‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 74 sur 94 · L'' Joueur. I. vu · texte numérisé non relu

L'' Joueur. I. vu

qui relèvent et sauvent les plus inutiles mensonges de Dorante. II n'a ni l'odieuse hypocrisie de Tartufe, ni la duplicité de don Juan, ni la souplesse équivoque de Figaro. .Nous ne savons si '< l'homme est né menteur ' »; ce que nous savons bien, c'est que l'on ne saurait, sans afTectalion de rigorisme, en vouloir à Dorante de mentir comme il ment, Ne ment pas ainsi qui veut.

« Il y a des gens, dit Pascal, qui mentent simplement pour mentir-. » Dorante est de ceux-là : il élève le mensonge à la hauteur d'un art dont il est le virtuose, on serait tenté de dire le « maestro ». Ni grossièreté triviale ni fourberie intéressée : sa libre et joyeuse fantaisie se joue à travers les détails pittoresques et les péripéties draraaliques. On est un peu inquiet, mais au fond charmé, d'ensuivre le vol capricieux. « Ce n'est pas précisément pour tromper, dit Geoffroy, que Dorante ment, c'est pour s'amuser; aucune vue d'intérêt, aucun motif odieux ne souille ses mensonges; c'est un travers de l'esprit plutôt qu'un vice du cœur; l'étourderie, Tamour-propre, la galanterie, la fougue d'une imagination folle, l'entraînent continuellement dans ces narrations romanesques qui sont autant de tours d'esprit, dont il est 1res vain. Le menteur de Corneille n'est donc point un escroc, un fourbe odieux : c'est un jeune homme aimable, mais extravagant, qui met sa gloire et son esprit à forger des histoires. » Sachons reconnaître cette innocence relative de Dorante : son grand crime, et aussi sa grande excuse, c'est qu'il est jeune :

On ne peut être vieux à l'âge de vingt ans.

Et le fruit, pour mûrir, doit mnrir en son temps 3.

Dorante est un enfant terrible qu'il faut absoudre pour avoir menti sans discernement. Une inquiétude persiste toutefois, il faut bien le dire, et nous gêne dans notre parti pris d'indulgence, car la comédie finit mal, ou plutôt ne finit pas : Dorante, menteur jusqu'au bout, sera-t-il guéri par le mariage? Lucrèce, dont il accepte la main, faute de mieux, aura-t-elle assez d'empire sur lui pour empêcher le travers séduisant de se changer chez lui en -^-ice honteux, et le mensonge de passer des paroles aux actes? On ne sait, et c'est déjà trop qu'on en

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