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t. MkUv\ct, Histoire de France, Xll.
sans ironie; mais il avait vu les femmes de la Fronde, que Corneille avait seulement devinées et à qui de vaillants soldats pouvaient envoyer sans honte les clefs de leurs places.
Ne nous étonnons pas que ce mélange de galanterie souvent fade et de cruauté inconsciente soit l'un des traits distinctif^ de China. Surtout admirons avec quel art supérieur Corneille a su tracer de la femme du xvii'^ siècle, en même temps que de la femme romaine, un portrait k la fois idéal et réel. Pour les ressources de l'esprit, pour la force inflexible de la volonté, son Emilie n'est au-dessus d'aucune de ses contemporaines; elle est au-dessus de presque toutes par l'élévation du but. par la pui^eté de l'inspiration, surtout par la hauteur de la vertu. C'est une héroïne vraiment romaine et française, mais avant tout vraiment cornélienne,
Nous avons montré déjà dans Emilie l'héroïne de roman, qui parle trop le langage de l'hôtel de Rambouillet; dans Cinna l'amant heureux, facilement héroïque; dans Maxime l'amant malheureux, inévitablement ridicule. Le style s'en ressent : ce style, semé de traits éclatants, d'antithèses, de subtilités, un peu emphatique dans les discours, un peu abstrait dans les dissertations, si familières aux contemporains, tient à la fois de Lucain et de Balzac, de Sénèque et de d'Urfé. Qu'il est loin du Brutus romain, ce Cinna, que désespère une « inhumaine » 1 Mais quoi ! sur le théâtre du xvn« siècle il portait la fraise et le haut-de-chausses. D'ailleurs, Brutus, sans amour, ne paraît pas assez honnête homme à Balzac. Sans Emilie, Cinna n'eût été qu'un barbare; avec Emilie, il ne tient qu'à lui d'être un héros. L'amour le transfigure et le justifie.
De là, sans doute, une morale équivoque ; mais cette morale est encore un fruit naturel du temps où vit Corneille. Un temps aussi indifférent aux proscriptions politiques devait comprendre et excuser, sans peine, Auguste ; mais aussi, un temps aussi complaisant pour les conspirateurs devait condamner mollement l'entreprise de Cinna. La vie du cardinal n'était-elle pas menacée tous les jours par des conspirateurs moins scrupuleux? Après la conjuration d'Amiens, que l'indécision de Gaston d'Orléans fit seule avorter, la Rochefoucauld, qui avait refusé d'en être, par répugnance pour un meurtre, même politique, s'étonne pourtant que les conjurés aient laissé échapper une occasion aussi propice. Que de meurtres alors dont la raison d'État est la cause ou plutôt le prétexte ! Louis Xlil n'avait-il pas reçu le surnom de Juste pour avoir fait tuer Concini sans jugement?
Celte confusion du bien et du mal, elle était partout autour de lui; ces maximes tour à tour à Tusaj^e des tyrans et des régicides, elles étaient devenues de véritables lieux communs, dont retentissaient la place publique et les salons aussi bien que le théâtre.
Elle aussi, la politique de Corneille, si l'on peut dire qu'il ait une politique, est fondée sur la raison d'État, mais sur la raison d'État comprise dans le sens de la clémence et de la paix. Gardons-nous de lui attribuer des vues trop précises et un système de gouvernement bien arrêté; la contradiction, trop visible, entre les maximes républicaines d'Emilie et la morale tyrannique de Livie nous donnerait bientôt un démenti. En face de conspirateurs incorrigibles et d'un ministre implacable, il semble dire aux uns ; « Sachez obéir! » et à l'autre : k Osez onfin pardonner! )> Les conspirateurs ne se plièrent pas à l'obéissance, et le ministre repoussa cette arme de la clémence qu'on lui montrait victorieuse entre les mains d'Auguste. Mais qu'importe! Qu'importerait même que Corneille, en écrivant Cinna, n'eût point pensé à Richelieu et que la part des événements contemporains y fût impossible à faire ! Ce n'est point par les souvenirs passagers de la politique que la tragédie cornélienne est immortelle ; c'est par ce qu'elle a de durable et d'humain, ou plutôt c'est par l'étroite association des grands intérêts de la politique et de l'histoire avec l'intérêt, plus élevé encore, qui prend sa source dans le développement des passions généreuses, dans le spectacle de l'àme humaine triomphant d'elle-même : « Cinna nous appartient, dit Geolïroy; c'est un genre de tragédie qu'on peut appeler nationale, et dont les Grecs n'oll'rent aucun modèle. »