C. de Litt. — CORNEILI.E (Le Cid
26 COURS DE LITTÉIIATUIIE
trop le lieu de la scène; il affirme que cet artifice lui a réussi. Ailleurs, il y insiste : « Le Cid multiplie les lieux particuliers sans quitter Séville; et comme la liaison des scènes n'y est pas gardée, le théâtre, dès le premier acte, est la maison de Clnmène, l'appartement de l'infante dans le palais du roi, et la place publique; le second y ajoute la c'aambre du roi, et sans doute il y a quelque excès dans cette licence ; » mais cet excès peut être corrigé si l'on ne change la décoration que d'un acte à l'autre, jamais dans le cours du même acte, si l'on indique seulement le lieu général : '<■ Cela aiderait à tromper l'auditeur'. » Ainsi, pour Corneille, l'unité de lieu, c'était la nullité de lieu.
L'imité d'actîoui — Analyse du c Citl ».
Dans Horace, les unités de temps et de lieu seront plus scrupuleusement observées. Mais si l'on écarte les règles factices pour ne retenir que la règle éternelle, celle de l'unité d'action, le Ciel l'emporte sur Horace.
Non que les hors-d'œuvre en soient absents : s'il les excluait, le Cid ne serait pas une vraie tragi-comédie. Corneille lui-même reconnaissait l'inutilité de certains épisodes; mais nulle part il ne croit utile de justifier l'unité d'action, que personne n'a sérieusement contestée. Qu'on élague tel détail supertlu, tel épisode encombrant, l'ensemble reste indestructible. Tout se passe dans l'àme de Chimène et de Rodrigue , et le drame entier peut se résumer en quelques lignes.
Acte premier. — A la veille d'être unis, deux amants sont séparés par une querelle soudaine qui éclate entre leurs pères. Don Gormas, père de Chimène, soufflette don Diègue, père de Rodrigue. Pour venger son père, Rodrigue doit tuer le père de Chimène ; placé entre son devoir et sa passion, il se décide à faire son devoir.
Acte H. - Rodrigue fait son devoir et tue le père de Chimène ; mais Chimène fait soii devoir à son tour, et demande au roi la tête de Rodrigue.