‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 8 sur 94 · C. de Litt. — CORNEIU.E · texte numérisé non relu

C. de Litt. — CORNEIU.E

la mode règne en souveraine, il eut le courage de rompre avec le goût de son temps et courut le risque de déplaire à ses conlempoi'ains pour plaire à la postérité. Son génie eut la claire intuition de ce que devait être le drame français ; tandis que ses rivaux se contentaient de piquer la curiosité des spectateurs par les complications de l'intrigue en entassant les uns sur les autres les incidents les plus bizarres, il chercha l'intérêt dans la lutte des passions et la peinture du cœur: et comme l'âme humaine ne change guère, et que la vie, sous des formes différentes, reste semblable au fond, il s'est trouvé qu'il a écrit pour tous les siècles. Le nôtre, en particulier, a beaucoup de profit à tirer de la lecture de ses ouvrages. Vous savez qu'il y a des maladies dont on ne peut guérir qu'à condition d'aller respirer l'air pur des montagnes. Ne pensez-vous pas qu'au moment où il semble que notre littérature «aspire à descendre », il est utile, il est sain de la faire vivre dans le commerce d'un grand poète qui la ramène sur les hauteurs ?

G. BoissiER, Discours de Rouen, second centenaire de Corneille, i88i.

Corneille, dans les vers résonne, impérieuse, La formidable voix que ton art prête aux morts, Et la frivolité d'une race rieuse Y sent comme un reproche éveillant un remords.

Ses jeux lui semblent vains sous ta parole grave; Ses querelles, hélas ! méprisables aussi ; A ses communs élans que la discorde entrave Tu rouvres l'idéal comme un ciel éclairci.

<3uand de tes vers vibrants la salle entière tremble, Les hommes ennemis, pai^eillement émus.

Frères par le frisson du beau qui les rassemble, Pleurant les même pleurs, ne se haïssent plus !

SuLLY-PnUDHOMME, Centenaire de Corneille, 188i.

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