CULUS DE LITTERATURE
deux derniers actes ; mais certainement dans les premiers Cinna et Emilie s'emparent de tout l'intérêl, et, dans la belle scène de Cinna et d'Emilie, où Auffuste est rendu exécrable, tous les spectateurs deviennent autant de conjurés au récit des proscriptions. II est donc évident que l'intérêt change dans celli' pièce, et c'est probablement pour cette raison qu'elle occupe plus l'esprit qu'elle ne touche le cœur. » Que pensez-vous de cette opinion?
Discuter ce jugement de W. Schlegel : <i La grandeur d'àrne d'Auguste est tellement équivoque qu'on peut la prendre pour la pusillanimité d'un vieux tyran. >-
Schlegel a-t-il pleinement raison d'écrire : <> Cinna et Maxime sont deux scélérats dont le tardif repentir ne peut passer pour sincère? »
Viliefiauclie-de-UoLieriiue. — J. liarJoux iiii;)i'.
Ouelles sont les origines religieuses de « Polyeucte » ?
En tête de son Polyeucte, Corneille, toujours si empressé de faire connaître les sources où il a puisé, se défend avec vivacité d'avoir écrit « une aventure de roman ». 11 eût cru profaner la sainteté de son sujet s"il l'avait embelli par des inventions nouvelles. Qu'a-t-il donc ajouté aux récils de Siméon Métaphraste, de Surius, de Mosander? Rien ou presque rien : « le songe de Pauline, Yamoiir de Sévère, le baptême effectif de Polyeucte (qui, chez les hapio graphes, ne reçoit que le baptême du sang), le sacrifice pour la victoire de l'empereur, la dignité de Félix (devenu gouverneur d'Arménie de simple commissaire impérial qu'il était), la mort de Néarque, la conversion de Félix et de Pauline. » L'amour de Sévère ! N'admire-t-on pas avec quelle modestie négligente ce mot significatif est jeté là, comme en passant, et semble perdu à dessein dans l'énumération des menus incidents qui sont de la façon de Corneille? Serait-on si discret aujourd'hui, et s'appliquerait-on avec tant de conscience à dissimuler son mérite original?
Corneille semble ignorer que le témoignage de Siméon Métaphraste, compilateur audacieux et crédule, n'a qu'une valeur équivoque. Un chartreux allemand du xvi<= siècle, Laurent Surius, compléta et abrégea le récit peu exact et romanesque de Métaphraste. A son tour, Surius fut complété par Mosander, autre écrivain allemand du xvi" siècle, et c'est dans le supplément de Mosander ([uo, de son propre aveu. Corneille a pris le sujet de Puli/eiicte. L'histoire ou la légende de saint Polyeucte a donc franchi trois degrés successifs avant d'arriver jusqu'à lui. Mais dans quelle mesure la légende s'y mêle-t-elle à l'his-
1. Pour plus lie détails, voyei notre édition de Polyeucte. t. II du Cornnlli'; Delagrave.