‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 73 sur 153 · C. de Litt. — Voltaire [Théâtre · texte numérisé non relu

C. de Litt. — Voltaire [Théâtre

26 COURS DE LIïTÉlîATURE

Ma satisfaction s'augmente en vous la communiquant. Jamais pièce ne fut si bien jouée que Zaïre, à la quatrième représentation. Je vous souhaitais bien là : vous auriez vu que le public ne hait pas votre ami. Je parus dans une loi^e, et tout le parterre me battit des mains. Je rougissais, je me cachais, mais je serais un fripon si je ne vous avouais que j'étais sensiblement touché. Il est doux ne n'être pas honni dans son pays ; je suis sûr que vous m'en aimerez davantage. Mais, Messieurs, renvoyez-moi donc Érijphile, dont je ne peux me passer, et qu'on va jouer à Fontainebleau. Mon Dieu, ce que c'est que de choisir un sujet intéressant! Éryphile est bien mieux écrite que Zft/re; mais tous les ornements, tout l'esprit et toute la force de la poésie ne valent pas, à ce qu'on dit, un trait de sentiment.

Certes, les ennemis de Vollaire n'avaient pas désarmé; mais eux-mêmes ils devaient reconnaître le succès qu'ils déploraient. C'est ainsi que l'abbé Leblanc écrit avec dépit au président Bouhier : « Zaïre, tant par le manège de son auteur que par celui des comédiens, a un succès prodigieux. 11 y a plus : on commence à la croire une bonne tragédie, à l'applaudir. 0 sœclum Imipiens et inficetum! » J.-B. Rousseau, brouillé avec Voltaire, opposa malignement Polijcucte à Zaïre, « cette monstrueuse tragédie », où il signale un mélange odieux de libertinage et de piété'. L'abbé Prévost, dans le Pour et le Contre,}' trouve surtout « des expressions et des sentiments guindés, des Uh! des Ah! des vers sans âme, et qui feraient quelquefois de fort mauvaise prose, s'ils avaient perdu le petit relief de la cadence- ». Mais le comte de Plèlo, esprit délicat, âme héroïque, s'avouait conquis : « Zaïre m'a attendri et frappé : il y a des endroits pris au beau milieu du cœur humain 3. » A plus forte raison les femmes étaient touchées; plus tard Lessing pourra tout à son aise railler « la pièce favorite des dames »; mais l'auteur de la Lettre à d'Alembert, vingt-cinq ans après, ne croira pas si fadement inoffensive la pièce « enchanteresse » où les femmes courent et font courir les hommes. Dans les deux Épîtres dédicatoires adressées à l'Anglais Falkener et à l'actrice M"° Gaussin, Voltaire n'a eu garde d'oublier tant de belles larmes répandues avec plaisir. Mais cette Épitre à Falkener et la longue lettre à Antoine de la Roque, directeur du Mercure (1732), qui avait prié Voltaire de rendre compte lui-même de sa pièce, ont une portée plus générale, qu'il faut préciser.

Les deux lettres à Falkener posent la question de l'amour

1. Il est phiisant de notop'qiv'ù Nnples au contraire, selon Tabbé Galiani, on trouv:* Zaïre i< trop dévote et trop ressemblante en certains endroits à une mission ».

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