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Lettre à Saint-Evremond (I60G

vant étalage des beaux sentiments de Sabine. Là est le signe du temps, la part des idées contemporaines, moindre pourtant que dans le Cid, où rimaginatioii a plus de jeunesse, mais le goût moins de maturité. 11 faut bien avouer, d'ailleurs, que celte phraséologie de convention nous laisse assez froids. Non pas que les entretiens de Sabine et de Camille pussent être retranchés sans inconvénient de la tragédie, qu'ils éclairent en nous apprenant ce qui se passe au dehors ou à l'intérieur de la famille, à l'intérieur même de l'àme des personnages. Mais l'intérêt est ailleurs, et c'est ailleurs aussi que nous regardons, avec quelque impatience de voir l'action principale suspendue par l'invasion de ces maximes, de ces analyses, de ces dissertations morales. Eh quoi ! le sort de Rome est en question, et nous nous laisserions occuper par cette « rhétorique sentimentale », attendrir par ces larmes ? Non, le poète a sacrifié, cette fois, la passion, mais il l'a sacrifiée à une autre passion qui n'admet point de rivale.

Conclusion.

En résumé, Horace nous apparaît comme un sévère tableau (l'histoire, où tous les traits, même délicats, sont subordonnés à un trait dominant. Au dernier plan, Valère, à peine entrevu, et Julie, figure assez effacée de confidente, mais dont l'heureuse étourderie amène la péripétie la plus dramatique. Au second plan, Sabine qui se lamente, et Camille qui s'emporte; un peu en avant d'elles, Curiace, moins esclave du senliment, mais qui ne saurait être le personnage central : car ce qui occupe tout le premier plan, ce qui efface même la touchante figure de Curiace, c'est la grande image de la patrie romaine, se dressant au-dessus des deux Horaces.

La tragédie entière est donc l'apothéose de l'héroïsme dans l'accomplissement du devoir patriotique, et les différents personnages y mêrilent notre admiration dans la mesure où ils remplissent ce devoir. Voilà pourquoi Voltaire a pu écrire â'Unrace même : «Corneille, vieux Romain parmi les l'rançais, a établi une école de LMandeur d'âme. »

BIBLIOGRAPHIE B'IIORAGE

TEXTES

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LIVRES

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Voltaire. — Commentaires sur Corneille; 17G4, 3 vol. in-12.

JUGEMENTS

Quand Corneille eut une fois, pour ainsi dire, atteint jusqu'au Cid, il s'éleva encore dans les Homces; enfin il alla jusqu'à Cinna et Pohjeucte, au-dessus desquels il n'y a rien.

FoNTENELLE, Yie de Corneille.

Le sujet des Horaces, qu'entreprit Corneille après celui du Cid, était bien moins heureux et bien plus difficile à manier. Il ne s'agit que d'un combat, d'un événement très simple, qu'à la vérité le nom de Rome a rendu fameux, mais dont il semble impossible de tirer une fable dramatique. C'est aussi, de tous les ouvrages de Corneille, celui où il a dû le plus à son génie. Ni les anciens ni les modernes ne lui ont rien fourni; tout est de création. Les (rois premiers actes, 'pris séparémenl, sont peutêtre, malgré les défauts qui s'y mèlenl, ce qu'il a fait de plus sublime, et en même temps c'est là qu'il a mis le plus d'art.

La Harpe, Lyci^e.

Le résumé de toutes les remarques de Vol (aire c'est que le sujet d'IIomce est mal choisi, qu'il convient à l'histoire et non pas au théâtre, que ce ne peut èlre un sujet de tragédie. Quelle gloire pour Corneille d'avoir pu tirer d'un si mauvais fond une si belle tragédie, qu'on admire depuis tant d'années! Les règles sont doue bien fausses, puisqu'on les violant presque toutes on produit dos chefs-d'onivre immortels? Non, les règles ne sont pas fausses; elles sont fondées sur la nature. La tragédie d'Horace ne viole point les règles essentielles et fondamentales, et, malgré l'appareiioc de duplicité, le grand principe d'unité s'y trouve : c'est toujours un objet, un grand objet, un

objet intéressant que Corneille nous présente; c'est l'intérieur d'une de ces anciennes familles de Rome, dont les mœurs simples et vertueuses, les passions vives et fortes, les sentiments nobles et fiers, sont extrêmement dramatiques.

Geoffroy, Cours de Httératitre dramatique.

Tandis que l'on persécute le Cid, Horace vient de naître, et le Cid est venpé. C'était alors pour la première fois que le pénie de Corneille entrait dans l'ancienne Rome. Dès qu'il eut foulé cette terre de gloire et de liberté, son âme se connut une, énergie nouvelle, et son génie parut s'agrandir encore en peignant la grandeur romaine. C'est à Horace que commence ce nouveau développement de Corneille.

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