‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 82 sur 153 · Lettre à d'Argental, o oct. 17 iS · texte numérisé non relu

Lettre à d'Argental, o oct. 17 iS

i!. Fr. Sarcey, feuilleton du Temps, 30 mars 1885. — L'inventeur, peut-être, après un certain Pierre Corneille, auteur de liodogune.

P.iur les liommes pareils à moi, sachez-le Inen, Le péril, c'est d'aimer ; le reste, ce n'est rien...

C'est par l'amour pourlanl qu'il souffre et qu'il meurt, car il se punit lui-même d'être descendu « aux lâchetés de l'âme », et, vivant, il s'ensevelit dans son propre tombeau. Mais il a rencontré sur son chemin le moine chrétien Georgias, et, depuis ce temps, l'importun souvenir de Jésus-Christ ne le quitte pas, même à l'instant où il meurt en pardonnant à ceux qui l'ont offensé.

Tout à l'heure quelqu'un me reprochait Jésus...

Ton calme, ta bonté, je ne les ai pas eus.

Et je suis l'envieux de ta vertu sévère,

O Christ ! Je veux du moins imiter ton Calvaire...

Je pardonne aux méchants dont j'ai subi l'effort;

Je pardonne au malheur, à la vie, à la mort.

C'est le nom de Jésus-Christ qu'il prononce en expirant. Il est probable que ce Mahomet attendri eût surpris Voltaire. 11 n'est pas plus vrai que le sien. C'est dans l'histoire qu'il faut chercher le vrai Mahomet, et c'est dans l'histoire qu'il faut le laisser.

« Mérope ». — MatTcî et Voltaire. — Vollaire et Kacïue.

Depuis longtemps Voltaire était hanté par l'idée d'écrire une tragédie sans amour. La Mort de César ne pouvait compter : elle n'avait été jouée encore que par et pour les écoliers du collège d'Harcourt. Zaïre, Alztre et la triste Zulime étaient destinées à satisfaire ceux qui aiment les belles passions; il y avait de l'amour même là où il n'en eût pas fallu, dans Œdipe, dans Briilus, dans Mahomet. Or Zulime est de 1740, Mahomet de 1742, et, dés 1737, nous voyons que Mérope est composée, puisque Frédéric, à qui il l'a envoyée, juge qu'elle est <( la plus régulière » de ses pièces '. Mais il ne suffit pas à Voltaire qu'elle en soit la plus régulière, il veut qu'elle en soit aussi la plus nouvelle. Plus de ces « élégies amoureuses » que les Français

1. Voir los lettres de Frédéric à Volt^siro et de Voltaire ;'i Frodéiir, 14 et 19 jan vicr, 5 et Ï7 février, 8 mars, août 1738.

nomment tragédies : l'amour n'est une passion digne du théâ- Ire que s'il est « tragique, passionné, furieux, cruel et criminel, liorrible, si l'on veut, et point du tout galant ». La tragédie sans amour qu'il a dans l'esprit « peut-être n'en sera que plus tendre* ». Et d'avance il intéresse au succès de celte tragédie, u où une mère fournit cinq actes entiers », ses anciens maîtres de Louis-le-Grand, l'abbé d'Olivet, les PP. Tournemine et Porée, sollicitant leurs avis, mais ne leur accordant pas les « scènes d'attendrissement réciproque entre IMérope et son fils » que le P. Porée lui demande-. Il semble qu'il ait cessé d'être Trançais pour composer une pièce très forte et très simple, « à la grecque», comme il l'écrit naïvement (12 juin 1738) à d'Argental.

Ce n'est pas aux sources grecques pourtant qu'il avait surtout puisé. Dans la lettre au marquis Scipion Maiïei, qui précède Mcrope, il rappelle le Cresphonte d'Euripide, tragédie penlue, mais dont nous savons, par ArisLole et PluLarque, qu'une situalion, celle de la reconnaissance entre la mère et le tîls, était considérée comme la plus saisissante de tout le tbéàtre grec. Le grammairien Hygin, qui vivait au temps d'Auguste, nous en a laissé une sorte d'analj'se plus ou moins exacte. Voltaire ne nomme pas Hygin et ne semble pas l'avoir connu. En tout cas, la situation indiquée par llygin est bien différente de celle que Voltaire a choisie : car Égisthe se sait fils de Cresphonte et de Mérope; il vient faire valoir ses droits à Messène, où sa mère a épousé le tyran Polyphonie.

Rapidement, Voltaire énumère le Téléphonie du cardinal de Richelieu, ou plutôt de ses cinq auteurs (1641); le Philoclée et Téléphoitte de Gilbert, résident de la reine Christine (1643) ; de Jean de la Chapelle, de l'Académie française (1683); VAmasis de la Grange-Chancel (1701) : toutes pièces qui sont chargées d'un petit épisode d'amour, ou plutôt de galanterie. Puis il passe en Italie, et y rencontre les Mérope de Torelli et de Mafîei. Ce dernier, né à Vérone (1675-1755), savant archéologue, historien et critique, avait fait jouer sa Mérope h Paris, au Théâtre italien, en 1717 3. Le succès en fut grand : plus de

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