‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 80 sur 94 · Discours sur la iragcdii · texte numérisé non relu

Discours sur la iragcdii

G, de Lilt. — comnkii.i.k {Ro'.lo./une). 1

qu'il s'explique, ses explications ne sont pas fort nettes, du moins dans la forme, assez embarrassée. On comprend seulement qu'à ses yeux la touchante amitié des deux fi'ères est le principal ressort de l'action, dont le fond est la haine de Cléopâtre contre Rodogune.

Nulle part, même dans son Examen, il ne semble préoccupé de répondre à une critique bien des fois renouvelée depuis; l'accumulation des coups de théâtre et la complexité, parfois obscure, de l'action dramatique, qui gâtent dès lors ses plus belles pièces, ne choquaient pas encore ses contemporains, et surtout ne le choquaient pas lui-même. C'est pour obéir à la règle de l'unité de temps qu'il entasse un si grand nombre d'événements dans un temps si court. L'art suprême, à ses yeux, c'était de lutter contre les difficultés qu'on s'était à soi-même créées, et de les vaincre en arrachant l'admiration du spectateur étonné. Alors il triomphait d'avoir fait tenir tant de choses en si peu d'espace, et s'écriait avec un naïf orgueil' : « Rodogune ne demande pas plus de deux heures. » .

Quant à l'unité de lieu, pourquoi s'en inquiéterait-il? On a conservé l'indication de la mise en scène jiour Rodogune et pour un grand nombre des autres tragédies de Corneille. Rien de plus élémentaire; on se croirait au temps où Shakespeare remplaçait par des écrileaux, sans désavantage marqué, les foréls absentes et les armées imaginaires : a Rodogune : Le théâtre est une salle du palais. Au deuxième acte il faut un fauteuil et deux tabourets; au cinquième acte, trois fauteuils et un tabouret ; une coupe d'or. » Voilà une décoration qui devait mettre à l'aise les machinistes. Corneille sent pourtant quelles invraisemblances peuvent résulter de cette mise en scène vraiment primitive. Il remarque, par exemple, qu'au premier acte Rodogune vient trouver Laonice, qu'elle devrait mander près d'elle, et qu'au quatrième acte Antiochus devrait aller chercher Cléopâtre dans son cabinet, au lieu d'être rencontré par elle chez Rodogune; car il n'est pas vraisemblable que Cléopâtre hante avec une si complaisante facilité l'appartement de sa mortelle ennemie. « Cléopâtre et Rodogune, dit-il-, ont des intérêts trop divers pour expliquer leurs plus secrètes pensées en même lieu... Le premier acte de cette tragédie sera dans l'antichambre de Rodogune, le second dans la chambre de Cléopâtre,

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