OROSMANE
Qu'il revînt, lui, ce traître?
Qu'aux yeux de ma maîtresse il osât reparaître? Oui, je le lui rendrais, mais mourant, mais puni. Mais versant à ses yeux le sang qui m'a trahi. Déchiré devant elle; et ma main dégouttante Confondrait dans son sang le sang de son amante...
Excuse les transports de ce cœur offensé;
Il est né violent, il aime, il est blessé.
Je connais mes fureurs, et je crains ma faiblesse;
A des troubles honteux je sens que je m'abaisse. Non, c'est trop sur Zaïre arrêter un soupçon; Non, sou cœur n'est point fait pour une trahison. Mais ne crois pas non plus que le mien s'avilisse A souffrir des rigueurs, à gémir d'un caprice, A me plaindre, à reprendre, à redonner ma foi : Les éclaircissements sont indignes de moi. 11 vaut mieux sur mes sens reprendre un juste empire. Il vaut mieux oublier jusqu'au nom de Zaïre...
Allons, que le sérail soit fermé pour jamais.
Que la terreur habite aux portes du palais... (III, vu.)
Zaïre parait : il se plaint avec orgueil et douceur à la fois. C'est le sultan, le « maître », qui s'élonne de n'être pas aimé, alors qu'il devait s'attendre à l'être et qu'il « daignait » élever au trône une esclave; c'est l'amant qui aime mieux perdre Zaïre que lui imposer son amour. Un mot tendre de Zaïre le ravit; un mot obscur d'elle le trouble.