‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 95 sur 153 · LETTRES ET DIALOGUES · texte numérisé non relu

LETTRES ET DIALOGUES

Lcllrc de Duels à Voltaire (1776). — Voltaire, qui avait contribué, par ses Lettres anglaises, à faire connaître Shakespeare en France et qui avait emprunté ou imité plusieurs de ses tragédies, s'alarma, vers la On de ses jours, quand il vit que le grand poète commençait à être admiré. Letourneur, dans la préface de sa traduction, appelait Shakespeare « le dieu créateur de l'art sublime du théâtre )>. A cette lecture. Voltaire prit feu et, de Ferney, il écrivit à l'Académie française deux lettres très vives où il s'attache uniquement à faire ressortir les trivialités et les bouffonneries qui déparent le théâtre de Shakespeare.

On suppose une lettre de Ducis, applaudi déjà pour deux tragédies imitées de Shakespeare, Hamlet (1769), et Roméo et Juliette (1772).

Le souvenir de ce qu'il doit au poète anglais excusera sa démarche respectueuse. D'ailleurs défendre l'auteur d'Othello et d'Hamlet n'est-ce pas défendre en même temps la gloire de l'auteur de Brutus, de Zaïre et de la Mort de César?

Si M. de Voltaire a renouvelé sur quelques points la tragédie française en donnant plus de rapidité à l'action, plus de force à l'intérêt, je ne sais quoi de plus véhément et de plus terrible au pathétique, n'est-ce pas en partie l'étude de Shakespeare qui l'a conduit à ces réformes?

Le siècle où a vécu ce poète, le caractère du peuple anglais, expliquent ces grossièretés qui révoltent le goût français. Mais que de beautés dans la marche de l'action, dans les caractères, dans la peinture des passions!

Il est à souhaiter qu'une traduction exacte et sincère permette aux lecteurs français de juger le procès en connaissance de cause.

(Concours général, 1886.)

Dialogue entre Voltaire et Frédéric le Grand sur les mérites et les défauts de Tite-Live.

Le 24 avril i747, Frédéric écrivait à Voltaire :

« La Sémlramis m'est parvenue, remplie de grandes beautés de détail et de ces superbes tirades qui confirment le goût que j'ai pour vos ouvrages.

« Je ne sais pas cependant si les spectres et les ombres mettront dans cette pièce le pathétique que vous vous en promettez. L'esprit du xviu'= siècle se prête peut-être encore à ce merveilleux lorsqu'il est mis en récit; mais c'est beaucoup hasarder que de le mettre en action, et je doute que l'ombre du grand >;inus ait du succès.

« Je me risque peut-être beaucoup en vous exposant mes doutes sur un ouvrage dont je ne suis pas juge compétent; si c'était quelque manifeste, quelque alliance ou quelque traité de paix, peut-être pourrais-je en raisonner plus à mon aise. »

On écrira la réponse de Voltaire.

Talleyrand raconte, dans ses Mémoires, qu'à Erfurt Napoléon désira faire jouer devant son parterre de rois Tancrède, et surtout Mahomet, sa pièce de clioix, où il croyait se voir lui-même en scène. Goethe lui avait dit qu'il avait traduit ou imité ces deux pièces, et l'empereur en causa longuement avec le poète. On imaginera le dialogue de Gœthe et de Napoléon.

Fontanes, dit Saiute-Beuve, « ne vit Voltaire que de loin, couronné à la représentation à'Ircne; mais il n'eut pas le temps de lui être présenté ». On suppose qu'au sortir de cette représentation triomphale, il écrit à Ducis pour lui en faire le récit et lui communiquer ses impressions.

Dans une lettre à Damilaviile (2:J mars 17j3), où il le prie de remercier Grimm des éloges qu'il avait donnés à Hrulus, Voltaire écrit : « Je me souviens que, dans la nouveauté de

cette pièce, feu Bernard de Fontenelle et compagnie prièrent l'ami Thiériot de m'avertir sérieusement de ne plus faire de tragédies. Ils lui dirent que je ne réussirais jamais à ce métier-là. J'en crus quelque chose, et cependant le démon du théâtre l'emporta. »

On suppose que Voltaire répond directement à Fontenelle.

Le 2 mai 1136, Voltaire adresse à la Chaussée une lettre pour présenter Alzire, qui venait de réussir, à Thonime de France, disait-il, qui sait et qui cultive le mieux cet art si difticile de faire de bons vers.

Vous écrirez la réponse de la Chaussée.

Voltaire, on le sait, tenait à faire approuver ses tragédies par ses anciens maîtres du collège Louis-le-Grand. Le 20 octobre 1738, il écrivait à d'Olivet : « M. Thiériot doit vous faire lire une Mérope de ma façon, une tragédie française, où, sans amour, sans le secours de la religion, une mère fournit cinq actes entiers. Je vous prie de m'en dire votre sentiment tout aussi naïvement que vous l'avez dit à Rousseau sur les Aïeux chtmirlques (coméilie non représentée). »

Et, en décembre 1738, au P. Tournemine :

« Mon très cher et très révérend père, est-il vrai que ma Mérope vous ait plu? Y avez-vous reconnu quelqu'un de ces seutiments généreux que vous m'avez inspirés dans mon enfance ? »

On suppose que le P. Tournemine, admirateur et commentateur de Corneille, répond à Voltaire, en son nom et au nom du P. Thoulier, devenu l'abbé d'Olivet.

Chamfort, dont les vues en morale et en politique^ furent si hardies, était moins novateur en littérature. Il nous a laissé une courte Dissertation sur l'imitation de la nature ralativement aux caractères dans les ouvrages dramatiques. « L'artiste, y écrit-il, doit m'offrir sans cesse le sentiment de mon excel-

lence... Agrandissez-nous donc à nos propres yeux. » En vertu de ce principe, il regrettait que Corneille, pour placer Pauline et Sévère dans l'admirable situation où il les a mis, ait cru devoir exposer à nos yeux un caractère aussi vil que celui de Félix ; il condamnait le rôle de Prusias, et, tout en reconnaissant que celui du Narcisse de Racine « contient une des plus belles leçons qu'on ait jamais données aux rois », il observait qu'une partie du public ne voit ce personnage qu'avec peine. 11 louait les progrès accomplis au théâtre par Voltaire dans le sens de la noblesse tragique.

On suppose que Letourneur, son ancien camarade au collège des Grassins, et même son compagnon d'escapade dans une courte fuite de Paris à Cherbourg, lui répond. 11 prépare alors ou peut-être a déjà commencé sa traduction en vingt volumes de Shakespeare, si odieuse à Voltaire, et il écrit à son ami pour lui marquer à la fois son plaisir et sa surprise.

Il a retrouvé dans ces quelques pages cet esprit brillant et incisif que les triomphes de la vie de société ont encore affiné.

Pour lui, moins délicat, il a vécu souvent loin de Paris ; mais il a connu l'étranger, que trop de Français ne connaissent qli'indirectement, par des imitateurs trop peu reconnaissants envers leurs modèles.

Il lui envoie la traduction d'une pièce de Shakespeare, où son ami pourra étudier, non sans effroi peut-être, une manière assez différente de voir et dinlerpréter la nature.

Que le théâtre français garde son génie, mais qu'il l'assouplisse et l'élargisse. Le vrai Corneille n'est pas celui qui crée des types abstraits, des symboles : c'est celui qui a su voir plusieurs aspects divers de la vie, et qui les a rendus avec vérité.

DISSERTATIONS ET LEÇONS

Exposer et apprécier l'influence de la littérature anglaise sur la littérature française au xviu'' siècle.

(Paris. — Agrégation des lettres.

Composition, 1883.)

Étudier la péripétie de la reconnaissance dans VŒdipe roi de Sophocle, en la rapprochant de l'imitation de Voltaire.

(Paris. — Leço.\ d'agrégation, 1856 et 18b9.)

La reconnaissance dans Iphigénie en Taurlde et dans Mérope. Étudier à ce propos la théorie d'Aristote sur la reconnaissance. (Paris. — Leçon d'agrégation, 1878.)

Pulijcucte et le Mahomet de Voltaire.

(Paris. — Leçon d'agrégation, 1887.)

De la couleur locale dans la tragédie classique, d'après Bajazet et Zaïre.

(Paris. — Agrégation des lettres.

Composition, 1889.)

Discuter cette pensée de Vollaire (Discours hislorique et cri-

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lique précédant les Guèbres) : « En fait de goût comme de gouvernement, chacun doit être le maître chez soi. »

(Paris. — Devoir de licence, mars 1888.)

Discuter cette phrase d'une lettre de d'Alembert h Voltaire (1761): « Corneille disserte, Racine converse, et vous nous remuerez. »

(Paris. — Devoir de licence, avril 1881.)

Idées de Voltaire sur la déclamation tragique d'après les Lettres de 17o0 à M"'= Clairon, interprète de sa tragédie d'£lectre.

(Paris. — Devoir de licence, 1897.)

Expliquer en quoi la tragédie française du xvin« siècle, et surtout celle de Voltaire, difiere des modèles classiques de l'âge précédent.

(Bordeaux. — Devoir de licence, 1885-1880.)

Discuter ces paroles de Voltaire : « Virgile et Homère ont fort bien fait d'amener les dieux sur la scène; Lucain a tout aussi bien fait de les en chasser. »

(Gaen. — Devoir de licence, 1899.)

Montrer que, dans la tragédie de Zaïre, toute une partie du drame, comme le dit M. Brunetière [les Époques du théâtre fraurais, 11= conférence), sort des perplexités de Zaïre entre son amour, d'une part, et sa religion, d'autre part.

(Hennés. — Devoir de licence, 1890.)

Le romanesque, l'artificiel, les procédés de comédie et de mélodrame dans la tragédie de Zàire.

(Rennes. — Devoir de ijce>;ce, 1897.)

Le président Bouhier félicitait Voltaire d'avoir introduit sur notre théâtre des tragédies sans femmes, et ajoutait : « ^''estil pas ridicule, en effet, qu'on soit obligé de faire intervenir des femmes dans les plus grandes affaiies de l'État? »

Que pensez-vous de cette opinion, après avoir étudié Horace et Bérénice ou toute autre tragédie?

(Toulouse. — Devoir de licence, 1898.)

Rechercher, en étudiant les jugements de Voltaire sur Corneille, Racine et Shakespeare, l'idée qu'ils se faisaient de la tragédie.

(Toulouse. — Licence Es lettres, nov. 1888.)

L'Œdipe de Voltaire comparé à VŒdipc roi de Sophocle. (Agrégation de l'enseignement spe'cial, 1885.)

Voltaire fait dire à Cicéron :

Romains, j'aime la gloire, et ne veux point m'en taire.

Ce vers est-il justifié par l'histoire? Trouve-t-on l'expression du même sentiment dans les œuvres les plus célèbres du grand orateur? En quoi était-il chez lui légitime? en quoi excessif?

(Douai. — Baccalaure'at.)

Montrer en quoi Voltaire, dans sa tragédie de Zaïre, se rapproche ou s'éloigne de Corneille et de Racine, ses modèles. (Certificat d'aptitude a l'enseignement secondaire SPÉCIAL, octobre 1890.)

Apprécier l'emploi fait par Voltaire des éléments qu'il a puisés dans Othello pour composer Zaïre.

(Certificat d'aptitude a l'enseignement moderne, octobre 1890.)

« La tragédie est une école de bienséances, de raison et d'héroïsme, » a dit Voltaire.

Vous expliquerez cette pensée, et vous essayerez de montrer, par quelques exemples choisis pai-mi les pièces que vous connaissez, si elle répond bien à l'idée que vous vous faites de la tragédie classique.

(Brest. — Lycée de jeunes filles.)

(( Se croire supérieur à sa profession, c'est le plus sûr moyen d'être au-dessous. » (Voltaire, préface d'Œdipe.)

(Fontenay-aux-Roses. — Sciences.)

Voltaire n'a point dit, et ne pouvait point dire : Être supérieur à sa profession, c'est le plus sûr moyen d'être au-dessous. Ainsi formulée, la proposition serait trop évidemment contradictoire, et le non-sens trop palpable. Il n'a donc point entendu parler des grands hommes qui se sont élevés au-dessus d'une condition indigue de leur mérite, d'un Molière ou d'un Franklin par exemple. Ces hommes n'étaient point à leur véritable place; ils étaient victimes d'une erreur du sort, et ils avaient le droit, ils avaient le devoir de la réparer, puisqu'ils se sen-

(aient assez forts pour s'élever plus haut, puisque même ils en éprouvaient le besoin. Mais ceux-là mêmes ne se croient pas si supérieurs à la profession qu'ils ont reçue de leurs pères ou du hasard; ils savent que « c'est l'homme qui fait la dignité de la fonction, et non pas la fonction qui fait la dignité de riiomme ». (Channixg.) En attendant que l'occasion d'en sortir leur soit offerte, ils ne la dédaignent pas. Se croire supérieur à sa profession, c'est la dédaigner, et le véritable talent est modeste.

L'orgueil, ou plutôt la vanité (car l'orgueil a sa grandeur), voilà donc la source principale de ce dédain toujours condamnable. « Si la vanité, a dit la Rochefoucauld, ne renverse pas entièrement les vertus, du moins elle les ébranle toutes. » Comme on est toujours satisfait de soi-même, on ne l'est jamais de la part que l'aveugle destin vous a réservée. Ainsi que l'a remarqué la froide mais judicieuse M™*^ Deshoulières,

Nul n'est content de sa fortune, Ni mécontent de son esprit.

De la vanité naît l'envie, car, du moment qu'on se croit à la hauteur de toutes les tâches, comment ne pas s'indigner de les voir confiées à d'autres? Channing écrit encore : « Chacun regarde avec envie et admiration les places les plus élevées. » Ce mot n'est vrai que des vaniteux, mais les vaniteux sont aussi nombreux que les paresseux; ou plutôt paresse et vanité se confondent : après s'être épuisé en efforts impuissants pour atteindre le but rêvé, on se repose dans une oisiveté découragée. A quoi bon le labeur patient? 11 est plus commode de le déclarer d'avance superflu, et de s'en prendre à la fatalité, ressource suprême des esprits faibles et des volontés de courte haleine. Ainsi réunies, la vanité, l'envie et la paresse, cette trinité de vices inséparables, engendrent la race, plus lâche encore qu'odieuse, de ceux qu'on nomme déclassés. Ces prétentieux incapables, qui se croient incompris, ne se connaissent pas eux-mêmes et ne connaissent pas la profession qu'ils méprisent. Ils ne se connaissent pas eux-mêmes, car, s'ils se connaissaient, ils sauraient proportionner leurs ambitions à leurs forces. Ils ne connaissent pas leur profession, car ils n'en soupçonnent même pas les ressources cachées, pas plus qu'ils ne soupçonnent les difficultés de la position nouvelle qu'ils convoitent. Ils sont ou veulent être aveugles; c'est pourquoi ils se condamnent à être inutiles.

Qui ne sait, en effet, les funestes conséquences d'un tel état moral"? L'ennui, « ce triste tyran des âmes qui pensent « (Bufvoy), énerve i"àme de plus en plus alanguie et y tarit la source de l'aclivilé. Pour bien faire une chose, il y faut mettre toute son âme : « Il n'y a point de profession qui n'exige un homme tout entier. » (Duclos.) C'est une lâcheté que se réserver dans l'accomplissement du devoir; c'est une trahison véritable que reculer devant la tâche qui nous est imposée, soit par notre libre choix, soit même par les hasards de la vie. Les dédaigneux dont nous parlons diront sans doute qu'ils ne reculent point, qu'ils s'acquittent avec résignation de cette tâche quotidienne, gardant seulement le droit de la dominer et de la juger. Mais c'est reculer que ne pas avancer; le proverbe le dit, et le proverbe a raison. Or comment avancer lorsqu'on n'a pas foi en son œuvre? et si l'on doit donner l'exemple aux autres, comment leur inspirer l'ardeur qu'on n'a pas soi-même? Peu à peu l'on s'habitue à ne plus faire que la moitié de ce devoir qu'on juge ingrat; en même temps que l'esprit s'émousse, la conscience s'endort. Ainsi telle profession qui nous élèverait l'âme si nous savions l'envisager par ses grands aspects, l'amoindrit et la dégrade à la longue dès que nous n'y voyons plus qu'une besogne fastidieuse.

Le remède est indiqué par la nature même du mal. Si l'on méprise sa profession parce qu'on la connaît mal et qu'on se connaît mal soi-même, il faut apprendre à la connaître et à se connaître, pour mieux l'accomplir et dans l'intérêt général et dans le sien propre. Il faut la replacer et se replacer soi-même dans l'ordre général des choses. Tel obscur travail qui, considéré isolément, paraît indigne de noire dévouement, se relève à nos yeux lorsque nous y voyons, comme on disait au xvii*^ siècle, une « pièce » nécessaire du système général de la société. Plus nous nous sentons utiles et nécessaires, plus aussi nous sentons grandir notre courage, avec notre fierté. L'orgueil, un orgueil légitime (surtout peut-être dans cette profession de l'enseignement, à la fois si modeste et si grande), n'est pas seul à nous soutenir : à mesure que nous aimons, c'est-à-dire que nous comprenons mieux notre tâche, nous y découvrons mille sources d'intérêt qui nous échappaient lorsque nous la dédaignions. Chose remarquable! c'est à mesure qu'elle se fait plus liante à nos yeux qu'elle se fait aussi plus facile : il n'en est pas de si aride qui n'ait son charme et, pour ainsi dire, sa poésie.

Kn résumé, que nous demande-t-on? D'être humbles et dé-

fiants à l'excès? INou : « le senliment de nos forces ]es aw^meiite « (Vauvenargl'es); mais d'être modestes, c'est-à-dire de nous connaître et de nous juger, de nous marquer notre place, noire tâche, et de les remplir sans faiblesse comme sans présomption, sans renoncer à l'ambition naturelle de nous élever dans notre profession mieux comprise.

Étudier le théâtre de Voltaire sous deux aspects différents dans Mérope et dans Zaïre.

(Fontenay-aux-Roses. — Leçon.)

La décadence de la tragédie au xviii'^ siècle est-elle sans aucune compensation? Indiquer les tentatives ou les symptômes de renouvellement.

(IT

Rapprocher du théâtre de Voltaire et de ses idées la Lettre sur les spectacles de J.-J. Rousseau, et tirer de cette comparaison particulière les éléments d'une comparaison générale entre ces deux hommes et ces deux écrivains.

(iT.)

Par où Voltaire est resté classique au théâtre; précisez, en comparant les peintures de l'amour maternel dans AndromU' que et dans Mérope.

(IT

En prenant Zaïre pour exemple, montrer comment l'imitation de Shakespeare se concilie avec le goût français et classique d'un disciple de Racine.

(IT

Caractériser l'école dramatique de Voltaire, et la suivre jusqu'à la révolution romantique.

(IT

• D'après la lettre au marquis Mafîei qui précède Mcrope, essayer de se faire une idée des théories dramatiques de Voltaire. On en pourra rapprocher celles des autres préfaces de Voltaire qu'on aura sous la main.

(Fontenay-aux-Roses. — Leçon.)

Caractériser et juger l'influence de Voltaire au théâtre en étudiant son école et en expliquant pourquoi la révolution romantique au théâtre devait se faire contre elle.

(IT

Voltaire, dans Mcrope, est-il surtout classique? ou surtout novateur? Apprécier, dans cette pièce, la composition, l'action et les caractères.

(IT

Comparaison de Crébillon et de Voltaire; Rhadainislc et Zénobic, et Mcrope.

(IT

Vill,.riiiiiclie-.li'-ltijui'

Conp d'œil sur l'œuvre liNtopîqne de Voltaire.

De la tragédie à l'histoire, aux yeux de Voltaire, il n'y avait pas loin : plus d'une fois il les rapproche et les confond presque. Il écrit à d'Argenson, de Bruxelles (26 janvier 1740) :

Si j'avais de la santé, et si je pouvais me flaticr de vivre, je voudrais écrire une histoire de France à ma mode. J'ai une drùle d'idée dans ma tête : c'est qu'il n'y a que des gens qui ont fait des tragédies qui puissent jeter quelque intérêt dans notre histoire sèche et barbare. Mézerai et Daniel m'ennuient : c'est qu'ils ne savent ni peindre ni remuer les passions. Il faut, dans une histoire comme dans une pièce de théâtre, exposition, nœud et dénouement.

Longtemps après, alors que toutes ses grandes œuvres historiques ont paru, il écrit de même au comte de Schovalow (17 juillet 1758) : « J'ai toujours pensé que l'histoire demande le même art que la tragédie, une exposition, un nœud, un dénouement. » C'est concevoir l'histoire un peu trop à la façon d'un littérateur, comme Fénelon l'avait fait dans sa Lettre à l'Académie. Mais Fénelon comparait l'hisloire au poème épique, et, après tout, il n'est pas sûr que Michelet lui eût donné tort.

D'autre part, Voltaire est un philosophe : non pas un de ces philosophes qui s'élèvent au-dessus de la mêlée confuse des choses humaines, les dominent et les jugent du haut de quelque vue générale, humaine et sereine en môme temps, mais un philosophe militant, un chef de parti, dont Montesquieu, historien tout dilVérenl, disait dans ses Pensées : « Voltaire n'écrira jamais une bonne histoire. Il est comme les moines, qui n'écrivent pas pour le sujet qu'ils traitent, mais pour la gloire de leur ordre. Voltaire écrit pour son couvent. » Une amie, M™^ du Deiïand, après avoir lu, dans le Diclionnairc philosophique, l'article Histoire, lui écrivait, avec plus de ménage-

menls (25 juin 1764) : « J'aime beaucoup ce que vous dites sur nos historiens : qu'est-ce que Thistoire, si elle n'a pas l'air de la plus grande vérité? Mais, quoique l'esprit philosophique soit bon à tout et partout, je n"aime pas qu'on le fasse trop sentir dans l'histoire; cela peut rendre les faits suspects, et faire penser que l'historien les ajuste à ses systèmes. » Mais il suffit de lire cet article pour s'assurer que Voltaire, trop littérateur peut-être d'un côté, trop philosophe certainement de l'autie, a pourtant la vue claire de ce que n'est pas l'histoire de son temps et de ce que doit être l'histoire vraie. Il y commence par établir que « l'histoire est le récit des faits donnés pour vrais, au contraire de la fable, qui est le récit des faits donnés pour faux ». Mais il remarque presque aussitôt que bien des faits très fabuleux, qu'il qualifie de « ridicules » (il n'est pas fait pour sentir que le merveilleux même des récils primitifs a sa signification et comme sa valeur historique relative), nous empêchent de voir clair dans les origines de la plupart des peuples, et il oppose à cette histoire poétique l'histoire morale telle qu'il la conçoit : « Quelle serait Thistoire utile? Celle qui nous apprendrait nos devoirs et nos droits, sans paiaitre prétendre à nous les enseigner. « C'est aller ilu premier bond à un autre excès, l'histoire didactique et pliilnsnpliique. Il vient de rencontrer sur son chemin des légendes, la nymphe Egérie, les oies du Capitole, l'oritlamme appo:tce par un auge, la sainte ampoule par un pigeon, et le polémiste s'est réveillé. Mais voici l'historien qui pose ses principes : « Toute c ililude qui n'est pas démonstration mathématique n'est qu'une extrême probabilité : il n'y a pas d'autre ceilitude historique. » Et il en vient à se défier tellement du simple vraisemblable, qu'il condamne presque, non seulement les discours, mais les portraits dans l'histoire. Polybe et Denys d'IIaiicarnasse, Tite-Live et Tacite, ne lui suffisent plus comme modèles : il réclame « plus de détails, des faits plus constatés, des dates précises, des autorités, plus d'attention aux usages, aux lois, aux mœurs, au commerce, à la finance, à l'agriculture, à la population »; il veut qu'on lui apprenne «les droits de la nation, les droits des principaux corps de cette nation, ses lois, ses usages, ses mœurs, et comment ils ont changé ».

Voltaire est déjà vieux quand il l'écrit dans le Biclionnairc philosophique (1764); mais la lettre à d'Argenson, déjà citée, est antérieure de vingt-quatre ans, et on y lit : « Encore une autre idée. On n'a fait que l'histoire des rois, mais on n'a point

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fait celle de la nation. 11 semble que, pendant quatorze cents ans, il n'y ait eu dans les Gaules que des rois, des ministres et des généraux; mais nos mœurs, nos lois, nos coutumes, noire esprit, ne sont-ils donc rien? » De très bonne heure il s'est persuadé que la véritable histoire doit être celle des nations, non des princes. Ce n'est qu'une vue dont il ne tirera, certes, pas tout le parli désirable, mais c'est une vue nouvelle, et qui, reprise par d'autres, transformera les études historiques. Plus tard, il sera, un moment, historiographe de cour; mais l'histoire qu'il entrevoit est justement le contraire de l'histoire officielle, c'est-à-dire du panégyrique. II loue Duclos (avril 1745) d'avoir écrit, dans son Hisloire de Louis XI, que le brave Hunyade Corvia « avait été le défenseur de la Hongrie, dont Ladislas n'avait été que le roi ». — « Courage! lui crie-t-il : il n'appartient qu'aux philosophes d'écrire l'histoire. » La rêvant éloquente et hardie, il sentait qu'elle n'était guère possible dans la France d'alors : « Un génie naturellement éloquent veut dire la véiité, et en France on ne peut pas la dire'. » La « demi-liberté » qu'on toléra ensuite ne lui semblait encore qu'une chaîne honteuse, car cette chaîne était triple : cour, Église, parlement.

On écrit l'histoire en France comme on fait un compliment à l'Académie française; on cherche à arranger ses mots de façon qu'ils ne puissent choquer personne. Et puis je ne sais si notre histoire mérite d'être écrite'.

Et il enviait la liberté dont jouissaient les historiens anglais. Est-ce cette absence de liberté qui, sans l'empêcher de dire la vérité tout entière, et même un peu plus que la vérité parfois, à l'Église et au parlement, l'empêcha de la dire à la cour? En tout cas, elle ne l'empêcha pas d'aborder plusieurs graves sujets d'histoire, et de les traiter en historien digne de ce nom.

1731. — Histoire de Charles XII, roi de Suède.

1751. — Le Siècle de Louis XIV.

1753. — Supplément au Siècle de Louis XIV.

17d3. — Annales de l'Empire depuis Charlemacpie.

1756. — Essai sur les mœurs et l'esprit des nations.

1759. — Ilisloire de l'empire de Russie sous Pierre le Grand.

1769. — Précis du siècle de Louis XV.

1769. — Histoire du parlement de Paris.

i. Lettre à d'Olivet, 6 janv. 1736.

î. Lettres à M"" du DetTand, 13 oct. 1759 et 20 juin 1764.

4 COUaS Dli LITTERATURE

TouL cela poursuivi à travers les exils el les courses erranles, les triomphes et les échecs de LhéàLre ou de cour, les affaires et les polémiques. Que, dans ces conditions, il ait pu mériter d'être rangé parmi les grands historiens, parmi les pères de la science historique, entre Bossuet et Montesquieu •, cela peutêtre a de quoi nous é!onner; mais, assurément, cela est tout à fait à l'honneur de Vollaire.

La première œnvre historique. — ci Histoire de Ciiarles Xli» (ITHH)^.

Pourquoi commença-t-il par écrire ÏHistoire de Charles XII, jujet intéressant certes, mais qui ne promettait pas une satisfaction bien éclatante à ses ambitions historiques et philosophiques?

Quand il écrivit cette histoire, vers 1727, en Angleterre, d'où il la rapporta achevée en France', Charles XII n'était mort que depuis neuf ans, et Pierre le (jrand que depuis deux. Le souvenir de leur rivalité était encore présent à tous les esprits, et peut-être l'attention que Vollaire commençait à prêter aux choses de Russie a-t-elle déterminé le choix de ce sujet, autant que le merveilleux des aventures de Charles XII. IN'e parlons que de celui-ci : quelle bonne fortune, pour un jeune homme désireux de frapper les imaginations, que la rencontre d'un persoimage historique qui est aussi un héros de roman, dont les aventures soiit invraisemblables et vraies! Si l'on veut se rendre compte de l'intérêt que cette épopée héroïque tour à tour el burlesque excitait encore en France, qu'on ouvre .Montesquieu, qu'on lise le début de la 127'= des Lellres pevsanra, et le chapitre xni du livre X de ÏEspi'it des lois, où Charles XII est rapproché d'Alexandre. Les Lettrea persanes sont antérieures de dix ans à VUisloive de. Ch-irtcs Xll; mais VEspi-U des luis est postéi'ieur de dix-sept ans, et le chapitre, assez peu utile, consacré dans ce livre au roi de .Suède pourrait bien avoir été

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