‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 77 sur 153 · I. Êpître dédinatoire 'i Fulkencr · texte numérisé non relu

I. Êpître dédinatoire 'i Fulkencr

ii. Reçue des Deux Mondes, Y" déc. 188 8.

dent la première représentation (27 oct., 6, 15, 2G nov., o déc), on voit qu'il espère un nouveau succès. C'est la passion, dit-il, qui occupe la pièce d'un bout à l'autre : elle n'y laisse pas de place à l'ambition ni à la politique. Mais les spectateurs, à qui la passion avait paru si touchante dans Zaïre, la trouvèrent ridicule dans Adélaïde. Ils sifflèrent dès le premier acte; les sifflets redoublèrent au second, où Voltaire avait osé faire paraître sur le théâtre un blessé tout sanglant. Ce fut une tempête au cinquième : aux Annales de Bretagne Voltaire avait emprunté le beau trait de Bavalan, noblement désobéissant envers le duc, qui lui avait ordonné de mettre à mort Chsson. Bavalan était devenu le sire de Coucy, et le duc de Vendôme, dans sa fureur aveugle contre son frère Nemours, eu qui il rencontrait un rival, ordonnait à Coucy de le frapper. Un coup de canon devait annoncer au duc que son ordre était exécuté. Le coup de canon retentit, et fut mal accueilli du public. Mais Coucy avait laissé vivre Nemours, et Vendôme lui-môme, bientôt réconcilié avec son frère, l'en remerciait : « Es-tu content, Coucy? lui demandait-il. — Couci-couci, » répondirent quelques mauvais plaisants.

a Vous jugez bien que je ne m'ol'ftinai pas contre cette belle récei)tion. Je donnai, quelques années après, la même tragédie sous le nom du Duc de Foi.v : mais je l'affaiblis beaucoup, par respect pour le ridicule. Cette pièce, devenue plus mauvaise, réussit assez; et j'oubliai entièrement celle qui valait mieux.

<( Il restait une copie de cette Adèla'/de entre les mains des acteurs de Paris' ils ont ressuscité, sans m'en rien dire, celte défunte tragédie, ils l'ont représentée telle qu'ils l'avaient donnée en 1734, sans y changer un seul mot, et elle a été accueillie avec beaucoup d'applaudissements : les endroits qui avaient été les plus siffles ont été ceux qui ont excité le plus de battements de mains'.

Le coup de canon ne se faisait plus entendre en 17^2; il se fit applaudir en 176o. Mais il n'était pas indispensable à Faction, qui pourrait tenir en quelques lignes. Deux frères, Vendôme et Nemours (personnages non historiques ) aiment la même femme, Adélaïde Duguesclin (aussi peu historique que ses prétendants). Le frère dédaigné, Vendôme, songe h faire périr le frère préféré; mais le ministre de sa vengeance, Coucy, lui épargne un crime. Saisi de remords, Vendôme unit lui-même Adélaïde et Nemours.

Aimez-vous, mais du moins ne me haïssez pas.

1. Lettre à la Harpe, 10 oct. IVCi, l'année de celle reprise. Le Duc de Foix fut joue le 17 août 17o2.

Où peut êlre l'intérêt du drame? Dans le fond historique? Mais il n'y a d'historique que les noms, et ces noms eux-mêmes n'ont pas été portés dans l'histoire par les personnages qu'on imagine d'opposer ici, l'un créature des Anglais, l'autre fidèle au roi de France. Dans l'amour des deux frères (sans parler du brave Concy) pour Adélaïde? Mais la figure de cette loyale Française est assez indécise. Il ne suffit pas de nous dire que Duguesclinla contemple « du haut des cieux », qu'elle n'épousera Jamais l'allié des Anglais, ni de la montrer prête, pour sauver Nemours, àsuivre Vendôme à l'autel, sauf à se tuer ensuite. Ses sentiments, ses résolutions, nous laissent froids; sa situation même est assez mal définie. Ce n'est plus la charmante Zaïre, c'est une sorte de symbole du patriotisme. Est-ce la rivalité des deux frères qui nous passionnera?

La naiure à tous deux fît un cœur tout de flamme.

Vendôme surtout, violent et magnanime, tendre et emporté à la fois, nous est présenté dès le début comme capable d'un crime quand on fait obstacle à ses passions, car « toutes les passions en lui sont des fureurs », et il aime Adélaïde

d'un amour extrême, Violent, effréné; car c'est ainsi qu'on aime.

Voltaire paraît s'être souvenu ici du Venceslas de Rotrou'. Vendôme n'est qu'une copie un peu affaiblie de Ladislas, amoureux de Cassandre. Comme lui, il trouve en son frère un rival; comme lui, il le frappe ou croit le frapper. Mais du moins le fratricide de Ladislas est involontaire; Vendôme atout le loisir de préparer le sien. Il s'emporte, crie, menace, puis finit par bénir et pardonner. C'est un chevalier d'assez pauvre apparence auprès du sanglant Ladislas. 11 est inférieur à Orosmane comme Adélaïde est inférieure à Zaïre. Cependant sa galanterie s'exprime avec autant de délicatesse parfois que celle du sultanchevalier Orosmane :

Vous nous rendez plus pur l'air que nous respirons;

et l'amitié fraternelle qui persiste à travers ses fureurs a des accents pénétrants :

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