‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 9 sur 94 · NARRATIONS · texte numérisé non relu

NARRATIONS

On racontera l'arrivée de Pierre Corneille à Paris, ses premières promenades à travers la grande ville, de la galerie du Palais aux Tuileries, de la place Royale au palais de Richelieu. 11 rencontre le tout-puissant cardinal, qui vient d'être déclaré officiellement premier ministre. Dans son cortège il reconnaît son compatriote Boisrobert, à qui il va lire le lendemain sa pièce de Mélite. Un peu déconcerté parla désinvolture et l'ironie de Boisrobert, il est accueilli à bras ouverts et réconforté par Rotrou, qui a déjà débuté au théâtre, et qui, avec une gaieté cordiale, s'offre à y guider les premiers pas d'un disciple en qui il prévoit un maître.

Une réunion des cinq auteurs chez Richelieu. On esquissera leurs portraits. Discussion sur les unités. Avec des précautions un peu gauches. Corneille annonce qu'il se consacrera désormais tout entier au théâtre, sans oublier les bienfaits du cardinal. Impressions diverses des assistants. Corneille sort, accompagné du seul Rotrou. Les autres auteurs se groupent autour de Richelieu, et lui font leur cour aux dépens du poêle, qui ne sait pas être courtisan.

Illustre depuis longtemps, mais déjà menacé par la rivalité ilu génie naissant de Racine, Corneille se montrait peu en public. Un jour il parait à la Comédie, où l'on joue l'une de ses pièces devant un brillant auditoire ; Condé, M'"° de Sévigné, etc., sont là. Tous se lèvent et saluent de leurs applaudissements le grand homme confus.

Si l'on en croit une lettre de Valincourt à d'Olivct, Racine

débutant alla lire à Corneille son Alexandre. « Corneille lui donna beaucoup de louanges, mais en même temps lui conseilla de s'appliquer à tout autre genre de poésie qu'au dramatique, l'assurant qu'il n'y était pas propre. » On racontera l'entrevue du jeune Racine et de Corneille vieillissant.

Au mois de juillet 1667, un vigilant commissaire remarqua un peu de paille jeté à terre devant la porte du grand Corneille, contrairement à un arrêt du Parlement de Paris. Il assigne le poète, qui lui-même vient plaider sa cause devant ce tribunal si peu digne de lui. Cette paille provenait d'un brancard sur lequel on avait amené au domicile paternel Pierre Corneille, capitaine de clievau-légers, blessé au siège de Douai. L'attitude rogue des gens de police devient plus déférente après ces explications, données avec une fierté simple et une douleur vraie. Le gazetier Robinet nous apprend quelle fut l'issue de l'affaire :

En termes gracieux la police lui dit : « La paille tourne à votre gloire ; Allez, grand Corneille, il suffit. »

Page 1