‹ Cours de littérature à l'usage des divers examensChapitre 83 sur 94 · C. de Litt. — coiiNEiLUî [Nicomcde · texte numérisé non relu

C. de Litt. — coiiNEiLUî [Nicomcde

■j. COURS DE LlTTÉUATUllE

il n'est pas poussé à bout, Nicomède garde la pleine possession de lui-même, et le trait caractéristique du personnage est précisément l'empire qu'il a sur son âme. Personne ne sut moins se maîtriser que Condé : ses hésitations, ses palinodies, ses folles terreurs, sont trop connues; ne vit-on pas un jour le vainqueur de Rocroi fuir à bride abattue devant une Jroupe de coquetiers qui amenaient leurs denrées au marché de Paiis ? Impétueux et irrétléchi, il fut la dupe de Mazarin, toujours tremblant en apparence devant le héros toujours menaçant.

Mazarin n'est pas davantage Flaminius, pas plus qu'Arsinoé n'est Anne d'Autriche. En si mauvaise posture que Flaminius semble rester à la fm de la pièce, il y garde encore le front haut; désarmé, il trouve encore des paroles dignes et fermes. Cet impassible représentant de la politique romaine n'a que peu de traits communs avec le souple et obséquieux ministre qui caressait jusqu'aux vaincus, se confessait à eux des torts même qu'il n'avait pas, et paraissait leur demander pai-don d'avoir é^j le plus fort. D'autre part, Anne d'Autriche, malgré son indolence, peut avoir été aussi vindicative qu'Arsinoé; mais a-t-elle atteint jamais à cette perfection dans la perfidie ?

Tout parallèle de ce genre une fois écarté comme inexact et contraire à l'essence même du drame, qui admet les caractères généraux plus que les portraits individuels, il faut convenir pourtant que les contemporains n'avaient pas à chercher bien loin les allusions qu'ils saisissaient et applaudissaient au passage. Cet étranger qui s'immisce insolemment dans les affaires d'un pays où il commande en maître, ce jeune héros qui se dresse devant lui pour l'arrèler et le braver, ce glorieux emprisonnement, cette sédition populaire qu'émeut Laodice pour délivrer son amant, à peu près comme M™° de Longueville essayait de soulever la Normandi-e pour délivrer son mari et ses frères, toutes ces situations et ces incidents n'étaient pas sans analogie avec ceux d'une crise dont Corneille élait le témoin attentif. Il a pu s'en souvenir, presque inconsciemment; mais ce n'est point par ces très vagues réminiscences que sa pièce est très moderne ; c'est par le ton, par l'ironie prolongée, par l'alliage curieux du familier et du sublime, des paroles retentissantes et des insinuations équivoques, des grandes actions et des petites manœuvres; en un mot, c'est par le mélange des héros et des traîtres, par le côté aventureux et romanesque.

Voilà par où Nicomède se rattache à l'époque de la Fronde;

NICOMEDE i

mais croyons-en le poêle lui-même lorsqu'il écrit : « Mun principal but a été de peindre la politique des Romains au dehors. »

Ce que l'bistoire donnait à Corneille et coiuinent il en niotline les données.

Que lui donnait l'histoire? q-a'a-t-il ajouté, retranché ou modifié? A vrai dire, tous les personnages principaux, sauf relui de Laodice, sont historiques dans une certaine mesure. Corneille ne s'est jamais interdit la faculté, nécessaire au poète, de modifier les données historiques en les accommodant à la nature de son génie et à l'esprit de son lemps. Volontiers il s'accuse d'avoir « falsifié » l'histoire et dédaigne de s'en justifier, sauf à conseiller aux autres de ne pas sui\Te son exeml)le. D'ailleurs il distinguait très justement deux catégories de sujets historiques : « Il m'était beaucoup moins permis, écrivait-il, dans Horace et dans Pompée, dont les histoires ne sont ignorées de personne, que dans Rodogune et dans Nicoméde, dont peu de gens savaient les noms avant que je les eusse mis sur le théâtre. La seule mesure qu'on y peut prendre, c'est que tout ce qu'on y ajoute à l'hisloire et tous les changements qu'on y apporte ne soient jamais plus incroyables que ce qu'on en conserve dans le même poème'. » 11 ne songeait donc pas à dissimuler les libertés qu'il avait prises avec une histoire aussi obscure : « J'ai beaucoup osé dans yicomède : Prusias, son père, l'avait voulu faire assassiner dans son armée; sur l'avis qu'il en eut par les assassins mêmes, il entra dans son royaume, s'en empara et réduisit ce mallieureux prince à se cacher dans une caverne, où il le lit assassiner lui-même. Je n'ai pas poussé l'histoire jusque-là, et, après l'avoir peint trop vertueux pour l'engager dans un parricide, j'ai cru que je pouvais me contenter de le rendre maître de la vie de tous ceux, qui le persécutaient, sans le faire passer plus avant... Tout ce qui se passe dans Nicomùde est impossible, puisque l'histoire jiorte qu'il fit mourir son père sans le voir, et que ses frères du second lit étaient en otigc à Home lorsqu'il s'empara du

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