‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 23 sur 94 · V. Facre, Éloge de Corneille · texte numérisé non relu

V. Facre, Éloge de Corneille

Le beau chevalier protégé de Dieu et adoré des femmes, qui porte en lui la patrie et traîne après lui tous les cœurs; la belle fille au long voile noir, si forte et si faible, si courageuse et si tendre ; le grand vieillard majestueux et familier; le seigneur rude et cbenu à l'àme droite et pure comme un Ivs, en ijui vit l'antique honneur et toute la gloire des siècles passés; le roi débonnaire, naïf et maUcicux comme un bon roi de légende; la douce petite infante romanesque, aux soliloques alambiqués, et précieuse, toute nourrie de gongorisme et d'histoires de chevaleiie... ah! quel monde charmant! quelle délicieuse vision! Quelles belles et boimos âmes, ingénues, passionnées, sublimes! Ce n'est qu'amour, (ierté, dignité, courage, dévouenicnt, sacrifice. Pas un mauvais sentiment, sauf lu jalousie du comte, lequel disparait dès le premier acte. On est transporté dans un momie candide, énergique et croyant, où la vie morale est cent fois plus intense que chez nous, et où la vie extérieure est aussi plus active, plus colorée, plus

diverlissaiile aux yeux. Ces grands coups d'épée, ces braves Maures si lestement battus par une poignée d'hommes ; ces duels, ces jugements de Dieu, ces belles assises de la justice royale, cet appareil éclatant de la vie guerrière et galante, cette image d'une société reposant sur la foi jurée et sur la fidélité personnelle, d'une société de grands enfants très bons et très forts, tout cela délecte et repose un moment nos âmes... Le décor, Séville la nuit, ou la salle du trône dans un palais mauresque, complète merveilleusement le drame. Cela est singulier, magnifique et lointain... On peut bien dire que, même après le théâtre de V. Hugo, la « tragi-comédie » du Cid est le plus beau de nos drames romantiques.

Jules Lemaître, Imiwessions de Uiédlre, l''" série ; Lecéne et Oudin.

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