‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 22 sur 94 · Guizot, Corneille et son temps · texte numérisé non relu

Guizot, Corneille et son temps

La qtiei'elîe dii <i C'îil ».

Si Ton élague quelques épisodes de peu d'importance, la jtruerre de pamphlets qu'on est convenu d'appeler la querelle du Cid peut se diviser en quatre périodes.

Pendant la première période, fort courte, Corneille jouit en paix de sa victoire incontestée; le bruit des applaudissements couvre les timides murmures des envieux. On n'ose pas prendre ouvertement parti contre le triomphateur; du regard on interroge le cardinal, qui lui-même hésite.

Dès que parait VExcuse à Arisfe, l'occasion qu'on cherchait est trouvée. Alors commence une période beaucoup plus tumultueuse, une mêlée véritable, où le Franc-Comtois Mairet, lier de son antique noblesse allemande et de sa Sophonisbe, écrite sept ans avant le Cid, précède~le matamore Georges de Scudéry. ce Gascon du Havre, après qui se glisse l'obscur Claverel.

La paix, une paix toute relative, semble renaître lorsque Scudéry porte le débat devant l'Académie, et que Corneille accepte, de guerre lasse, le jugement de ce tribunal littéraire. Mais, un peu apaisé au dehors, le trouble s'introduit dans le sein môme de l'Académie, et c'est seulement après de laborieux efforts qu'elle met au jour ses Sentiments.

Dans l'intervalle de ces longues tergiversations, les hostilités avaient repris, plus vives que jamais. Pour y mettre lin, il fallut que le cardinal lui-même intervînt par l'inlermédiaire de Hoisrobert et imposât le silence aux combaltaiils, que l'autorité de Dalzac, favoi'able à Corneille, n'avait pu réconcilier.

La querelle du Cid occupa donc toute l'année 1037, car la lettre décisive de Roisrohert à Mairet est du 5 octobre 1637; elle est définitivement close par la publication des Sentiments de l'Acadi'mie, qui parurent, au plus tard, dans les premiers jours de l'année 1C38, Par malheur, Corneille se taisait en même temps que ses adversaires, et l'on sait qu'il se tut longtemps.

Hlairet, Scudcry et Cla^x'ret.

A la distance où nous sommes de ces querelles, Corneille nous apparaît tellement supérieur à ses rivaux que nous avons peine à comprendre comment ils ont osé s'attaquer à lui, comment il a daigné leur répondre. On le comprenait mieux alors. Juscju'en 1636, aucun ciief-d'œuvre n'avait mis Corneille absolinnent hors de pair; Mairet et Scudéry marchaient de front avec lui, et il imprimait, non sans fierté, leurs vers complaisants en tête de sa Veuve, comme Scudéry imprimait les éloges rimes de Corneille en tête de son Ligdamon et de son Trompeur puni. Au reste, ne nous y trompons pas, ce n'étaient point là de trop indignes adversaires : Mairet, l'auteur de Sophonisbe, était aussi l'auteur de Isi Si/ Ivie, cette pastorale dont le succès fut si prodigieux. Toute jalousie littéraire mise à pari, c'était un galant homme, courageux à l'occasion, fidèle à ses amis. On aurait tort de même de ne juger Scudéry que d'après les épigrammes de Boileau; ce prolixe écrivain a frappé cà et là, dans ses œuvres trop faciles, quelques vers pleins et virils, qu'on dirait de Corneille; ce rodomont souvent ridicule ne laissait pas d'être parfois original. Le triomphe imprévu du Cid élait pour eux une défaite personnelle : Corneille s'avisait d'avoir du génie; il importait d'y mettre ordre.

Du Mans, où il était alors le commensal, et un peu, comme on disait alors, le « domestique » du comte de Belin, Mairet porta le premier coup à Corneille. La satire, composée de six stances, qu'il publia sous le nom de don Ballhazar de la Verdad, portait ce titre peu sobre: L'auteur du vrai Cid espagnol à son traducteur français, sur une lettre en vers qu'il a fuit imprimer, inlltuli^e: Excuse à Ariste, oii, après cent traits de vanité, il dit de lui-même :

Je ne dois qu'à moi seul toute ma renommôe...

C'est la pièce qui se termine par ces vers d'un goîît douteux :

Ingrat, rends-moi mon Cîrf jusquos au dernier mot. Après, tu conuMÎtras, Corneille déplumée, Que l'esprit le plus vain est souvent le plus sot. Et qu'enlin tu me dois toute ta renommée.

II faut roconnaitre que la réponse de Corneille n'est pas d'un ^'oût meilleur;

Qu'il fasse mieux, ce jounR jouvoncel

A qui le Cid donne lant de martel,

Que d'entasser injure sur injure.

Rimer de rage une lourde imposture,

Et se cacner ainsi qu'un criminel.

Chacun connaît son jaloux naturel.

Le montre au doigt comme un fou solennel.

Ainsi engagée, la querelle menaçait de se traîner dans des personnalités misérables. Les Observations sur le Cid, de Scudéry, portèrent le débat sur le terrain de la tbéorie. Il prétendait y prouver : « que le sujet n'en vaut rien du tout; qu"ii ciioque les principales règles du poème dramatique; qu'il manque de jugement en sa conduite; qu'il a beaucoup de méchants vers; que presque tout ce qu'il a de beautés sont dérobées; et qu'ainsi l'estime qu'on en fait est injuste. » Doctement, et ne manquant jamais d'étayer son opinion de l'opinion d'Aristote, Scudéry développera ces six points.

Corneille daigna répondre, mais sa réponse est aussi brève et fière que le réquisitoire de Scudéry est diffus et pédantesque. La Lrllre apologétique du sieur Corneille, contenant sa répuust: aux ohsci-vations faites par le sieur Scudérij sur le Cid, est un chef-d'œuvre d'ironie cruelle; chaque trait porte et reste dans la blessure. Sous l'ironie on sent l'irritation contenue, mais lironie domine.

Comme il arrive d'ordinaire, dès qu'il fut évident que Corneille avait l'avantage, on se porta de tous côtés à son secours; mais ses alliés nouveaux restèrent prudemment anonymes, car Richelieu pouvait être un ennemi plus redoutable que Scudéry. La Défense du Cid l'ut le premier plaidoyer en faveur do « cette belle tragi-comédie ». La Voix publique à M. de Scudéri/ sur les Observations du Cid, conseillait au présomptueux agresseur de se taire. Il suflit de citer le Souhait du Cid en faveur de Scudéry : une paire de lunettes pour faire mieux ses o*^isi'rvalions. S'il fallait croire Nicéron, un de ces pamphlets obscurs eîil pu élre signé d'un grand nom : (( L'Inconnu ci Yérilable Ami de MM. Scudéry et Corneille est de Uotrou. » Mais l'aflirmalion de Nicéron est plus que conlpstablc : dans C(î médiocre lil)ellt\ beaucoup plus favorable à l'aultHir tle VAimint littéral (pi'à l'auteur du ('/'/, rien ne porte la marque de IJoIrou, écrivain toujours original, ami toujours llHèle de Ci»nicilli'.

bO COURS DE LITTERATURE

Parmi ces combattants masqués, un nouveau combattant à visage découvert vint prendre place. C'était Claveret, ancien avocat à Orléans, parasite aux airs de valet. Dans sa Lettre apologétique. Corneille avait écrit : « Il n'a pas tenu à vous que du premier lieu, où beaucoup d'honnêtes gens me placent, je ne sois descendu au-dessous de Claveret. » Certes, l'outrage était sanglant. Était-il démérité? Ce que Claveret ne dit pas, c'est qu'il a le premier déclaré la guerre à Corneille, c'est qu'il a répandu dans Paris les stances injurieuses que Mairet avait lancées du Mans contre leur ancien ami. Rien n'égale la platitude de la Lettre du sicvr Claveret au sieur Corneille soidisant auteur du Cid; mais elle eut le mérite de provoquer la plus mordante des ripostes. L'Ami du Cid à Claveret est un des plus brefs, mais aussi un des plus alertes pamphlets qu'ait vus éclore cetle querelle, et volontiers on l'attribue, sinon à Corneille lui-même, du moins à l'un de ses plus intimes amis, dont il aurait conduit la main.

Scudéry et rAeadéiîiic.

Avec le public, sans doute. Corneille devait être las de chicanes si misérables lorsque éclata sur lui, à l'improviste, le fort de la tempête. En s'adressant à l'Académie, envoyant coup sur coup et sa Lettre et la Preuve des passages allégués dam les Observations sur le Cid (1637), Scudéry croyait faire un coup de maître : il satisfaisait ainsi tout ensemble et à sa propre rancune et à celle de Richelieu, qui attendait un prétexte pour éclater, et peut-être à celle de plusieurs académiciens, mécontents que Corneille eût écrit un chef-d'œuvre sans leur permission et l'eût fait réussir contre toutes les règles. Comment supposer que cetle assemblée, nouvellement façonnée par la main du cardinal et peuplée de ses créatures, ne saisirait pas avec joie l'occasion qui s'offrait de lui prouver son dévouement?

Mais les corps constitués' ont leur esprit propre, qu'ils n'aliènent pas si aisément. D'instinct, l'Académie sentait combien était dangereux le rôle qu'on voulait lui imposer. Plus son établissement était récent, plus elle devait craindre de le compromettre. D'ailleurs, ses statut? lui interdisaient de censurer

les ouvrages des auteurs qui ne lui appartenaient pas. Tout au moins il fallait le conseptement de Corneille. Boisroberl fut chargé de Toblenir. Daprès ce que Pellisson nous en laisse entrevoir, Corneille feignait de ne pas comprendre, de voir en Boisrobert le représentant de l'Académie, et non du cardinal. Il faisait remarquer « que celte occupation n'était pas digne de l'Académie. Qu'un libelle qui ne méritait point de réponse ne mérilait point son jugement. Que la conséquence en serait dangereuse, parce quelle autoriserait l'envie à iniportuner ces messieurs, et qu'aussitôt qu'il aurait paru quelque chose de beau sur le théâtre, les moindres poêles se croiraient bien fondés à faire un procès à son auteur par-devant leur compagnie. » Puis vint le moment où il fallut bien comprendre et laisser tomber cette apparence de consentement, qui est plutôt un aveu de lassitude : « Messieurs de rAcadémie peuvent faire ce qui leur plaira; puisque vous m'écrivez que Monseigneur serait bien aise d'en voir le jugement, et que cela doit divertir Son Éminence, je n'ai plus rien à dire. » Pellisson, qui cite ce fragment de lettre, ajoute: «Il n'en fallait pas davantage, au moins suivant l'opinion du cardinal, pour fonder la juridiction de l'Académie , qui pourtant se défendait toujours d'entreprendre ce travail; mais enfin il s'en expliqua ouvertement, disant à un de ses domestiques : « Faites savoir à ces messieurs que je le désire, et que je les aimerai comme ils m'aimeront. )> Ce « domestique », on le voit dans la suite du récit, était l'inévitable Boisrobert.

Mais, en pliant sous une volonté plus forte, l'Académie garda sa dignité intacte. Elle élut d'abord au scrutin secret une commission de trois membres, qui furent Chapelain, Desinarets et l'abbé de Bourzeys. Soumis à l'approbation du cardinal, ce travail, dont Chapelain était le principal rédacteur, fut annolé par le maître, puis renvoyé à l'Académie, avec prière d'y jeter « quelques poignées de tleurs », ç est-à-dire de polir le style, car la substance était jugée bonne. Peut-être n'eiH-il pas été fâché qu'aux tleurs on ajoutât quel([ues épines.

Une seconde commission fut formée de MM. de Sérizay, de Cérizy, de Gombauld et Sirmond. L'abbé de Cérizy tint la plume. Richelieu trouva sans doute, cette fois, que les tleurs étaient trop prodiguées et fit arrêter l'impression. Siimond fut substitué à Cérizy, et ne réussil pas mieux. Enlin Chapelain dut reprendre tout ce qui avait été fait, et composa l'ouvrage que nous avons sous ce titie : S- nlinvnfs de rÀoulrmic fian-

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çaise sur la tragi-comédie du Cid. Richelieu accepta cette dernière rédaclion, bien qu'il eût désiré qu'on traitât le Cid plus rudement. Il avait atteint son but, puisque l'Académie se prononçait; mais l'Académie, de son côté, n'avait pas manqué le sien, puisqu'elle se maintenait dans cette modération à laquelle il lui eût coûté de renoncer.

En toute cette affaire, Chapelain fut son très digne interprète. C'est à contre-cœur, on le voit par ses lettres, qu'il entreprend cette tâche difficile et s'efforce de contenter tout le monde. Sa conduite fut d'un honnête homme, et Corneille, qui lui écrivait familièrement plus tard, dut lui rendre justice. Ce qui nous frappe d'abord, en effet, dans les Sentiments de l'Académie, c'est la modération de la forme et la convenance du ton. Visiblement, elle essaye de tenir la balance égale entre les deux parties. Mais, comme l'impartialité absolue est difficile, cet effort sincère ne va pas sans quelque gène : on sent la fausseté de la situation. Sur le sujet de la pièce, elle n'a point de peine à prouver contre Scudéry qu'il y a dans le Cid une intrigue et une intrigue intéressante; mais, comme effrayée de cette révolte d'indépendance, elle se hâte d'accorder que ce sujet est invraisemblable, immoral, et qu'il eût mieux valu « n'en point faire de poème dramatique. » Ainsi, le sujet luimême est condamné. Qu'importent, dès lors, les éloges ou les critiques de détail? C'est dans le détail, au reste, que l'Académie donne tort à Scudéry, pour lui donner raison en gros. Comme lui, elle ne comprend ni Chimène ni Rodrigue, ni ce combat du deroir et de la passion qui fait à nos yeux la principale beauté du drame cornélien. Jamais elle ne sait admirer franchement et de plein cœur. Rien de plus monotone que la seconde partie, consacrée à la critique du texte. Toutefois, dans sa conclusion, elle reconnaît au Cid « des grâces qui ne sont pas communes », et surtout un agrément inexplicable.

Les Sentiments de l'Académie ont longtemps joui d'une forlune littéraire faite pour surprendre. Pellisson, la Bruyère, Voltaire, accordent à ce travail des éloges peut-être exagérés. Il vaut mieux se contenter de louer en cette œuvre moyenne l'habileté déployée pour sortir d'un pas difficile et ne mécontenter ni le cardinal ni le public, la convenance du ton, la mesure dans la critique.

Fin de la querelle.

La querelle du Cid continuait en dehors de l'Académie et ne fut pas close par son arrêt. Mais elle est sans intérêt désormais, et l'on n'en signalera que les derniers épisodes : la rentrée de Mairet dans la lice avec YÉpître familière du sieur Maîret et du sieur Corneille sur la tragi-comédie du Cid; les réponses violentes que firent à Mairet les amis de Corneille; la lettre décisive où Boisrobert, au nom du cardinal, impose silence aux deux adversaires*, en ajoutant, pour son propre compte, que Mairet a « sufflsamment puni le pauvre M. Corneille de ses vanités »; rnfni, la lettre où Balzac, arbitre respecté des contestations littéraires, sollicité par Scudéry d'intervenir, essaya de lui faire entendre « que c'est quelque chose de plus d'avoir satisfait tout un royaume que d'avoir fait une pièce régulière. » — «Il y a, insinuait Balzac, des beautés parfaites qui sont efTacées par d'autres qui ont plus d'agrément et moins de perfection... Savoir l'art de plaire ne vaut pas tant que savoir plaire sans art; » et il concluait avec netteté, malgré le balancement calculé des antithèses : « Ainsi, vous l'emportez dans le cabinet, et il a gagné au théâtre. Si le Cid est coupable , c'est d'un crime qui a eu récompense; s'il est puni, ce sera après avoir triomphé. »

Il fallait être Scudéry pour ne pas comprendre un tel langage. Décidé peut-être à faire à tous bon visage, il garda « comme une relique », dit Chapelain, l'original de la précieuse lettre. Mais il témoigna la même reconnaissance à l'Académie. S'il ne se croyait sincèrement vainqueur, il tenait à se donner les apparences de la victoire. Celte fois, il ne voulut voir que les criti(]ues, et ne sentit pas qu'elles étaient toutes cll'acées par un seul mot: « Considérez néanmoins, Monsiiuir, que toute la France entre en cause avec lui ». Toute la France! Boileau dira seulement « tout Paris » dans les vers que tout le monde sait par cœur :

En vain roniro le Cid un ministre se lisue : Tout Paris pour Cliimùno a li-s yeux de Uodiigue. L'Académie en corps a beau le censurei', Le public l'évollé s'obstine îi l'admirer-.

1. Lettre à Mniiet, j oitobrc 1037; voyo/.-l;i dans notre introduction du Cid. •i. Satire IX.

Le cïécouîvagcment de Coa'jjoîlle. — Transition «lu « Cîd » à « Morace ».

Et cependant, de cette longue querelle Corneille sortait plus découragé que ses adversaires. Il avait manifesté d'abord une impatience, peut-être ironique, de connaître l'arrêt de l'Académie : « J'attends avec beaucoup d'impatience les sentiments de l'Académie, afin d'apprendre ce que dorénavant je dois suivre; jusque-là, je ne puis travailler qu'avec défiance, et n'ose employer un mot en sûreté... Je me prépare à n'avoir rien à répondre à l'Académie que par des remerciements'. » Puis, l'arrêt se faisant attendre, il s'était repenti de sa condescendance, il en avait craint les suites. On le voit alors faire allusion à la « violence » qui lui ferme la boucbe, et douter fièrement que le sentiment de l'Académie soit « le sentiment du reste de Paris ».

Enfin, la publication des Sentiments de l'Académie vient, en 1638, clore définilivement le débat, déjà pacifié par l'ordre formel de Richelieu. Corneille s'avise, un peu tard, de protester, non contre les critiques formulées par les académiciens, mais contre l'empressement qu'ils ont mis à juger le différend avant d'avoir obtenu le consentement formel de l'intéressé. Il voudrait s'expliquer, avoir le dernier mot devant le public des lecteurs, comme il l'a devant celui des spectateurs; mais une volonté souveraine a prononcé ; il s'incline : « J'aime mieux les bonnes grâces de mon maître que toutes les réputations de la terre; je me tairai donc, non point par mépris, mais par respect. » Son silence ne dura pas moins de deux ans : il ne le rompit qu'en donnant Horace au théâtre. Or, rien ne ressemble moins au Cid qn Horace.

Avec ses provocations chevaleresques et ses galants concetli, avec ses duels et ses entrevues, ses récits complaisants de bataille et ses duos d'amour longuement soupires, le Cid, en dépit de la mort du comte^ demeure àjamais égayé d'un rayon de jeunesse et de lumière. C'est une pure tragi-comédie, tour à tour épique et lyrique. Horace est une tragédie classique,

i. Lettres ù Boisrobert. 13 novembre et 3 décembre 1G37.

LE CID -j",

belle d'une beauté sobre et forte, mais plus abstraite. Daus le premier chef-d'œuvre de Corneille une fantaisie plus libre se joue; le second, moins bien composé peut-être, semble pourtant avoir quelque chose de plus régulier et de plus mûr. Là, nous sommes en plein moyen âge, au seuil de ce monde moderne dont le domaine s'offre infini au poète; ici, nous rendons dans le domaine de l'antiquité, où l'on peut trouver à glaner encore, mais qui n'est plus vierge. Qui rendre responsable de ce retour en arrière? Richelieu? Scudéry et Mairet? l'Académie? Tous peut-être, à condition qu'on ne les charge point seuls pour décharger Corneille, dont la timidité, au reste, est naturelle, et la lassitude excusable; à condition surtout qu'on ne déplore pas outre mesure un recul qui fut plutôt un temps d'arrêt, et ne fut nullement, en tout cas, le point de départ de la décadence. Sans parler des personnages et des scènes tragi-comiques que le poète mêle à ses tragédies classiques proprement dites, il suffit de citer Nlcomède pour prouver qu'il ne renonça jamais tout à fait au a drame », Don Sanche pour prouver qu'il ne déserta pas le moyen âge sans espoir de retour. Seulement il a vieilli dans l'intervalle, et le charme du Cid, ce je ne sais quoi d'exquis dans le parfait, s'est évanoui.

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