I. S,n-ri,r,, III
î!. VolUiin; tiviiliiit ;
Trop lie reconnaissance est un fardeau peut-i'lre.
{Tancrèdn, IV, 4.)
NICO.MIÙDE 3J
neille nous l'a peint dans la première et la seconde scène du second acte. 11 est facile de voir que son radotage perpétuel serait intolérable sans cette précaution; cela seul peut excuser sa faiblesse vis-à-vis de l'ambassadeur romain et sa pusillanimité vis-à-vis de sa femme. » ISous en demandons pardon à I.ekain; mais, s'il a bien soutenu le rôle de Mcomède. il n'a rien compris à celui de Prusias. Son erreur, du reste, est celle de Voltaire, qui partout voit en Prusias un prince « imbécile ». Tous deux se sont laissé prendi'e à cette fausse bonhomie du mari d'Arsinoé; peut-être aussi Voltaire avait-il besoin de ce " vieux père de famille imbécile, qui ne sent rien », comme d'un exemple à l'appui de sa tbèse exclusive sur le mélange du comique et du tragique, u Mais, dira-t-on, cela n'esl-il pas dans la nature? N'y a-t-il pas des rois qui gouvernent très mal leurs familles, qui sont trompés par leurs femmes et méprisés par leurs enfanis? Oui, mais il ne faut pas les mettre sur le lliL'âtre tragique. Pourquoi? C'est qu'il ne faut pas peindre dei ânes dans les batailles d'Arbelles ou de Pharsale. » Un àne ferait très mal, il est vrai, dans les grandes toiles solennelles di' Lebrun; mais ce qu'il faudrait prouver, c'est que le caractère d'' Prusias détonne dans l'ensemble de l'œuvre cornélienne. Or c'est le contraire qui est évident : loin d'être déplacé dans cet ensemble, le caractère de Prusias le complète.
Ne parlons plus du roi, que nous avons déjà jugé et qu'aucun plaiilo.ver ne réhabilitera, mais qui pourtant, s'il est avili, n'est pas inconscient, car il sait encore parler en roi dès que les Romains — ces excellents alliés qu'il ne subit peut-être pas sans une secrète lassitude — ne sont plus là pour lui dicter ses paroles. Devant Nicoméde il prend, pour ainsi dire, sa revanche d'une longue dépendance; il parle, et parle haut'. Ce n'est là peut-être qu'un rôle supérieurement joué, en face d'un fds dont la fierté ne comprend que ce langage ; mais il faut au moins avouer que le comédien couronné qui parle ainsi n'est pas l'enfant sénile qu'on aime à nous peindre. Comédien, et comédien consommé, Prusias lest plus qu'il ne semble d'abord. Il est, dit-on, au second acte, la dupe du perfide Araspe, qui faigrit contre son fils en feignant de vouloir l'apaiser. Point si dupe, en vérité ! car si Araspe est son mauvrais génie, c'est que les Araspes sont prédestinés au rôle de conseillers des Prusias et que les Prusias se reconnaissent en eux. Ces pensées qu'.\-