Lettro à d'Argenlal, janv
LE THEATRE DE VOLTAIRE (il
goût des Français du xviii= siècle, et tempéra, pour parler comme Boileaii, par « une pitié charmante » la monstrueuse horreur de la légende primitive.
Après avoir vengé Sophocle, il voulut venger Cicéron, autre victime de Crébillon, et, avec Cicéron, la France, car il paraît que Cicéron et la France étaient déshonorés depuis le jour où Crébillon, sortant d'une retraite de vingt-deux ans, avait fait applaudir par M'"<= de Pompadour (20 décembre 1748) un Catilina qui avait eu vingt représentations. Le nouveau Catilina, qui devint Rome sauvée, fut écrit en huit jours. « Vous y verrez un tal)leau terrible de Rome, et j'en frémis encore. Fulvie vous déchirera le cœur, vous adorerez Cicéron. Que vous aimerez César! Que vous direz : « Voilà Caton! » Et Lucullus, Crassus, qu'en dirons-nous? G mes chers anges! Mérope est à peine une tragédie en comparaison; mais mettons au moins huit semaines à corriger ce que nous avons fait en huit jours. Croyez-moi, croyez-moi, voilà la vraie tragédie. Nous en avions l'ombre ^.. »
Il est alors à la cour de Lunéville, presque sur la route de Berlin. La revision lui prit plus de temps qu'il ne croyait : les événements se précipitèrent : il est à Berlin quand il se demande avec anxiété si llome sera « sauvée ou perdue », et quand il se réjouit du succès, tout en craignant qu'il ne soit pas durable, car on se lasse vite à Paris « d'une diable de tragédie sans amour, d'un consul en on, de conjurés en iis, d'un sujet dans lequel le tendre Crébillon avait enlevé la tleur de la nouveauté- ». Il était même déjà attristé et désabusé, quand il envoyait à M"^^ Denis (20 décembre HoO) sa pièce retouchée :
J'ai bien peur que vous ne soyez pas trop contente du rôle d'Aurciie. Vous autres femmes, vous êtes accoutumées à être le premier mobile des tragédies, comme vous l'êtes de ce monde. Il faut que vous soyez amoureuses comme des folles, que vous ayez des rivales, que vous fassiez des rivaux; il faut qu'on vous adore, qu'on vous tue, qu'on vous regrette, qu'on se tue avec vous. Mais, Mesdames, Cicéron et Caton ne sont pas galanls ; César et Catilina n'étaient pas gens à se tuer pour vous. Ma chère enfant, je veux que vous vous fassiez homme pour lire ma pièce. Envoyez prier l'abbé d'Olivet de vous prêter son bonnet de nuit, sa robe de chambre et son Cicéron, et lisez Rome sauvée dans cet équipage.
Si M'"^ Denis fit cette expérience, que pensa-t-elle du rôle