‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 39 sur 94 · V. DE Laprade, Correspondant, 10 septembre · texte numérisé non relu

V. DE Laprade, Correspondant, 10 septembre

Dans Horace, la doctrine cornélienne s'affirme avec une netteté, une force bien plus 'grandes que dans le Cid. Iforace, en tuant sa sœur Camille, après les fameuses imprécations, est coupable doublement : il frappe sa sœur, au lieu de la plaindre et de l'excuser d'une fureur où elle a pour excuse la mort de son amant, et il cède à une sorte de dépit barbare en voyant que

Camille est insensible au triomphe de son frère'. Cependant le roi, c'est-à-dire le poète, lui pardonne, l'intérêt public couvre la faute personnelle. Horace a sauvé Rome, cela sufllt pour que le roi Tuliius oublie ou plutôt excuse complètement le crime :

De pareils serviteurs sont la force des rois, Et de pareils aussi sont au-dessus des lois. Qu'elles se taisent donc. . .

Non seulement Tuliius excuse le crime, mais il finit par glorifier le criminel :

Vis donc, Horace, vis, guerrier trop magnanime; Ta vertu met ta gloire au-dessus de ton crime; Sa chaleur généreuse a produit ton forfait; D'une cause si belle il faut souffrir l'effet. Vis pour servir l'État.

Servir l'État, c'est en cela que se résume la politique cornélienne.

H. DE BoR.N'iER, la Politique dans Corneille; Denlu.

La tragédie française et même la littérature, aux environs de 1G40, traversaient un moment critique de leur évolution. Ou retournait à l'antiquité, dont on s'était éloigné depuis tantôt cinquante ans, à la grecque et à la romaine, à la romaine surtout, par préférence, ou par un ellet d'hérédité naturelle... Avec une grande sûreté de coup d'oeil, et non pas sans quelque intention de ramener à lui les vrais juges du temps, ceux qui savaient du grec et du latin, la poétique et la rhétorique, Corneille vit le profit que l'art et la poésie dramatiques pouvaient tirer de ce retour du goût aux choses de l'antiquité. En eiïel, aux événements imités de la vie commune ou entièrement imaginaires si l'on suljstituait les actions extraordinaires de l'histoire, on évitait d'abord le reproche d'invraisemblance ou d'exagération, puisque c'était écrit. Pareillement on évitait l'accusation d'immoralité, que le Cid avait encourue, puisque, eu représentant les monstres de l'histoire, si les faits demcui'aiont condamnables, les intentions étaient hors de cause et comme

1. Ce trioni[]he, il ne faut [ms l'oublier, est aussi celui de la juitrie romaine.

innocenlées par l'obligalion d'être fidèle à la vérité. Pareillement encore, ces sentences et ces maximes, ces tirades politiques et ces dissertations d'Étal, ces délibérations où le poète, en un sujet moderne, ei:it paru suspect d'outrepasser son droit et de parler sans titre, elles devenaient de règle et de nécessité; elles entraient dans la constitution ou la définition du poème, du moment que c'était Sertorius, ou Pompée, ou César, ou Auguste, ou Othon que l'on faisait parler. Telles furent quelques-unes au moins des raisons qui détournèrent Corneille des sujets modernes vers les sujets anciens.

F. Brunetière, Revue des Deux Mondes, 15 août 1888.

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