Discours du poème dramatique
13 COURS DE LlTTEllATL'UE
Aiigisstf est le seul liéi'os de la tragédie. — Analyse iralsonucc de « C'iiina ».
Acte pbemier. — Auguste ne paraît point pendant le premier acte. A quoi bon? l'on n'y parle que de lui. S'il se montrait tout d'abord à nous tel qu'il est vraiment, nous ne le poursuivrions pas de cette haine implacable qui ne s'arrête même pas devan! les bienfaits. Connaissant l'empereur, nous ne nous étonnerions pas de le voir pardonner. Par suite, la conspiration même perdrait de son inlérèl, et ces violentes invectives contre le ^ tyran » nous sembleraient un peu outrées. Au contraire, nous voyons Emilie, qui nous entretient de ses ressentimenls; puis Cinna, qui expose avec tant de véhémence les dispositions de ses complices. Tous sont enflammés d'ardeur pour « celle action si belle », qui est le meurtre du tyran et la délivrauce de Rome. Lui-même, Cinna nous trace le portrait d'Auguste, et quel portrait! C'est à peine s'il daigne accorder le nom d'homme à ce proscripteur insolent et cruel, à « ce tigre altéré de tout le sang romain ». Voilà Auguste, voilà l'usurpateur sanglant, l'eimemi des gens de bien, le perfide dont il faut faire justice « à la face des dieux ». Nous sommes entraînés; sans prendre Je temps de la réflexion, déjà nous nous intéressons à l'entreprise qui doit venger à la fois Emilie et les Romains. Quant à savoir si le châtiment est proportionné au crime, nous ne nous en inquiétons même pas, tant cet Octave souillé de sang nous révolte. Nous ne nous demandons pas si, en changeant de nom, Auguste n'a pas changé de caractère; il est toujours pour nous le farouche triumvir, et nous sommes avec les conjurés qui se disputent l'honneur de lui porter le premier coup. Aussi notre émotion est-elle vive et notre attente inquiète, lorsque, à la fin du premier acte, Cinna et Maxime sont mandés au palais. Ne dirait-on pas des victimes vouées ù la mort, entraînées dans quelque affreux repaire- d'où l'on ne revient pas? Ne croit-on pas les voir d'avance tenant tête au despote, bravant sa colère et marchant au supplice où il les envoie, en vrais héritiers des héros républicains d'autrefois, en martyrs de la liberté romaine?