EN GÉNÉRAL TEXTES
Thsdlre deP. Corneille. — ,Éd. complète, par Marty-Laveaux (collection des Grands Écrivains de la Francef; Hachette, 12 vol. in-8o, 1862.
Théâtre (le P. Cr,rneille. — Éd. Félix Hémon; 4 vol. in-12; Delagrave,
LIVRES
AuGER. — Éloçje de Corneille; 1806, in-8o.
Bebnage. -^ Etude .mr Robert Garnier; in-8°, Delalaiu.
Bizos. — Élude sur la vie et les œuvres de Mairei; Thorin, 1877, iu-S».
Brunetière. ,— Revue des Deux Mondes; lo août 1888.
Deschanel (Ém.). — Le Romantisme des classiques ; Corneille; C. Lévv, 1883, in-12.
Desjardiîss. — Le Grand Corneille historien; 2e éd., Didier, 1862.
Despois. — Le Théâtre français sous Loids XIV; Hachette, 1874, in-12.
Fabre (Victorin). — Éloge de Corneille; Baudoin, 1808, iii-S", in-12.
Faguet. — Essai sur la tragédie française au seixiënie siècle : Hachette, 1883, in-8o.
— Corneille; Oudin, 1885, in-12.
— Les Grands Maîtres du dix-septième siècle; Lecène et Oudiu, lS8."i,
iu-12.
Fonïenelle. — Vie de Coy^neille; 168.j.
FouRNiER (Éd.). — Corneille à la Initie Saint-Roch, comédie suivie de Notes sur la vie de Corneille; 1862, in-16, Dentii.
Geoffroy. — Cours de littérature dramatique ; 6 vol. iu-So, 1819-1820, t. I.
GuizoT. — Corneille et son temps; 18o2, in-8'', Didier.
La Harpe. — Lycée; éd. Lefèvre, 15 vol. iu-S".
Lamennais. — t)e l'Art et du Beau; Garnicr, p. 275.
LEMArrRE (Jules). — Corneille et la Poétique cl' Aristote; Lecène et Oudin, 1888, in-12.
— Impressions de théâtre; trois premières séries, Lecène et Oudin. Levallois. — Corneille inconnu; 1876, iu-S".
LiSLE. — Essai sur les théories dramatiques de Corneille; Durand, 18o2,
in-S».
Marty-La VEAUX. — De lo/Langue de Corneille; 1861, in-S». Merlet (G.1. — Études sur les classiqties français; Hachette, in-12,
NiSARD. — Histoire de la littérature française; 8^ éd., Didot, 1881 ; t. IL Petit de Jui.leviu.e. — Les Mystères ; 3 vol. in-8°, Hachette, 1880.
p. CORNEILLE 3;J
Picot. — Bibliographie cornclien?ie ; Fontaine, 1876, ia-S".
RoTROU. — Thc'dli'c choisi; éd. Félix Hémou, Laplace et Sauchoz, ■1882, iii-12.
S.\i.NT-M.VRC-GiRAiiDiN. — Cours de littérature dramatique; o vol., Charpentier, in-12.
Sainte-Bedve. — Portraits littéraires; iSii, 2 vol. in-S".
— Nouveaux Lundis; t. VIII, 3^ éd., G. Lévy, 1879, in-12.
— Port-Royal; 7 vol. in-12, Hachette, voir la table du t. VIL ScnLEGEL. — Cours de littérature dramatique ; tr. Necker de Saussure,
1811, iu-S», t. IL Taschereau. — Histoire de la vie et des ouvraoes de Corneille; 2= éd. 1838, in-18.
JUGEMENTS
Vous savez en quel état se trouvait la scène française lorsqu'il commença à travailler. Quel désordre, quelle irrégularité ! Nul goût, nulle connaissance des véritables beautés du théâtre. Les auteurs aussi ignorants que les spectateurs ; la plupart des sujets extravagants et dénués de vraisemblance ; point de caractère ; la diction encore plus vicieuse que l'action, et dont les pointes et de misérables jeux de mots faisaient le principal ornement. En un mot, toutes les règles de Fart, celles mêmes de rhonnéteté et de la bienséance, partout violées.
Dans cette enfance, ou, pour mieux dire, dans ce chaos du poème dramatique parmi nous, votre illustre frère, après avoir quelque temps cherché le bon chemin et lutté, si j'ose ainsi le dire, contre le mauvais goût de son siècle, enfin, inspiré d'uii génie extraordinaire et aidé de la lecture des anciens, fit voir sur la scène la raison, mais la raison accompagnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable, accorda heureusement la vraisemblance et le merveilleux et laissa bien loin derrière lui tout ce qu'il avait de rivaux, dont la plupart, désespérant de l'atteindre et n'osant entreprendre de lui disputer le prix, se bornèrent à combattre la voix publique déclarée pour lui, et essayèrent en vain, par leurs discours et par leurs frivoles critiques, de rabaisser un mérite qu'ils ne pouvaient égaler.
La scène retentit encore des acclamations qu'excitèrent à leur naissance le Cid, Horace, Cinna, Pompée, tous ces chefsd'œuvre représentés depuis sur tant de théâtres, traduits en tant de langues, et qui vivront à jamais dans la bouche des hommes. A dire vrai, où trouvera-t-on un poète qui ait possédé à la fois tant de grands talents , tant d'excellentes parties, l'art, la force, le jugement, l'esprit? Quelle noblesse! quelle économie dans les sujets! quelle véhémence dans les passions! quelle gravité dans les sentiments! quelle dignité, et en même temps quelle prodigieuse variété dans les caractères ! Combien
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de rois, de princes, de héros de toutes nations nous a-l-il représentés, toujours tels qu'ils doivent être, toujours uniformes avec eux-mêmes et jamais ne se ressemblant les uns aux au- Ires! Parmi tout cela, une magnificence d'expression proportionnée aux maîtres du monde qu'il fait souvent parler ; capable néanmoins de s'abaisser quand il veut et de descendre jusqu'aux plus simples naïvetés du comique, où il est encore inimitable; enfin, ce qui lui est surtout particulier, une certaine force, une certaine élévation qui surprend, qui enlève, et qui rend jusqu'à ses défauts, si on lui en peut reprocher quelques-uns, plus estimables que les vertus des autres. Personnage véritablement né pour la gloire de son paj'S, comparable, je ne dis pas à tout ce que l'ancienne Rome a eu d'excellents tragiques, puisqu'elle confesse elle-même qu'en ce genre elle n'a pas été fort heureuse*, mais aux Eschyle, aux Sophocle, aux Euripide, dont la fameuse Athènes ne s'honore pas moins que des Thémistocle , des Périclès , des Alcibiade , qui vivaient en môme temps qu'eux.
Racine, Ri^ponse au discours de réception de Thomas Corneille.
Corneille n'a eu devant les yeux aucun auteur qui ait pu le guider ; Racine a eu Corneille.
FOMENRLLE.
Ce n'est pas la coutume de l'Académie de se lever de sa place dans les assemblées pour personne : chacun demeure comme il est. Cependant, lorsque M. Corneille arrivait après moi, j'avais pour lui tant de vénération, que je lui faisais cet honneur. C'est lui qui a formé le théâtre français. Il ne l'a pas seulement enrichi d'un grand nombi-e de belles pièces, toutes diU'érenles les unes des autres ; on lui est encore redevable de toutes les bonnes de tous ceux qui sont venus après lui.
Séchais.
I. Ceci pourrait iHrt! rontpstiî. Nous avons pcrilii les vraies tragédies ilos Koiiiaias. Bcaueoiip avaient un caractère national et furent populaires. Horace accorde à ses compatriotes le souille tragique.
36 COURS DE LlTTÉRATUilE
Corneille ne peut être égalé dans les endroits où il excelle : il a pour lors un caractère original et inimitable ; mais il est inégal... Ce qu'il y a eu en lui de plus éminent, c'est l'esprit, qu'il avait sublime, auquel il a été redevable de certains vers, les plus heureux qu'on ait jamais lus ailleurs, de la conduite de son théâtre, qu'il a quelquefois hasardé contre les règles des anciens, et enQn de ses dénouements, car il ne s'est pas toujours assujetti au goût des Grecs et à leur grande simplicité; il a aimé, au contraire, à charger la scène d'événements dont il est presque toujours sorti avec succès ; admirable surtout par l'extrême variété et le peu de rapport qui se trouve pour le dessein entre un si grand nombre de poèmes qu'il a composés. La Bruyère, Ouvrages de Vesprit '.
. Je crois que Corneille a connu mieux que Racine le pouvoir des situations et des contrastes. Ses meilleures tragédies, toujours fort au-dessous par l'expression de celles de son rival-, sont moins agréables à lire, mais plus intéressantes quelquefois dans la représentation, soit par le choc des caractères, soit par l'art des situations, soit par la grandeur des intéi^èts... Personne n'a des traits plus élevés et plus hardis ; personne n'a laissé l'idée d'un dialogue si serré et si véhément ; personne n'a peint avec le même bonheur l'inflexibilité et la force d'esprit qui naissent de la vertu. De ces disputes mêmes que je lui reproche sortent quelquefois des éclairs qui laissent l'esprit étonné, et des combats qui véritablement élèvent l'âme; et enfin, quoiqu'il lui arrive de s'écarter de la nature, on est obligé d'avouer qu'il la peint naïvement et bien fortement dans quelques endroits, et c'est uniquement dans ces morceaux naturels qu'il est admirable.
Vauvenargues, Réflexions critiques.
Il y a grande apparence que, sans Pierre Corneille, le génie
1. Sue ce jugement, pris dans son entier, voyez nos études sur la Bruyère. 2 Oa sait ([lie Vauvenargues est souvent sévère, sinon injuste, pour Corneille.
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des prosaleiiis ne se serait pas développé. Cet homme est d'autant plus admirable qu'il n'était environné que de très mauvais modèles lorsqu'il commença à donner des tragédies. Ce qui devait encore lui fermer le bon chemin, c'est que ces mauvais modèles étaient estimés, et, pour comble de découragement, ils étaient favorisés par le cardinal de Richelieu, le protecteur des gens de lettres et non pas du bon goCit... Corneille eut à combattre son siècle, ses rivaux et le cardinal de Richelieu... Il est le premier qui ait élevé le génie de la nation.
Voltaire, Siècle de Loiiis XIV, 32; et Catalogue des écrivains.
Personne n'a autant fait que Corneille pour agrandir en nous l'idée du beau moral, et pour nous en faire éprouver le sentiment dans toute sa hauleur.
Maumontel.
vni
Aucun écrivain n'a plus mérité que Corneille le titre de génie créateur. Il est unique dans l'histoire de notre littérature par la prodigieuse dislance qu'il y a entre lui et ceux qui le précèdent immédiatement. Depuis la Renaissance, les écrivains i^upérieurs semblent à quelques égards procéder les uns des autres, et, selon la belle image de Lucrèce, se passer de main en main le tlambeau de la vie, qui brille de plus en plus à mesure qu'on approche de l'époque de perfection. Cela est vrai (les principaux prosateurs, Rabelais, Calvin, Montaigne, et, dans la poésie, de Malherbe lui-même, quoique si au-dessus de >eà prédécesseurs immédiats. Mais un abime sépare Corneille de tout ce qui peut s'appeler le théâtre avant lui.
NisARD, Histoire de la littérature.
Si la gloire de Corneille est restée debout au milieu des ruines de la vieille société; sielle s'est conservée entière jusque dans un monde qui n'est pas le sien, c'est qu'en écrivant j»our le théâtre, où d'ordinaire le public fait la loi aux auteurs, où