satire. Mais « le boursoutlé Crébillon- »

1. Voyez pourtant, sur Cani|iistron, les Etudes sur la Irai/rdit' de M. Dejob; sur Li Motte, la thèse do M. Dupont citée à la Biblios;r.ipliie.

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