‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 62 sur 94 · C. (le Litt. — cou.NP.M.i.!-: (/'c>H)y)tY'). l · texte numérisé non relu

C. (le Litt. — cou.NP.M.i.!-: (/'c>H)y)tY'). l

Florus ajoute un trail nouveau, celui du déserteur romain Seplimius, qui se charge d'égorger Pompée. C'est ce déserteur Septiniius qu'Appien nomme Sempronius, qui, chez lui, comme chez Lucaiiiet Corneille, salue Pompée au nom du roi, lui offre la main, le prie de quitter son navire pour descendre dans le navire égyptien, puis, reconnu et interrogé par lui, ne répond que par un signe alfirmatif et le frappe aussitôt. C'est lui que le poète substitue au rhéteur Théodote : il a jugé sans doute que cette délibération du premier acte, qui est comme le prélude de sa tragédie, serait plus saisissante si, pour condamner Pompée, un transfuge de Rome se joignait à un eunuque d'Afrique. Ces sortes de contrastes lui plaisaient ; il y voyait, d'ailleurs, l'occasion d'opposer à l'obséquieuse lâcheté de Septime non seulement la résignation héroïque de Pompée, mais la généreuse indignation de César, qui écrase le déserteur de son mépris. Quant au Poihin de Plutarque, d'Appien et de Velléius Palerculus, Florus est seul à l'appeler Photin, et sur ce point Corneille a suivi Florus, qui, d'ailleurs, ne lui a fourni qu'un moindre nombre de détails.

Les ressemblances se multiplient quand, au récit que fait Achorée à Cléopàtre au second acte de la tragédie cornélienne, on compare les récits de Plutarque et d'Appien*. Mais deux points surtout méritent d'attirer noire attention, car on y saisit sur le vif, pour ainsi dire, la méthode d'imitation originale qui est propre à Corneille. Dans ses Commentaires, César ne nous dit point que la nouvelle du meurtre de Pompée lui ait causé quelque indignation : s'il punit Achillas et Pothin, c'est qu'ils avaient tramé contre lui un complot, point de départ de la guerre d'Alexandrie. Cette guerre, où César vainqueur faillit périr, qui se termina par la disparition de Ptolomée Dionysos dans un combat près du Nil et le triomphe de sa sœur Cleopâtre, Plutarque et les autres historiens nous la racontent; mais Appien est le seul qui établisse une relation directe entre le meurtre de Pompée et le châtiment de ses meurtriers. 11 est vrai qu'il n'est pas le seul à témoigner de l'horreur manifestée par César en face du sanglant présent qu'on lui fait. Plutarque, lui aussi, nous montre César se détournant pour ne point voir la tête de son rival et ne pouvant retenir ses larmes. Dans la Vie de César, comme dans la Vie de Pompée, les mêmes senti-

1. Voyez cette comparaison détaillée dans l'Introduction de notre édition de Pompée.

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nienls humains et généreux sont attribués au vainqueur ; on lui prèle même, dans la première, ce mot plus généreux encore : « La plus grande et douce jouissance de ma victoire, c'est de sauver chaque jour quelqu'un des citoyens qui ont fait la guerre contre moi. » Dion Cassius aussi glorifie la clémence de César envers les partisans de Pompée. Mais nulle part, enfin, Plutarque, Velléius, Florus et Dion ne disent expressément que le meurtre de Pompée ait été la cause déterminante du supplice des deux ministres égyptiens, puisqu'ils mentionnent aussitôt la guerre dont tous deux ont été les auteurs. Florus assure même que Photin survécut à sa défaite, et mourut plus tard errant et misérable.

Qu'a fait Corneille ? Préoccupé avant tout de ce qui peut grandir le caractère de ses héros, et s'emparant des traits épars dans les historiens, il a réuni deux choses très distinctes : la mort de Pompée et la guerre d'Alexandrie. Désormais César ne se venge plus lui-même : il venge Pompée. Avant que le cçlib— plot soit découvert, Achillas et Pothin sont condamnés ;.Xléopàtre, qui peut tout sur César, ne réussit pas à lui arracher leur grâce. L'exactitude historique en soullVe peut-être un peu, mais à coup sûr la grande figure de César en reçoit un nouvel éclat.

Que dire maintenant de Cornélie? Ici, tout était à créer, car, si nous en croyons Plutarque et Appien, Cornélie assista de loin, désespérée et impuissante, au meurtre de son mari; ses cris, ses protestations, ses vains appels aux dieux, ne la sauvèrent pas; en son malheur, elle fut heureuse encore de pouvoir chercher son salut dans une fuite rapide. Corneille la suppose prisonnière : dès lors, le ressort essentiel de sa tragédie est trouvé, car cette tragédie est tout entière dans la rencontre de lieux grandes âmes. Chose remarquable ! l'histoire oil'rait au poète un autre ressort dramatique : l'amour de César pour Cléopàlre. Eh bien, la partie faible du drame, c'est précisément la peinture de cet amour, historiquement réel; la partie sublime, c'est celle qui n'a de réalité que dans l'imagination de Corneille, La fiction est ici plus vraie que l'histoire.

Les sources poétiques* — Lueaiu.

On ne saurait sans injustice insister sur cette comparaison, toute à l'avantage de Corneille, et rabaisser les historiens pour relever le poète, car l'histoire n'a pas les libertés de la poésie. Mais voici un poète, Lucain, qui n'a point à craindre le parallèle, s'il est vrai que Corneille lui ait tout emprunté. Que de fois on a rappelé, en les appliquant à Corneille, les vers de Uoileau :

Tel s'est fait par ses vers distinguer dans la ville Qui jamais de Lucain n'a distingué Virgile.

« Le grand Corneille m'a avoué, non sans quelque peine et quelque honte, qu'il préférait Lucain à Virgile. » Ce témoignage du docte évèque Huet ne permet guère de douter que Boileau n'ait eu en vue Corneille, et Corneille lui-même ne songeait pas à dissimuler ses préférences. 11 disait que, de tous ses succès, celui qui lui avait causé les jouissances les plus pures, c'était le prix obtenu par lui en rhétorique chez les jésuites de Rouen, pour avoir traduit en vers une page de la Pharsale. A M. de Zu^lichem, qui lui avait envoyé un recueil de vers latins, il répondait : « Votre présent m'a été très cher, et par sa propre valeur et par l'estime que vous y témoignez pour mon bon ami Lucain. » Comme il l'observait, d'ailleurs, dans l'Épitre du Menteur, dédié à ce même Huyghens de Zuylichem, Sénèque et Lucain sont tous deux nés à Cordoue, et c'est aux modèles espagnols qu'il aime à s'adresser. Mais qu'on ne s'y trompe pas : si les Espagnols sont ses maîtres, il ne les croit pas inimitables et ne craint pas de se déclarer leur émule: « Le temps, dit-il dans l'Examen de Médée, m'a donné le moyen d'amasser assez de forces pour ne laisser pas cette différence si visible dans le Pompée, où j'ai beaucoup pris de Lucain, et ne crois pas être demeuré fort au-dessous de lui quand il a fallu me passer de son secours. »

Rien de plus vrai : disciple de Lucain en apparence, Corneille en réalité, partout et toujours, est son maître. Poète dramatique, il a un grand défaut et une grande qualité : son défaut, c'est d'incliner vers l'école de Sénèque et de Lucain, ces

professeurs de rhétorique à la parole trop retentissante; c'est d'abuser, comme eux, des antithèses, des apostrophes, des prosopopées; c'est de s'enchanter de mots sonores et d'images éclatantes; son mérite, c'est de ne jamais oublier qu'il écrit un drame, et de donner à tous ces morceaux à effet qu'il emprunte, le mouvement, l'action, la vie. Il ne s'attardera point, par exemple, à nous raconter par quels procédés ingénieux Photin embaume et conserve la tète de Pompée, d'autant plus que la règle des vingt-quatre heures exigera que la mort de Pompée soit immédiatement suivie de l'arrivée de César; s'il fait ensevelir Pompée par un de ses tîdèles, il ne prêtera point à Cordus le long discours que Lucain lui prête. Au neuvième chant de la Pharsale, Sextus Pompée fait à son frère Cneus un nouveau récit du crime; Corneille n'en prendra que quelques traits, et les fondra dans l'ensemble de son récit unique. De môme, à quoi bon mettre dans la bouche de César une apostrophe indignée aux misérables qui lui présentent la lèlejde son rival? Le silence n'est-il pas plus éloquent, et les actes qui suivront ne rendent-ils pas les paroles superflues? César parlera pourtant; mais ce n'est pas un obscur assassin; c'est le vrai coupable, c'est le roi d'Egypte qu'il accablera de son mépris, Enfm la lettre de Photin à Achillas, au dixième livre de Lucain, n'offre qu'un médiocre intérêt ; mais quelques vers y brillent, propres à mettre en relief le caractère de ce politique éhonté, et Corneille saura les enchâsser habilement dans les deux scènes principales où Photin parait au début du premier et du quatrième acte. Ainsi chez Corneille l'originalité créatiice n'exclut pas un art vraiment ingénieux d'utiliser et d'adapter ce que les autres ont créé.

11 est plus d'un passage sans doute où Corneille semble borner son ambition à reproduire Lucain. Qu'on se souvienne du discours de Pliolin. Mais quelle supériorité dans la conception de la scène! Chez Lucain, Photin parle seul; à peine sommes-nous avertis qu'un vieux prêtre, Acborée, est d'un avis contraire; cet Achorée restera dans l'ombre et n'en sortira que pour disserter, au dixième chant, sur les sources du Nil, devant César distrait, qui n'a d'yeux que pour Cléopàlre. Pour Acliillas, qui ne parait pas davantage, c'est un soIJat passif, qui exéculc une consigne : scclcri dclcclua Achillds. A celte délibération, qui est un monologue, préside le jeune roi, non moins discret; il approuve, il se tait et semble n'être là qui' pour ouvrir et levir la séance.

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