‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 63 sur 94 · G COURS DE LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

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Ici Corneille a beaucoup ajouté ; ailleurs il retranche, avec une sûreté de goût qui peut sembler surprenante chez un admirateur de Lucain. C'est ainsi que dans tout le récit de la mort de Pompée il a suivi de fort près son modèle; mais il a su f'-laguer bien des traits invraisemblables ou déclamatoires : Pompée mourant éprouve, chez Lucain, le besoin de prononcer un discours, auquel correspond un discours de la plaintive Cornélie; dans la tragédie française. Pompée meurt sans phrases, et Cornélie s'évanouit; c'est ce que tous deux avaient de mieux à faire. Mais Cornélie reprendra ses sens et saura parler haut; la Cornélie de Lucain ne sait que pleurer, déclamer et fuir, comme son César ne sait pas être généreux. D'un seul Irait délicat et rapide Corneille indique le conflit de sentiments opposés, également humains, qui se partagent l'âme de César; Lucain y insiste et fait de César un Tartufe. Dion Cassius va plus loin que Lucain : après avoir loué César d'avoir rendu les derniers devoirs à son gendre, il ajoute que la comédie des larmes ne prêta qu'à rire. Ces regrets, en effet, il le remarque, ne pouvaient être sincères chez un ambitieux qui avait poursuivi d'une haine constante Pompée vivant, et qui ne venait sans doute en Egypte que pour se défaire de lui. Ce comédien consommé, pour qui Lucain n'a pas assez d'amères invectives, serait un pauvre héros de tragédie.

Avant Corneille. — Garnîei's Chaulnier.

Le Corneille du xvi" siècle c'est Robert Garnier. Sans doute le lieutenant criminel du Mans n'a pas le génie de Pierre Corneille ; mais il l'annonce, et a plus d'un trait commun avec le poète qui le fera oublier. Comme lui, il imite, et imite trop •Sénèque le Tragique; comme lui, sans dédaigner les Grecs, sans méconnaître les ressources nouvelles que la Bible et le moyen âge offraient à la poésie dramatique, il s'est attaché surtout à faire revivre l'ancienne Rome, avec son peuple de citoyens graves, un peu solennels, tels qu'on les voyait alors, héroïnes et héros cornéliens d'avance par la dignité de l'attitude et la virilité du langage. Par malheur, la Cornélie est précisément la plus faible des tragédies romaines de Garnier; en dépit des éloges pompeux de Ronsard, d'Amadis

Janiyn, de Rémi Belleau, ce n'est qu'une reproduction affaiblie de la Porcie. L'action est nulle : c'est ainsi que chacun des deux premiers actes se compose d'une scène unique suivie d'un chœur; mais le style est déjà celui de la tragédie.

AcTR PREMIER. — Dans un monologue interminable, Cicéron se lamente sur les maux que cause la guerre civile, et supplie les dieux de tout faire retomber sur lui. Au monologue de Cicéron succède un chœur de Romains.

Acte II. — Cornélie se plaint à Cicéron de la destinée qui la poursuit. Elle appelle la mort à son aide, mais Cicéron lui défend de mourir. Entre elle et lui s'engage un débat déjà tout cornélien d'allure. Par malheur, après ce fier dialogue un <hœur médiocre termine le second acte, aussi vide que le premier.

Acte III. — Pompée apparaît à Cornélie, qui nous raconte complaisamment ce songe, en y mêlant de visibles réminiscences de V Enéide ; mais on cherche vainement ici l'utilité, dr:imatique de la vision imaginée par Garnier; peut-être ce récit est-il un simple prétexte au chœur qui suit et qui combat la croyance aux songes par des arguments d'ailleurs irréfutables. On ne voit pas bien non plus pourquoi Cicéron, après avoir employé tant de vers, au premier acte, à accuser l'ambilion dominatrice des Romains, en consacre tant, au troisième, à déplorer leur asservissement; mais l'intérêt se relève et rémotion s'accroît, ou plutôt naît pour la première fois , lorsque l'afTranchi Philippus apparaît, portant les cendres de Pompée, lorsque Cornélie éclate en plaintes souvent améres.

THILIPPCS.

César pleura sa mort.

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