‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 87 sur 153 · Lettre à d'Argental, 15 août · texte numérisé non relu

Lettre à d'Argental, 15 août

3. Crébillon avait fait représenter une Sémiramis en 1717. Son héroïne, toujours furieuse, se tue après avoir reconnu que le jeune prince qu'elle voulait épouser est son fils. Point d'intervention surnaturelle. Le mémo sujet avait été traité par Desfontaines (1037), Gilbert (I64G), M™» de Gome/. (1710).

d'iionneur que la sœur m'en a fait. » Dans son Avertissement et sou Épître dédicatoire à la duchesse du Maine, Vollaire ne trahit pas ce parti pris de reprendre les pieices de son vieux rival. La sienne « est une imitation de Sophocle, aussi exacte que la différence des mœurs et le progrès de l'art ont pu le permettre ». 11 a essayé seulement de mettre plus de mouvement dans les scènes, en suivant son propre génie; mais il s'est imposé pour loi de ne pas s'écarter de cette simplicité tant recommandée par les Grecs et si difficile à saisir. Son Oreste est pourtant plus compliqué que VÉlectre de Sophocle, et l'on sent qu'au moment même où il s'attaque à Crébillon, il n'a pu échapper entièrement à son intluence. Il attendrit Clytemnestre, qui chez lui devient une femme mélancolique, une mère encore aimante; il lui prête des remords et de lugubres pressentiments :

Je chassai de mon cœur la nature outragée;

Je tremble au nom d'un fils : la nature est vengée...

Du repos dans le crime! ah! qui peut s'en flatter?

Electre elle-même n'a pu se décider à haïr sa mère. Égisthe seul est uniformément furieux, et c'est inutilement que la mère et la fille s'abaissent devant lui pour sauver Oreste reconnu, car Oreste est reconnu ici avant le dénouement; d'où un péril nouveau et même le péril le plus dramatique. Qui l'emportera, d'Égisthe ou de lui? Épouse à la fois et mère, Clylemnestre s'efforce de les sauver tous deux : c'est en protégeant Égisthe contre son fils qu'elle se fait tuer par son fils, parricide involontaire, dont peut-être la Divinité, ou le hasard (nous pouvons choisir) guidait la main. Cette belle invention est de Crébillon'. Voltaire l'a préférée au dénouement de Sophocle. « Les cris de Clytemnestre, qui faisaient frémir les Athéniens, auraient pu, dit-il, sur un théâtre mal construit et confusément rempli de jeunes gens, faire rire des Français. » Et pourtant, il avait la prétention de « venger Sophocle », et il savait qu'il n'y a point de vraie tragédie d'Oreste sans les cris de Clytemnestre; mais quoi? « cette viande grecque » était trop dure pour les estomacs des petits-maîtres de Paris-. Il l'assaisonna donc au

i. Voir sur VÉlectre de Créhillùu la 3'' |i,'irtic do la Oissrr/alion sur les principales trar/édies anciennes et modernes qui untparu sur le sujet d' Jectre, par M. du Molard (Voltaire).

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