‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 73 sur 94 · GÉRONTE · texte numérisé non relu

GÉRONTE

Je TOUS cherchais, Dorante.

DORANTE, (/ part.

Je ne vous cherchais pas, moi. Que mal à propos Son abord importun vient troubler mon repos! El qu'un père incommode un homme de mon âge 1

C"est le cri égoïste de la jeunesse impatiente du frein. C'est par ce Irait, autant que par l'esprit parfois gouailleur du dialogue, que Corneille annonce Regnard. On a rapproché le Menteur du Joueur, et l'on n'a pas eu de peine à comparer le développement dramatique de deux travers également incorrigibles. Mais il est surtout une scène du Joueur qui rappelle de fort près la grande scène entre Dorante et Géronte : c'est celle oii un autre Géronte, père de Valère, le joueur effréné, en présence du valet Hector, un Cliton de la fin du siècle, plus impudent que son aîné, somme son fils de changer de vie :

Vous me poussez à bout, mais je vous ferai voir Que, si vous ne changez de vie et de manière, Je saurai me servir de mon pouvoir de père, Et que de mon courroux vous sentirez l'effet '.

.N'est-ce pas un écho très affaibli de Corneille? et la scène ne se lermine-t-elle pas sur les mêmes concessions paternelles :

Écoulez : je veux bien faire un dernier effort...

Ajoutez que ce sermon ne produit guère plus d'effet que celui Au Menteur ; Valère continue à jouer, comme Dorante à mentir; mais ce qui est curieu.x, c'est que le dénouement de Regnard est plus franchement moral ; car il nous montre Valère abandonné de celle qu'il aime, maudit et déshérité par son père.

Cette réserve faite (et il n'y faudrait pas trop insister ni trop obscurcir de celte ombre un caractère que Corneille a voulu nous peindje séduisant), il ne reste plus qu'à reconnaître avee tout le monde la verve entraînante, la bonne grâce de jeunesse

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