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Montesquieu était injuste pour lui-même lorsqu'il écrivait dans sa préface : « Si l'on vient à savoir mon nom, dès ce moment je me tais... Si l'on savait qui je suis, on dirait : « Son livre jure « avec son caractère; il devrait employer son temps à quelque (c chose de mieux; cela n'est pas digne d'un homme grave. » Tout n'y est pas digne du président de Montesquieu ; mais beaucoup de choses y laissent deviner ce que Montesquieu sera lorsqu'il cessera d'être le président à mortier et l'académicien de Bordeaux pour devenir un historien et un philosophe.
Rapport des « Lettres persanes » avec les « Considérations » et r « Esprit des lois »; nnité de l'œuvi-e. — La maturité et la vieillesse.
D'Alembert a le premier signalé les rapports qui unissent entre elles les grandes œuvres de Montesquieu, des Lelt7'es persaiies à l'Esprit des lois. C'est à d'Alembert que Montesquieu disait : « L'esprit que j'ai est un moule; on n'en peut tirer jamais que les mêmes portraits. » — « Cette unité fondamentale du moule chez Montesquieu, dit Sainte-Beuve, se sent même dans sa grande variété de production et de son premier à son dernier ouvrage ^ » M™^ de Staël a suivi d'Alembert-, et, depuis, Villemain, Vinet^, d'autres encore, ont signalé ce qu'il y avait de suivi, d'ininterrompu, dans cette chaîne aux
1. « La manière de ces trois ouvrages difTère, pas autant toutefois qu'on le croirait. Le fond des idées diffère encore moins. Le livre sur les Romains est celui où l'auteur se contient le plus; il est maître de lui d'un bout à l'autre. Dans l'Esprit des lois, il a souvent mêlé, on ne sait comment, l'épigramme ù la grandeur. Dans les Lettres persanes, Montesquieu, jeune, s'ébat et se joue; mais le sérieux se retrouve dans son jeu; la plupart de ses idées s'y voient en germe, ou mieux qu'en germe et déjà développées : il est plus indiscret que plus tard, voilà tout. » (Sainte- Beuve, Causeries du lundi, VU.)