CRÉON
rai prévenu vos voeux.
OBDIFB.
Ah! pour prix de vos soins, ctier prince , que les dieax
Signalent envers vous leur iMoté futélalre ,
Oonme Us ont envers mûA signalé leur colère I
Od aont-eUes? Venez, venez, approchez-vous.
Mes filles , chers enfants , o^ets jadis si doux ! "
Toodici enoor ces mains aux crimes condamnées ,
Oes BsiaB que contre moi fat moi-même toontées.
O mes filles , voyez , voyez mes maux aStnuj^,
Geox que Je me snb faits , ceu^ que m^oot laits les dieux.
Ton» pAear» ! ah ! plutôt y ah ! pleurez sur vous-même :
Je vois dans Tavenir votre infortune extrême.
Quel destin vous attend au milieu des humains 1
Enfanta bals des dieux , de combien de chagrins
Us sèment sous vos pas le sentier de là vie.?
Ils ont à rinnoc^nce attaché l'infamie.
▲ quels Jeux , quelle fête , à quel festin sacré
Oaeca-voiis porter un fhint déshonoré?
Quels spectacles pour vous auront enoor des charmes?
Vous n*en reviendrez point sans répandre des larmes*
Quand rage de rhyraen sera venu pour vous ,
Qœl ptee dans son flls voudra vohr votre époux I
Qm voudra de mon sao^ partager les souillures?
Crin! dont Je suis né tdgolt mes mains impures.
Lineestc m*a plaeé dans le Ut maternel!
Et vo«s êtes les fruits de ce nœud criminel.
n faudra supporter Taf front de ces reprochée;
Teua verrez les mortels éviter vos approches.
Et vous arriverez au terme de vos ans ,
Sans connaître d'épodx , sans nourrir des enfants...
(jé Créon,) O vous, le seal appui qui reste à leur misère, Yons, fils de Ménécée, hélas! soyez leur père : Elles n'en ont point d'autre ; elles sont sans secours ; La liontn, IMndlgenée, environnent leurs Jours. Des yeux de la pitié regardez leur enfhnœ; Tous ne les devez pas punir de leur naissance : Bonnex-moi votre main , gage de totre foi.
(^aMjniee.) Et vous, qui pour Jamais vous séparez de mol, Je vous en dirais plus si vous pouviez m'entendra; ■ais que font les conseils dans tm âge si tendre? Adieu : paisse le del, fléchi par mes revers, Détouner loin de vous les maux que J'ai soufferts !
Peut-on douter qu'une pareille scène ne f!t couler quelques larmes.' Je ne sais si je me trompe , mais U me semble qu'elle terminerait heureusement la tragédie é*OEcUpe. He faut-il pas, pour que sa destinée s'accomplisse, qu'on le voie partir pour l'exil, qui est le châtiment auquel les dieux l'ont condamné? Ses adieux, son départ, ne font-ils pas dès iors nue psortie essentielle de ses malheurs , qui sont l'objet de la pièce ? U y a plus : après que le cœur a été serré douloureusement par l'horreur qu'inspire cette complication de crimes involontaim oommifl par l'innocence, ce poids de la Vita-
lité qui écrase un homme vertueux, et qui est, à mon gré, un des inconvénients de ee sujet, on éprouve volontiers un attendrissement dont on avait besoin. Jusque-là l'on n'a vu que des atrodtés dont les dieux sont les seuls auteurs ; et les infortunes d'OEdlpe semblent d'affreux mystères où la raison et la justice ont peine à se retrouver. Mais lorsque ce malheureux père , aveugle et banni , embrasse pour la dernière fois ses enfants , dont il se sépare pour toujours, la nature se reconnaît dans ce tableau : on n'entend pas la plainte d'OEdlpe sans être ému de compassion, et l'on donne à ses disgrâces des pleurs qu'on avait besoin de répandre. Il ne faut point parler de VQEd^ de ComeHle : il n'est pas digne de son auteur , et le sujet n'y est pas même traité ; il est étouffé par un long et froid épisode d'amour, qui s'étend d*un bout de la pièce à l'autre, et qui n'a pas, comme celui de Philoctète dans VŒdipe de Voltaire , l'avantage d'être au moins racheté, autant qu'il peut l'être, par le mérite du style. Ce dernier a cependant empranté de Corneille deux beaux vers : l'un , qui est la peinture du Sphinx,
Ce monstre à voix humaine, aigle, femme at UoD^
l'autre, qui exprime heureusement rcxcommunieation en usage chez les anciens,
Privés des feux sacrés et des eaux salutaires.
On a cité aussi fort souvent un morceau d'une tournure très philosophique sur ce dogme de la fatalité, si cher aux anciens, et qui anéantit k liberté de l'homme. Ce morceau , quoiqu'il y ait quelques fautes de diction, est écrit et pensé avec une énergie particulière à Corneille ; et Voltaire remarque très judicieusement qu'il naît du sujet, et n'est point un lieu commun comme tant d'autres, ni ime déclamation étrangère à la pièce. Des r^exians tuT la fatalité, dit-il, peuvent-elles être mieux placées que dans le sMJet d'OEdlpe? Elles contrin huèrent même au succès de l'ouvrage, qui resta au théâtre jusqu'au moment où il céda sa place à celui du jeune rival de' Sophocle. Lorsque la pièce de Corneille parut , on était fort occupé des querelles sur le libre arbitre , et les amateurs apprirent par cœur cette tirade , qui devint fameuse :
Quoi ! la nécessité des vertus et des viœa D'un astro hnpérieux doit suivra les caprices; Et Delphes malgré nous conduit nos actions Au plus bizarre effet de ses prédictions ! L'âme est donc tout esclave : une loi aouveraina Vers le bien ou le mal incessamment l'entraîna • Et nous ne recevons ni crainte ni désir De cette Uberté qui n'a rien à choisir. Attachés sans relAche à cet ordre sublime , Vertueux sans mérite, et vicieux sans crime, Qu'on mMsacM les loii , qu'en brise tes
COURS DE LiraÉRATDRE.
Ceftt la fuite de» dteaz , et ooo pM des morleU. De tûuti; la verta sur la terre épandue , *
Tout le prix k ces dieux , toute la gloire est due ; Us aglsseat eii nous quand nous pensons agir; > Alors qu*on délibère on ne fait qu^obéir ; Et notre volonté n*aiine , hait , cherche , évite , Que mivant que d'en hoMt leur ftitu la précipite ! D*un tel aveuglement daignez me dispenser. Le del , Juste à punir, Juste à récompenser, iMar rendre aux actions leur peine et leur salaire , Doit nous offrir son aide , et puis nous laisser fisire, PTettfonçaru toutefois ni votre œil ni le mien Dans œ profond abîme où nous ne voyons rien.
Peut-être ne sera-t-on pas fâché de voir comment Voltaire a rendu précisément les mêmes idées dans un discours sur la lilierté de l'homme.
D*un artisan suprême impuissantes machineSf Automates pensants , mus par des mains divines, Noos serions à Jamais de mensonge occupés , Vils instruments d'un dieu qui nous aurait trompés! CoDunent , sans liberté , serions-nous ses images ? Que lui reviendrait-U de ses brutes ■ ouvrages? On ne peut donc lui plaire , on ne peut Tôffenser ; n n*a rien à punir, rien à récompenser. Dans les deux, sur la terre, il n*est plus de Justice, Caton est sans vertu, CaUltna sans vice : Le desUn nous entraine à nos affreux penchants , Et ce chaos du monde est fait pour les méchant». L'oppresseur insolent , l'usurpateur Avare , Cartouche , Miriwitz , ou tel autre barbare . Plus coupable enfin qu'eux ', le calomniateur Dira : « le n'ai rien fait, Dieli seul en est l'auteur; « Ce n'est pas moi , c'est lui qui manque à ma parole ', « Qui frappe par mes mains , pille , brûle , viole. » Cest ainsi que le dieu de Justice et de paix Serait l'auteur du trouble et le dieu des forfaits. Les tristes partisans de ce dogme effiroyable Diraient-ils rien de plus , s'Us adoraient le diable?
On retrouve dans ce morceau la brillante facilité de Fauteur; mais en général il paraît avoir étendu dans des vers harmonieux ce que Corneille a resserré dans des vers énergiques ; et, malgré le mérite de rimitateur, la supériorité appartient ici tout entière à roriginal , non-seulement pour Finvention , mais encore pour Texécution.
Compensation faite des beautés et des défauts , il serait ditficile de prononcer entre les deux Œdipe. Il n*en est pas de même d'Electre : quelque belle que soit celle de Sophocle, celle de Voltaire l'emporte de beaucoup, au Jugement des plus sévères connaisseurs. Il a fait ici de Sophocle le plus grand éloge possible, en Timitant presque en tout. Le beau caractère d*Êlectre, Tun des plus dramatiques que Ton connaisse; sa douleur profonde, tour à tour si touchante et si impétueuse; les regrets qu'elle donne à son père qu'elle a perdu , à son
* Faute de français. Brutes ne se dit que des animaux , les brutes. Brut, adjectif, qui signifie grossier, informe, s'écrit sans Sf comme on le voit ici, au masculin : un ouvrage brui, un diamant bruL II ne prend i*« qu'au féminin : une pierre brute.
* Hyperbole trop forte.
3 Hémistiche Uop faible après œ qui précéda.
frère qu'elle a sauvé et qu'elle attend comme ua libérateur; son esclavage , qui n'abat ni son courage d! sa fierté; la soif de la vengeance qui l'animé sans cesse; enfin, le contraste que forme le rôle de (3uysothémis, qui est l'Iphise de Voltaire, et dont la sensibilité douce et timide fait encore mieux ressortir l'élévation et l'énergie de sa sœur;^ les ordres d'Apollon , qui recommande le secret à Oreste comme le ressort de toute son entreprise; lé rôle du vieux gouverneur d'Oreste, qui est le Pammène de la pièce française; cette idée si théâtrale d'apporter une urne qui est supposée contenir les cendres du fils d' Agaraemnon , et qui produit une scène fameuse dans toute l'antiquité par le grand effet qu'elle eut à Athènes et à Rome; ces alternatives de crainte et d'espérance, causées par la fausse nouvelle de la mort d'Oreste et par les présents qu'on a vus sur le tombeau de son pïère; cette situation déchirante de la malheureuse Electre, qui croit tenir entre ses mains les cendres de son frère , tandis que ce frère est sous ses yeux; cette reconnaissances! naturellement amenée par l'attendrissement d'Oreste , qui ne peut résister aux 4armes de sa sœur; en un mot, cette simplicité d'action et d'intérêt, si rare et si admirable; tout cela fait également le fond des deux pièces, tout cela est beau dans Sophocle, et plus encore dans Voltaire. Le poète français a rassemblé dans sa tragédie toutes les beautés qui appartiennent au sujet, et toutes celles que pouvait y joindre un talent tel que le sien, fortifié de ce que l'art a pu acquérir depuis Sophocle. Celui-ci n'avait pas, à beaucoup près, à fournir une carrière si longue et si difficile. Les chœurs et les récits en occupent une partie : œhii de la mort d'Oreste, qui a péri , dit-on , en tombant de son char aux jeux olympiques*, tient la moitié du second acte. Il faut remarquer que Sophocle a commis en cet endroit un anachronisme , puisque les jeux olympiques n'ont été étabUs que longtemps après l'époque où se passe l'action de la pièce. Mais les Grecs étaient si amoureux de ces sortes de descriptions, qu'ils pardonnèrent aisément au poète cette liberté, et que oe long morceau descriptif, qui nous paraîtrait fort déplacé, fut un de ceux qui attirèrent le plus d'applaudissements à l'auteur. On concevra, on excusera même cet enthousiasme, si l'on se rappelle que les Grecs regardaient, non sans raison , les jeux olympiques comme une des plus belles institutions dont ils pussent se glorifier^ et qu'ils étaient très-flattés d'en voir le tableau tracé sur leur théâtre par le pinceau de Sophocle. Vol-
* Non pas aux Jeux olympiques, mais aux Jeux pytbiques.
ANCIENS. — POÉSIE
taîie n'a pa en &ire usage; mais celui qu'il a mis ao cinquième acte, et où il peint en traits si nobles et si frappants la ré?olution que produit Oreste en se montrant aux anciens soldats d'Agamemnon, lui appartient entièrement, et a de plus le mérite d*appartenir au sujet.
Le poète français a enchéri encore sur son modèle dans la scène de Tume. Chez Sophocle, Electre ne Tmt dana son frère qu'un envoyé de Strophius qui apporte les cendres -d'Oreste. Chez Voltaire, Oreste passe lui-même pour le meurtrier
Det meorbiecs dH>reste , ô dd J soiA-Je entourée ?
dit Electre à Oreste et à Pylade ; ce qui rend la situation bien plus douloureuse et plus terrible pour elle et pour son frère. Cette scène si heureusement imaginée par Sophocle, où Chrysothémis vient arec un transport de joie annoncer à sa sœur que sans doute Oreste est vivant, qu'il est même dans le palais, parce qu'elle a vu des offrandes et des cheveux sur le. tombeau d'Agamemnon; cette nouvelle, qu'elle apporte à Electre dans l'instant même- où le bruit de la mort d'Oreste, qui semble certaine, vient de la mettre au désespoir; tout cela est encore embelli par l'art de l'imitateur. Dans le grec, cette nouvelle ne fait pas la moindre impression sur Electre, qui se croit trop sûre de la mort d'Oreste, dont elle a entendu le récit qu'on a fait à Clytemnestre devant elle; elle se contente de plaindre l'erreur de Chrysothémis , et celle-ci se repent eUe-méme- de cette fausse Joie qui l'a abusée un moment. Dans l'auteur français, Electre, qui n'a pas encore les mêmes raisons de croire son frère mort, reçoit avidement cet espoir qu'on lui présente. Elle quitte la scène à la fin du second acte, toute remplie de cette joie passagère dont pourtant* elle se défie. Ah! dit-elle à sa sœur en sortant avec elle;
Ah! d mous BM tRMDpez, TOOB m'àrrachflK la vie;
On prévoit de là quelle sera sa douleur quand la mort d'Oreste paraîtra confirmée. Aussi rentret-elle en disant :
V^Kpénaût trompée accable et décourage : Un aeul mol de Pammëoe a fait évanooir Ces songes impoeleurs dont vous osiez Jouir.
Ces mouvements opposés qui se succèdent, ce ûux et reflux de joie et d'afiDiction, sont l'âme de la tragédie; et c'est une des parties de l'art, où les modernes ont excellé.
n j a une scène dont le poète français n'a point fait usage, et c'est peut-être la seule des beautés de cette pièce qu'il ne se soit point appropriée. Sophocle en avait pris l'idée dans les Cochons;
mais il l'a exécutée d'une manière toute di£Krente. Elle est plus terrible dans Eschyle; dans Sophocle , elle est plus touchante. Chez lui, c'est Chrysothémis qui s'est chargée des offrandes et des expiations de Clytemnestre. Cette mère coupable est effrayée d'un songe menaçant dont elle voudrait détourner le présage. Chrysothémis trouve Electre sur son passage, lui expose les terreurs de leur mère, et le dessein qui ramène. Electre , saisie d'horreur, la conjure de se refuser à un pareil emploi.
▲h ! ma aoBor, lofn de tous ce ministère impto;
Loin , loin de ce tombeau ces dons d'uoejsDoemle!
Voulez- vous violer tous les droits des humains?
Avez-vous pu charger vos innocentes mah»
Des coupables présents d'une mahi meurtrièie ,
Des préseols qu*ont souillés le meurtre et Tadultéie?
Voyez ce monument : c*est à nous d*empéeher
Que Jamais rien d'impur ne pidsse en approdier.
Jetez , Jetez , ma sœur, cette urne funéraire ,
Ou bien , loin de ces lieux, cachez-la sous la terre;
Et pour l'en retirer, attendez que la mort
De Clytemnestre un Jour ait terminé le sort
Alors, reportez-la sur sa cendre infidèle :
AUez , de tels présents ne sont faits que pour eUe.
Croyei^vous , sHl restait dans le fond de son oœor, .
Après ses attentats , une ombre de pudeur ;
Croyez-Tous qu'amourd'bui ta fureur qui l'anime,
Vint Jusque dans sa tombe outrager sa victime.
Insulter à ce point les m&nes d'un héros,
La sainteté des morts et les dieux des tombeaux?
Et de quel ceil, ô del 1 pensez-vous que mon père
Puisse voir ces présents que l'on ose lui faire?
Ah ! n'est-ce pas ainsi , quand U fut massaoré ,
Qu'on plongea dans les eaux son corps défiguîré.
Comme si l'on eût pu dans le sein des eaux pures
Laver en même temps le crime et lea blessures?
Les forfaits à ce prix seraient-ils effacés?
Ne le permettez pas, dieux qui les punissez !
Et vous . ma sœur, et vous , n'en commettez point d'autres ;
Prenez de mes cheveux , prenez aussi des vôtres.
Le désordre des iniens atteste mes douleurs ;
Souvent ils ont servi pour essuyer mes pleurs :
Il m'en reste bien peu ; mais prenez , U n'importe ;
n aimera ces dons que notre amour lui porte.
Joignez-y ma ceinture : elle est sans omemeot i
Elle peut honorer ce triste monument
Mon père le permet , il volt notre misère;
Lui seul peut la finir, etc.
La naïveté des moeurs grecques se montre ici tout entière; mais Voltaire nous y avait tellement accoutumés dans cette pièce , que ce morceau , sous sa plume, aurait pu, ce me semble, trouver place facilement. I9'a-t-il pas su tirer parti même du rAle d'Égisthe, qui n'est rien dans Sophocle, puisqu'il ne parait que pour être tué par Oreste? Nous avons déjà vu, dans phis d'une pièce grecque, qu'on ne regardait pas alors comme un d^aut de ne faire venir un personnage que pour le dénoûment : aucim de nos auteurs ne se l'est permis. Cependant il ne serait pas impossible qu'il y eût tel sujet où cette marche fût raisonnable, c'est-à-dire, absolument nécessaire; car je ne connais pas d'autre manière de la justifier.
Les personnages odieui) dans la tragédie, ser-
COURS DE UTTERATUEE.
veat aux moyens ; les personnages intéressants servent à Teffet. C'est en eonséquence de ce principe que Voltaire 8*est si bien servi d*Égisthe pour jeter Oreste dans le plus imminent danger depuis la fln du quatrième acte jusqu'au dénoûmeot, et pour développer le grand caractère de Clytemnestre. C'est par ces deux endroits surtout qu'il est infiniment supérieur à Sophocle; et c'est ce qui mérite d'être détaillé.
Les anciens , chez qui l'intrigue est en général la partie Caible, parce qu'ayant d'autres ressources dans leur spectade, ils avaient moins senti le besoin de perfectionner celle-là; les anciens ne savaient pas nouer assez fortement une pièce pour mettre dans un grand péril les principaux personnages , et les en retirer sans invraisemblance. C'est là l'efifort de l'art chez les modernes, et Sophocle lui-même ne l'a pas porté jusque-là. Dans son Electre, Ëgistfae est absent pendant toute la pièce : il ne revient que pour voir Clytemnestre déjà égorgée, et pour se trouver pris comme dans un piège. Qu'en arrivet-il? c'est qu'Oreste n'est jamais en danger. Je sais bien que le sort d'Electre inspire la pitié, et que sa situation et celle de son frère attendrissent l'âme et soutiennent la curiosité; mais la pitié même s'use et s'affaiblit, quand la situation est toujours la même pendant quatre actes, et n'est pas variée par des incidents qui font naître la crainte ou qui augmentent le malheur et le danger. Ce n'est pas assez que les personnages soient dans une position intéressante, il faut encore que cet intérêt aille en croissant : s'il n'augmente pas, il diminue. C'est ce progrès continuel et nécessaire qui rend la tragédie si difficile. Ainsi y dans Y Electre française, à peine Oreste est-il reconnu par sa sœur, qu'il est découvert par le tyran , et mis dans les fers avec Pylade et Pammène; en sorte que le spectateur, qui a respiré un moment en voyant le frère et la sœur réunis , n'en est que plus etfrayé du péril qui les environne; car rien ne peut arrêter le bras d'Égisthe que Clytemoestre eUe-même; et c'est ici, à mon gré, le coup de mattre. Tout ce TÔ\e de Clytemnestre est dans Voltaire une véritable création ; car, dans cette foule de pièces composées sur le même sujet, on ne trouve nulle part le moindre germe de cette idée. Ni Crébilion ni Longepierre, ni étrangers ni nationaux, ni anciens ni modernes, n'avaient imaginé que cette femme, qui avait assassiné son mari, pût défendre contre le complioe de son crime le fils dont elle-même doit tout craindre. Les remords sont indiqués dans Sophocle, mais très-faiblement; et dans Voltaire tout est graduel développé, achevé avec une égale supériorité.
S'il n'a point fiiit entrer dans sa pièee cette plainte éloquente d'Electre lorsqu'elle tient l'urne entre ses mains, c'est que l'étendue de ce morceau , proportionnée aux mœurs et aux convenances du théâtre d'Athènes, eût trop ralenti une scène dont l'action est plus vive et plus forte dans la pièce française que dans la grecque ; et la traduction de cette espèce d'élégie dramatique fera ressortir davantage la différence du génie des deux théâtres, en prouvant que les beautés de l'un ne pouvaient pas toujours convenir à l'autre.
J'ai déjà dit que l'expression vraie et ingénue des affections de la nature devait être beaucoup plus Êicile dans la poésie grecque que dans la nôtre; et c'est une raison de plus pour que l'on juge avec quelque indulgence les efforts que J'ai faits dans ces différents essais de traduction, où j'ai tâché de me rapprocher de la simplicité antique, autant que me Ta permis la noblesse, quelquefois peut-être un peu trop superbe, de notre langue poétique.
O monameot steré du pIoB cher des homaloB ! Cher Oreste , eàtnx toi que je Uens dans mes mains? O toi ! dont mes secours ont protégé l'enfanoe. Toi que J'avais sauvé dans une autre espérance, EBt*cr ainsi que , pour moi depuis longtemps penhi , Mon frère à mes regards devait être rendu? Je devais donc de toi ne revoir que ta cendre ! Ah ! qu*U eût mieux valu , dans Tâge le plus tendra. Périr avec ton père , hélas ! et du befoeau Descendre à ses côtés dans le même tomt)cau ! Et maintenant tu meurs, ô vIcUme chérie , Sous un ciel étranger et lofai de ta patrie. Loin de ta sceiir !... et moi , je n*ai pu sur ton corps Prodiguer les parfums, les ornements des morts! D*autc«s ont pris pour toi les soins que j'ai dû prendra; D*autre8 sur le hcicher ont recueilli ta cendral Ces débris précieux , on les porte k ta smur, Dans une urne vulgaire enfermés sans lionneur ! O malheureuse filectre ! 6 frivoles tendresses I Inutiles travaux et trompeuses caresses ! Soigner tes premiers ans fut mon plus doux plaisir. Et de mes propres mains J'aimais à le nourrir. M'occupent de toi seul , j'ai rempli près d'un f^èra Le devoir de nourrice, et d'esclave et de mèra. Où sont-tls ces heaux Jours , ces jours si fortonéa? Ah ! la mort avec toi les a donc molMonnés ! Oreste! tu n'es plus!... et je n'ai plus de pèral . Me voilà seule au monde ; et ma barbare mère Avec mes ennemis Jouit de ma douleur ! Vainement à mes maux to promis un vengeur : Oreste a dans la tombe emporté mon attente ; Et qu'est-il aujourd'hui? rien qu'une ombre Impiilssante l Que suis-je , hélas! moi-même, après t'a voit perdu? Qu'une ombre, qu'un fantàme aux enfers atteoda ! Mon frère, reçois-moi dans cette urne funeste; D'Electre auprès de toi reçois te triste reste : Les mêmes sentiments unissaient notre sort : Soyons eocor tons deux réunis dans la mort La mort est seoourable, et la tombe est tranquille : Ah ! pour les malheureux U n'est point d'autre aaile.
Il est honorable pour la mémoire de Sophocle, qu'en voulant trouver le chef-d'tmivre de ranci^ine tragédie, il faille choisir'entre deui de ses ouvrages.
ANCIENS. — POËSm.
VOEêlpe roi et le PhUœiéie. Je ne tais si nn intérél particalier fait illusion à mon JniB^menl; mats yétàs admirateur du second longtemps avant que j'eusse songé à en être rimitateur, et ma prédilection pour cet ouvrage était connue. Il y a dans VOE" dipe, je l'avoue, un plus grand intérêt de curiosité; mais il y a dans le PhUoctête un pathétique plus touehaDt. L'intrigoe du premier se développe et se dénoue avec beaucoup d*art : c^est peut-être un art encore plus admirable , d'avoir pu soutenir la simplidté de l'autre; peut-être est-il encore plus difficile de parler toujours au cœur par l'expression des sentiments vrais, que d'attacher l'attention et de la suspendre, pour ainsi dire, au fil des événements. Vous avez vu d'ailleurs qu'on pouvait faire à VCE" dipe des reproches assez graves : d'abord la nature du sujet, qui a quelque chose d*odieux, puisque Finnocenoe y est la victime des dieux et de la Vitalité, mais surtout la querelle d'OEdipe avec Créon , épisode de pur remplissage, sans mtérêt et sans motif; au Heu que dans le Phiioctéte, sujet encore plus simple que VOEd^, Sophocle a su se passer de tout épisode. On n'y peut remarquer qu'une scène inutile, eelie du second acte, où un soldat d'Ulysse, déguisé, vient par de fausses alarmes presser le départ de Pyrrhus et de Philoctète : ressort superflu, puisque celui-ci n*a pas de désir plus ardent que de partir au phis tôt. Cette scène allonge inutilement la marche de l'action , et j'ai cru devoir la retrancher. Mais à cette seule faute près, si Ton considère que la pièce , faite avec trois personnages, dans un désert, ue languit pas un moment; que rintérét se gradue et se soutient par les moyens les plus naturels, toujours tirés des caractères, qui sont supérieurement dessinés; que la situation de Philoetète, qui semblerait devoir être toujours la même, est si adroitement variée, qu'après s'être montré le plus à plaindre des hommes dans l'Ile de LiomnoB, après avoir regardé comme le plus grand bonheur possible que l'on voulût bien l'en tirer, c'est pour lui , dans les deux actes suivants , le plus grand des Qiaux d'être obligé d'en sortir; que cette heureuse péripétie est si bien Âbndée en raison, que le spectateur change d'avis et de sentiment en m^e temps que le personnage; que ce personnage est en lui-même un des plus théâtrals qui se puisse eoneevoir, parce qu'il réunit les dernières misères de l'humanité aux ressentiments les plus légitimes, es que le cri de la vengeance n'est chez lui que le cri de l'oppression; qu'enfin son rôle est d'un bout à rautre un modèle parfeit de l'éloquence tragique ; on conviendra ûicilement qu'en voilà assez pour justifier ceux qui voient dahs cet ouvrage la plus
belle conception dramatique dont Tantlquité puisse s'applaudir.
On avait regardé comme un défaut , du moins pour nous, l'apparition d'Hercule, qui produit le dénoûment : cette critique ne m'a jamais paru fondée. Certes , ce n'est point ici que le dieu n'est qu'une machine : si jamais l'intervention d'une divinité a été suffisamment motivée , c'est sans contredit en cette occasion; et ce dénoâment, qui ne choque point la vraisemblance théâtrale, puisqu'il est conforme aux idées religieuses du pays où se passe Taction , est d'ailleurs très-bien amené , nécessaire et heureux. Hercule n'est rien moins qu'étranger à la pièce ; sans cesse il est question de lui : la possession de ses flèches est le nœud principal de l'intrigue; le héros est son compagnon, son ami, son héritier. Philoctète a résisté et a dâ résister à tout : qui l'emportera enfin de la Grèce ou de lui ? et qui tranchera plus dignement ce grand nœud qu'Hercule lui-même? De plus , ne voit-on pas avec plaisir que Philoctète , jusqu'alors inflexible , ne cède qu'à la voix d'un demi-dieu, et d'un demi-dieu son ami? Cest bien ici qu*on peut appliquer le précepte d'Horace , qui peut-être même pensait au Philoctète de Sophocle quand il a dit :
Née dâu$ intenit, nisi dignm vindiee nodus, « Ne (kite» pas intervenir an dieb , à moins qae lenœod ne floit digne d*étre tranché par im diea. »
D'après ces raisons et ces autorités , j'ai osé croire que ce dénoûment réussirait parmi nous comme il avait réussi chez les Grecs, et je ne me suis pas trompé.
Brumoy s'exprime très-judicieusement sur ce sujet, et en général sur les différents mérites de cette tragédie, qu'il a très-bien observés.
« Les dieux font entendre que la victoire dépend de Philoctète et des flèches d'Hercule ; mais comment déterminer ce gaerrier malheureux à secoorif les Grecs, qu'il a droit de regarder comme les antenrs de ses maux? C'est un AchiUe irrité qo'il finit regagner, parce qu'on a besoin de son bras; et l'on a dû voir qdè Philoctèto n'est pas mohis inflexible qu' AchiUe, et que Sophode n'est pas ao-desaoos d'Homère. Ulysse est employé k cette ambassade aiec Néoptolème : heureux contraste dont Sopliocle a tiré toute son intrigue; car Ulysse, politique jusqu'à la fraude, et Néoptolème, sincère jusqu'à l'extrême franchise, en font tout le nœud ; tandis que Philoctète , défiant et hiexorable , éhide la ruse de l'un , et ne se rend pohit à la généhisité de rautre; de sorte qu'il fiiut qu'Hercule descende du del pour dompter ce cœur Oroce , et pour ftdre le dénouaient. On ne peut nier qu'un pareU nœud ne mérite d'être déoMé
par Hercule. »
Après des réflexions si justes , on est mi peu étonné de trouver le résultat qui les termine.
« AstUvreUgoAt derantiquité, ^ ne peut reprocher k cette tragéâie aocim défaut considérable. »
lïOD, pas même à suivre le goût moderne : ici Tun et Tautre sont d*accord.
« Toot y est lié, toat y est sontenu, tout tend directement au but : c'est l'action même telle qu'elle a dû se passer. Mais, à en juger par rapport à nous, le trop 4e simplicité, et le spectacle d'un honune aussi tristement malheureux que Philoctète, ne peuvent nous faire un plaisir aussi v\f que les malheurs plus brillants et plus variés du Nicomède de Ck>meiUe. »
Voilà un rapprochement bien étrange , et an jugement bien singulier. Quant au trop de simplicité, passons que cette opinion , assez probable alors , ne pût être démentie que par le succès. On en disait autant du sujet de Mérope avant que Voltaire Teût traité, et je n*ai pas oublié ce quMl m*a raconté plus d*une fois des plaisanteries qu'on lui faisait de tous cdtés sur cette tendresse de Mérope pour son grand enfant f dont il voulait faire l'intérêt d'une tragédie. Mais que veut dire Brumoy sur ce rôle de Philoctète, si tristement malheureux f Si j'ai bien corn* pris dans quel sens ces mots peuvent s'appliquer à un personnage dramatique, il me semble qu'ils ne peuvent convenir qu'à celui qui serait dans une situation monotone et irrémédiable : c'est alors que le malheur afflige plus qu'il n'intéresse, parc® qu*au théâtre il n'y a guère d'intérêt sans espérance. Mais Philoctète n'e&t nullement dans ce cas, et ni l'un ni l'autre de ces reproches ne peut tomber sur ce rôle, reconnu si éminemment tragique. Enfin, de tous les ouvrages que Ton pourrait comparer au Philoctète, Nicomède est peut-être celui qu'il était le plus extraordinaire de choisir. Quel rapport entre ces deux pièces, quand le principal mérite de l'une est d'abonder en pathétique , et que le grand défaut del'autreestd'enêtretotalementdépourvue ! Qu'estce que ces malheurs si hriUants et si variés de lïicomède ? A quoi donc pensait Brumoy ? Nicomède n'éprouve aucun malheur; il est triomphant pendant toute la pièce; il est, à la cour de son père, plus roi que son père lui-même, et il ne paratt qu'un moment en danger. Son rtXtesXbrilUxnt , il est vrai, mais ce n'est assurément point par le malheur. On peut aussi, sans manquer de respect pour le génie de Corneille, s'étonner du plcUsir vif que procure , selon Brumoy, ce drame, qui est en effet le moins tragique de tous ceux où l'auteur n'a pas été absolument au-dessous de lui-même; ce drame dans lequel il y a en effet quelques traits de grandeur, mais pas un moment d'émotion.
Le grand intérêt du rôle de Philoctète n'avait pas édiappé à l'un des plus illustres élèves de l'antiquité ,
COUES DB UTTÉRATURE.
Fénelon , qui du chef-d'oeuvre de Sopiiode a tiré le plus bel épisode du sien : c'est encore un des morceaux du Télémaque qu'on relit le plus volontiers. Fénelon s'est approprié les traits les plus heureux du poète grec, et les a rendus dans notre langue avec le charme de leur simplicité primitive , en homme plein de i'espHt des anciens > et pénétré de leur substance. Mais il £iut observer m une différenœ très-remarquable entre la tragédie grecqueet l'épisode du Télémaque; c'est que, dans l'une. Phi* loctète ne parle jamais d'Ulysse qu'avec l'expression de la haine et du mépris; et dans l'autre , ce même Philoctète racontant, mais longtemps après, tous ses malheurs au fils d'Ulysse, send>le condamner lui-même ses propres emportements , et r^résente Ulysse comme un sage inébranlabledans son devoir, et un digne citoyen qui faisait tout pour sa patrie. Rien ne fait plus d'honneur au jugement et au goât de Fénelon; çien ne fait mieux voir comme il £siut appliquer ces principes lumineux et féconds sur lesquels doit être fondé l'ensemble de tout grand ouvrage , et qui sont aujourd'hui si peu connus. Il sentait combien l'unité de dessein était une chose importante ; que , dans un ouvrage dont Télémaque était le héros, il fiiUait se garder d'avilir son père; et que d'ailleurs Philoctète, dont les ressentiments devaient être adoucis par le temps, pouvait alors être capable de voir, sous un point de vuephis juste, la sagesse et le patriotisme d'Ulysse.
C'était sans doute une nouveauté digne d^attention de vck sur le théâtre de Paris une pièce grecque, telle à peu près qu'elle avait été jouée sur le àiéâtre d'Athènes. Nous n'avions eu jusque-là que des imitations plus ou moins éloignées dès originaux, plus ou moins rapprodiées de nos convenances et de nos mœurs; et je pensais depuis longtemps que le sujet de PhUoctète était le seul de ceux qu'avaient traités les anciens qui fût de nature à être transporté en entier et sans aucune altération sur les théâtres modernes , parce qu'il est fondé sur un intérêt qui est de tous les temps et de tous les lieux, celui de l'honianîté souffrante. Mais quand je songeais, d'un autre côté, que j'allais présenter à des Français une pièce non-seulement sans amour, mais même sans rôle de femme, je sentais qu'il y avait là de quoi effaroucher bien des gens. La seule tentative qu'on eût faite en ce genre, soutenue du nom et du génie de Voltaire dans toute sa force , n'avait pas réussi de manière à encourager ceux qui voudraient la renouveler. La Mort de César, si estimée des connaisseurs, n'avait pu encore s'établir sur notre théâtre ; elle ne s'en est mise en possession que depuis que Phtloc' tète nous eut un peu accoutumés à cette espèce de
ANdBNS. -- POÉSIE.
Doofcanté* Cest en vaia que les ëtrangen noua reprochaient, et avec raison, la prtférenoQ trop adusiTe que noos donnions aux intrigues araoumues, et d'où naft dans nos pièces une sorte d*u« niformîté dont les auteurs é'AihaUe et de Mérope s*étaiait efforcés de nous affranchir; ces grands bouunes , dont le goût était si exquis et si exercé, étaient les seuls qui eussent paru sentir tout le mérite de eette antique simplicité : eHe doit devenir an- Jourdlini d'autant plus recommandable, qu'elle peut KTvir d'antidote contre la contagion qui devient de jour en jour plus générale. Atteints de la maladie des gens rassasiés , nous voudrions rassembles tous ks tableaux dans un même cadre , tous les intérêts dans un drame , tous les plaisirs dans un spectacle ; transporter l'opéra dans la tragédie, et la tragédie sur la seèoe lyrique : de là cette perversité d'esprit qui {wécipite tant d'écrivains dans le bizarre et le monstrueux. On ne songe pas assez qu'il faudrait prendre garde de ne pas user à la fois toutes les sensations et toutes les jouissances, ménager les ressources afin de les perpétuer, admettre chaque genre à sa place et à son rang, n'en dénaturer aucun, et ne pas les confondre tous ; ne rejeter que ce qui est froid et faux, et surtout éviter les extrêmes, qui sont toujours des abus.
Racine le fils , à qui son père avait appris à étudier les anciens et à les admirer, mais qui n'avait pas hérité de lui le talent de lutter contre eux , a essayé , dans ses Béfiexions sur la poésie, de traduire en vers quelques endroits de Sophocle, et en particulier le PhUoctéte. Je ne crains pas qu'on m'accuse d*une coneorrenee mal entendue : tel est mon amour pour le beau, que , si la version m'avait paru digne de l'onginal, je l'aurais, sans balancer, substituée à la Bienne. Mais ceux qui entendent le grec verront aisémentcombien le filsdu grand Racine est loiade Sophocle. Ses vers ont de la correction , et quelquefois de Téléganoe ; mais ils manquent le plus souvent de vérité, de précision et d'énergie : ses fautes même sont si palpables , qu'il est facile de les faire apercevoir à ceux qui ne connaissent point l'original. Je me bomerai à on seul morceau fort court , mais dont rexanien peut servir à faire voir en même temps eombien les anciens étaient de fidèles interprètes de la nature, et combien Racine le fils, qui les aime et qm les loue, les traduit infidèlement. Je choisis rentrée de Pbiloctète sur la scène; voici d'abord la version en prose littérale :
« HâasI A étrangers! qui ètes-voos, vous qui abordez 4uis cette teHB oà il n'y a ni port ni taabitatioD? Quelle ttt voire patrie? quelle est votre naissance? A votre habit k ouis reoonstlte la Grèce, qui m'est tovjoors si chère; i
mais je voudrais entendre votre rdt. Eht ne so^ point elfrayés de mon extérieur ûurooche; ne me craignez point » mais plutôt ayez pitié d'un malheureux , seul dans un désert, sans secours, sans appui Pariez : si vous venez comme amis, que voà paroles r^Nmdent aax miennes; c'est une grâce, une justice que vous ne pouvez me refuser.»
Voilà Sophocle. Ce langage est celui qu'a dû tenir Pbiloctète : rien d'essentiel n'y est omis, et il n'y a pas un mot de trop. Voici Racine le fils :
Quel oudhenr yous conduit dans cette ih êauvagtf. Et vous force à chercher oe/unette rivage? Vous , que sans doute ici la tempMe a jetés , De quel Ueu, de quel peuple éles-vou* écartée? Maiê quel est cet habit que Je revois paraître ? ITest^x pas rhabit «rao que Je crois recounaStre? Que cette vue , ô ciel ! chère à mon souvenir. Redouble en moi l'ardeur de vous entretenir! Hàtesrvoos done, parlez. Qu*U me tarde d'entendre Les tous qui m^ont frappé dans TAge le plus tendre , Et celte langue , héias ! que je ne parle plus ! Tous voyez un mortel qui, de la terre exclus, Des hommes et des dieuz satisfait la colère. Généreux inconnus , éPun regard moins sévèrt Considérez l'objet de tant d'ininUtié, Et soyez moins saisis d*honeur que de pitié.
Ces vers, considérés en eux-mêmes, ont de la douceur, et en général ne sont pas mal tournées ; mais jugez-les sur l'original et sur la situation, et vous serez étonnés de voir combien de fautes pires que des solécismes, combien de chevilles, d'inutilités, d'omissions essentielles. D'abord, quelle Iongueur dans les huit premiers vers , qui tombent tous deux à deux, et se répètent les uns les autres! Quelle uniformité dans ces hémistiches accouplés, cette iie sauvage y ce funeste rivage , que je revois paraître, que je crois reconnaître ! Ce défaut serait peut-être moins répréhensible ailleurs; mais ici c'est l'opposé des mouvements qui doivent se succéder avec rapidité dans l'âme de Pbiloctète , et que Sophocle a si bien exprimés. Où sont ces interrogations accumulées qui doivent se presser dans la bouche de cet infortuné qui voit enfin des hommes? Les retrouve-t-on dans ces deux vers si froids et si traînants :
Quel malheur vous conddit dans cette fie sauvage, Et vous force à chercher wjïmesie rivage?
Supposons un souverain dans sa cour, recevant des étrangers , parlerait-il autrement? Ce tranquille interrogatoire ressemble-t-il à ce premier cri que jette Pbiloctète :
« Hélas 1 6 étrangers ! qui ètes-vous ? »
Ce cri demande du secours, implore la pitié, et peint l'impatience de la curiosité. Rien ne pouvait le suppléer, et les deux premiers vers de Racine le fils sont une espèce de contre-sens dans la situation*
De quelpeupU étei-vous écartés?
COUBS DE LITTÉRATURE.
Aillenn cette expression pourrait n'être pas mau«' Taise; ici elle est d'une reèherche froide, parce qae tout doit être simple, rapide et préds :
«( Quel est votre nom ? quelle est votre patrie ? »
Toilà ce qu'il faut dire : tout autre langage est faux.
Maië quel esl wt baUtT.
Que ce mais est déplacé! et pourquoi interroger hors de propos quand la chose est sous les yeux? Sophocle dit simplement :
« Si j'en crois Tapparence, votre habit est celoi des Grecs. »
Et qu'est-ce que Vardeur de vous entretenir f II est bien question d'entretien ! (G'est le son de la voix d'un humain que Philoctète brûle d'entendre. Sophocle le dit mot pour mot :
« Je veux entendre votre voix ? *
Quelle dififérenoe!
Qa*il me tarde d^eotendre
Les sons qui m'ont frappé dans Tàge le plus tendre , ISt cette laugne, Mlas! que Je ne parle plus!
Ces vers ne sont pas dans le grec, mais ils sont dans la situation; ils sont bien faits. Cependant il eût mieux valu ne pas ajouter ici à Sophocle , et le traduire mieux dans le reste : ce*qu*on lui donne ne vaut pas ce qu'on lui a ôté. Il eût mieux valu ne pas commencer par mentir à la nature , ne pas omettre ensuite ce mouvement si vrai et si touchant :
« Ne soyez point effrayés de mon aspect; ne me voyez point avec horreur. »
C'est qu'en effet , dans l'état où est Philoctète , il peut craindre cette espèce d'horreur qu'une profonde misère peut inspirer. Le traducteur a reporté cette idée dans le dernier vers; mais une idée ne remplace pas un mouvement.
Géméreux ineonnug, d*un regard moins eévère. Considérez Vobjei de tant d'inimitié.
Tout cela est vague et faible , et n'est point dans Sophocle. Philoctète ne les appelle point généreux , car il ne sait point encore s'ils le seront, et tout ce qu'il dit peint la défiance naturelle au malheur; et si leur regard est sévère, pourquoi les suppose-t-il généreux? Ce sont des chevilles qui amènent des inconséquences. Pourquoi leur parle-t-il de tant d'inimitié? Toutes ces expressions parasites ne vont point au fait , ne rendent point ce que dit et doit dire Philoctète :
« Ayez pitié d'un malheureux abandonné dans un désert, sans secours , sans appai. »
Cette analyse peut paraître rigoureuse : elle n'est
pourtant que juste; elle.est motivée, évidente, et porte sur des fautes capitales. C'est en examinant dans cet esprit la poésie dramatique que Ton concevra quel est le mérite d'un Racine et d'un Voltaire, qui, dans leurs bons ouvrages, ne commettent jamais de pareilles âutes. Cest ainsi que l'on concevra en même temps pourquoi il n'est pas possible de lire une scène de tant de pièces applaudies un moment par une multitude égarée, et dont les suocèa scandaleux nous ramènent à la barbarie.
Il me reste à parler des choeurs que j'ai supprimés. On sait ce qu'ils étaient chez les Grecs ; des morceaux de poésie lyrique, souvent fort beaux, qui tenaient à leur système dramatique , mais qui ne servaient de rien à l'action , quelquefois même la gênaient. Je les ai retranchés tous, comme inutiles et déplacés dans une pièce faite pour être jouée sur la scène française. Cette suppression , quoique indispensririe, n'a pas laissé que de choquer beaucoup un amateur des anciens ■, qui m'en fit une verte réprimande , et se plaignit eooore de quelques autres torts qu'il prétendait que j'avais faits à Sophocle. Je ne répondis point alors à cette diatribe; mais aujourd'hui qu'elle me fournit l'occasion de nouveaux éclaircissements sur le théâtre des anciens comparé au nêtre , je vais diséuter en peu de mots les observations de YcuUeur anonyme.
Il me reproche de n'awAr pas des idées tout à fait Justes sur la simpUcité des aneiene drames» Sans doute, dit-il, iis étaient simples p mais non pas nus et sans action.
Pour que ce reproche fût fondé, il &udrait que j'eusse dit ou insinué quelque part que les drames grecs étaient nus et sans action s mais je ne i'ai jamais dit ni pensé. Vous avez vu que j'établissais une différence très-grande entre Eschyle et ses deux successeurs , précisément parce que les pièces du premier étaient dénuées d'action et d'intrigue, et que les deux autres, plus savants dans Tart, ont mis dans leurs ouvrages ce qui manquait à ceux d'Esehyle. J'ai ajouté , il est vrai , que les chœurs tenant une grande place dans les tragédies grecques , et ne pouvant avoir lieu chez ooug , ces pièces , fidèlement traduites , ne pouvaient fournir aux modernes que trois actes ; et j'ai avoué que nous avions porté plus loin que les anciens Fart de^Ia contexture dramatique, et mieux connu les ressources nécessaires pour soutenir une intrigue peor dant cinq actes : je crois tout cela ineootestable. Si j'ai parlé dans un auti:e endroit de cette simplicité si nue de Philoctète, cela ne voulait pas dire quUI
t L*abbé Âager, mort dep«ils, et ^ alofs m se pas.
ANCIENS. — POÉSIE
(ttt taiu aeUan ; car une pièce san» tution est t eslentiellement mauvaise, et ne mérite ni d'être traduite m d*étre jouée. J'ai voulu dire seulement qne Philodéie était la pièce la plus simple des Grecs , qui n'en ont guère que de très-simples; et qu^il n'y en a pas une dans Euripide ni dans So* pbocle où l'on ne trouve des incidents plus variés, plus de personnages agissants et plus de spectacle.
A l'égard des choeurs supprimés, je pourrais trancher la question en un mot, en m'appuyant sur Fttsage établi parmi nous , et rappelant au critique ce que tout le monde sait , qu'une pièce avec des chonirs ne serait pas jouée, et que, si les comédiens voulaient exécuter ces chœurs , le public se moquerait d^eux. Cest précisément ce qui arriva à la première représentation de VOEéUpe de Voltaire. Il avait, par complaisance pour le savant Daeier, laissé subsister on chœur qui ne récitait que quatre vers : le public se mit à rire, et il fallut retrancher du théâtre ces quatre vers que l'auteur a conservés dans toutes les éditions :
O mort! Doas implorons too ftmeste seooon, etc. Mais le critique , qui , à l'exemple de Daeier, ne veut pas qu'on Ôte rien aux anciens , ne se rendra peut-être pas à l'autorité de l'usage ; il voudra des raîsfms. Eh bien ! il faut lui en donner ; et il suffira de lui présenter des observations qui lui paraîtront décisives « s'il les soumet à un examen impartial et réfléchi.
D'abord , il faut se rappeler que la tragédie et la comédie dies les Grecs ne furent , dans la première origine , rien autre chose que ce que nous appelons un chœur. La scène et le dialogue ne furent inventés qne dans la suite , et ce fut à Eschyle qu^on en eut robligalion. Cest ce que Boileau a si bien exprimé dans V^rt poétique :
Exhyle dans 1« cheear Jeta les personnages , lydn nasqpie phis honnête bàbUla lies visagrs, etc.
Mais comme rien n'est plus naturel aux hommes de tous les pays qu'un grand respect pour toute origine antique, Il est probable que l'on conserva d'abord les chœurs, parce qu'ils étaient anciens, et qu'on les crat de l'essence de la tragédie, quoiqu'il soit ûcile de démontrer que, s'il y a des occasions oi!k Ton peut admettre un chœur sur la scène , il y serait k plus souvent très-déplacé. Quant à nous , dont les premières pièces ont été dialoguées , nous n'avons pas eu la même vénération pour les chœurs ; et de plus, une raison péremptoire, et prise dans la nature des choses, a dû les bannir de notre théâtre tragique : c'est que Texécution en est impossible dans le qrstènie de la tragédie déclamée. Comment Vanonyme ne s'esf-il par souvenu que chez les an-
ciens, les chœurs, ainsi que le dialogue, étalent chantés? Or, qui ne voit que dans ce cas, assujettis à l'harmonie et à Tunité d'effet , ils pouvaient produire un plaisir de plus, comme dans nos opéras ; au lieu que des chœurs parlés ne peuvent former qu'une confusion de sons, une cacophonie ridicule et désagréable, essentiellement contraire aux lois du théâtre, où rien ne doit blesser les eens?
Examraons maintenant ce que dit l'anonyme des fonctions du chœur chez les anciens, et ce qu'il voudrait que j'en eusse fait dans Philbctèie.
« Le chœur contribuait beaucoup au spectacle et à remplir la scène. »
Qui, mais plus souvent encore il nuisait en blessant la vraisemblance.
« C'était un 4es personnages de la pièce; il ei^ iSùsait une partie intégrante, et ne pouvait en être séparé. »
On vient de voir pourquoi il n'en est pas de même parmi nous, chez qui la tragédie n'est point chantée; et je ne vois pas ce qu'on peut répondre. L'anonyme cite ie vers d'Horace {de Art. pœt.) :
jictorit paritM ckona , «g^fettim^iM otnie.
Il n'avait qu'à continuer à transcrire tout ce mor* ceau de VArtpoéUque qui regarde le chœur : il n*en faut pas davantage pour prouver ce qu'il avait de défectueux , et combien nous sommes fondés à ne pas l'admettre sur un théâtre perfectionné. Voici donotce que dit Horace :
A Que le choeur tienne la place d*un personnage et en remplisse les fonctions ; qu'U ne citante rien entre les actes qui ne tienne au sujet ; qu'il favorise les bons et leur donne des conseils utiles ; qu'il réprime la colère et encourage la vertu; qu'il loue la frugalité , l'équité , conservatrices des lois qui assurent la tranquillité des États; qu'il garde les secrets contés ; et qu'il prie les dieux de secourir les malheureux , et d'humUier les superbes. »
Cette morale est excellente. Mais n'esi-ii pas évi« dent que ce personnage moraliste est à peu près étranger à la pièce , puisqu'il ne partage ni les in* térêts ni les passions d'aucun personnage, et que lui-même n'en a d'aucune espèce ? Or , rien n'est plus contraire à tout système tbéâtraT bien entendu. Horace veut qu'i/ garde les secrets. Et qu*est-ce que des secrets confiés à une assemblée? Cela rappelle ce vers d'une comédie :
On ne le saura pas : le pubUc «t discret
Un seul exemple peut faire voir quels étaient les inconvénients de ce chœur que l'on n*osait jamais bannir de la scène. Plièdre, devant un chœur de femmes , se livre à tous les emportements d'une passion qu'elle a tant de peine à avouer à sa nourrice, et qu'elle voudrait se cacher à elle-même : il n'y a
œUBS DE UTTÉRATURE.
guère dlDTraisemhlanoe plus forte \ et voilà ce que fieuvent produire l'habitude et le préjugé chez les nations les plus éclairées.
Prenons la supposition la plus favorable. Peut-être Tanonyme aurait-il désiré que j^eusse conservé les chœurs, non pas dans les entr*actes pour les y faire parler tous ensemble , mais dans les scènes , où ils se seraient mêlés au dialogue , apparemment par Torgane d*un seul interlocuteur. Je réponds que, dans cette supposition même, je n'aurais rien gagné ni pour le spectacle ni pour l'action : pour le spectacle, parce qu'une poignée de soldats grecs toujours en scène n'ofi&eni pompe ni variété; pour la scène, parce que cet interlocuteur supposé n'aurait été qu'un confident ordinaire ; et quand une scène de confident n'est pas nécessaire à l'exposition des faits ou au développement des situations , c'est un défaut réel qu'il faut soigneusement éviter sur notre théâtre, où l'on ne craint rien tant que la langueur. Cest * par cette raison que dans toute la pièce je n'ai fait usage d'aucun confident, d'aucun interlocuteur subalterne, paorce que j'ai ?u qu'il n'y avait pas un seul moment où ils pussent faire autre chose que répéteree qu'avaient dit lesprincipaux personnages,
« Un soldat vient «aniimoef froidement que Philoctète approche. »
Je ne vois pas comment il l'aurait annoncé chaudemefU,
« Cela vaut-il ce cri conftis et lamentable qu'on doit entendre dans l'éloignement, et qui doit faire firissonner le spectateur. »
Je me suis bien gardé de faire entendre ce cri. Quel efifet auraient produit ensuite les cris que pousse Philoctète dans l'accès de douleur qui le saisît? Non bis in idem. Il ne faut pas employer deux fois le même moyen. Si l'on veut montrer Philoctète soufiùrant, à la fin de la scène, il ne faut pas le montrer tel en arrivant; car alors il n'y aurait plus de progression.
Voilà ce que l'étude réfléchie des effets du théâtre, observés depuis cent cinquante ans , a pu enseigner aux modernes; voilà cette perfection des détails et des accessoires qu'ils ont pu ajouter à ce bel art que les anciens leur ont appris; et voilà, en un mot, ma justification pour le peu de changements et de retranchements que je me suis permis.
L'anonyme finit par un aveu aussi singulier qu'ingénu : c'est qu'i/ n'a aucune connaissance de notre théâtre. J'aurais cru que cette connaissance était nécessaire pour juger ce qu'avait dû faire un auteur qui transportait une pièce grecque sur le théâtre français.
Plus j'admirais Soj^ode, p^s je me suis cm obligé de faire, autant qu'il était en moi, ce qu'il eût fait s'il eût travaillé pour nous. I.a fin du dernier acte, par exemple, exigeait un retranchement assez important. Après que Philoctète, par un mouvement naturel et irrésistible, s'est jeté sur ses flèches pour en percer Ulysse au moment où il l'aperçoit, Sophocle prolonge en dialogue une scène qui ne comportait plus que de l'action, et Ulysse et Philoctète se parlent encore longtemps avant qu'Hercule paraisse. Ici c'eût été une faute inexcusable. J'ai réuni ces deux moments , et j'ai fait paraître Hercule précisément lorsque l'aV^ion est dans son point le plus critique , lorsque Philoctète n'a plus rien à entendre, et qu'Ulysse n'a plus rieaà dire ; lorsque enfin , malgré les efforts de Pyrrhus , la flèche fatale est près de partir : c'est alors que le tonnerre gronde, et que l'intervention nécessaire d'un dieu peut seule arrêter la vengeance et la main de Philoctète. C'est aiqsi que ce dénoûment, qui semblait hasardé sur notre scène, a paru former oo spectacle frappant et un coup de théâtre d'un grand effet.
Cependant l'anonyme regrette encore les adieux de Philoctète dans Sophocle,
« ces adieux si touchants, qui tenninent'si bien la pièoe , et que l'auteur du Télémaque n'a en garde d'omettre. »
Vraiment je les regrette aussi, et ^ j'avais fait un poème , je ne les aurais pas retranchés. Mais quand le nœud principal est coupé, quand le spectateur n'attend plus rien , des apostrophes accumulées à la lumière, à la caverne, aux nymphes, aux fontaines , à la mer, au rivage « peuvent fournir des vsrs harmonieux, et n'être pour nous qu'un lieu commun qui allonge inutilement la pièoe. Omne supervaemtm, etc.
' On a reproché au fils d'Achille de se plier à la dissinralation, et même de savoir à son âge trop bien dissimuler. Mais que l'on songe qu'il avait ordre de suivre en tout les Conseils d'Ulysse, et que , s'il ne les suit pas , il perd tout espoir de prendre Troie et de venger son père. Sont-oe là de faibles motifs pour Pyrrhus? Les leçons d'Ulysse sont si bien tracées , qu'il ne &ut pas une grande expé* rience pour les suivre; et pourtant combien Pyrrhus résiste avant de s'y rendre ! et avec quel plaisir on voit ensuite ce jeune homme revenir à son caractère qu'il n'a pu forcer qu'un instant , et céder à la pitié après avoir cédé à la politique ! Que le moment où il rend les flèches à Philoctète est noble et attendrissant I et que c'est bien là le tableau de la nature , telle que Sophocle savait la peindre 1
Jecroisqu'il a marquéaossibeaucoupde jugement
ANCIENS. — POÉSIE
en s'écartant de la tradition reçue, qui attribuait la blessure de Philoetète à Tune de ces flèches terribles qui tomba sur son pied , pour le punir d'avoir violé son serment en révélant le lieu de la sépulture d*Hercule. Sophocle a bien fait , ce me semble , de rejeter cette tradition , comme peu honorable pour son héros , et d'y substituer le serpent du temple de Cbrjsa.
A l'égard de son style, j'aurais été assez payé de mon travail par ce seul plaisir que l'on ne peut goûter qu'en traduisant un homme de génie. Il est doux d*être soutenu par le sentiment d'une admiration continue , et c'est alors que l'on jouit de ce qu'on ne saurait égaler.
8BCT10II iT. — Dïmipide.
Euripide était né à Salamine, au milieu des fêtes que Ton célébrait pour la victoire qui a rendu ce nom si fameux. 11 cultiva d'abord la philosophie sous Anaxagore et Socrate : c'était le temps où elle commençait à régner dans Athènes. Mais Euripide , effrayé des persécutions qu'elle avait attirées à son premier maître, Anaxagore, qui eut besoin, pour y échapper , de tout le crédit de Périclès , se tourna vers le théâtre, et eut bientôt des succès assez éclatants pour balancer ceux de Sophocle. La jalousie les brouilla d'abord ; mais dans la suite ils se rendirent une justice réciproque, et devinrent amis. Euripide composa environ quatre-vingts pièces, dont quinze furent couronnées. Il nous en reste dix-huit. Appelé à la cour d'Arcbélaiis, roi de Macédoine, il fut honoré de la faveur de ce prince , et comblé de ses bienfaits. Sa fin fut malheureuse : s'étant trouvé seul dans un lieu écarté , il fut dévoré par des chiens. Les Athéniens redemandèrent son corps pour loi donner la sépulture la plus honorable. Mais Arefaélaûs refusa de le rendre , jaloux de conserver h la Macédoine les restes d'un grand homme, et les Athéniens se réduisirent à lui élever un cénotaphe.
Je m'arrêterai plus ou moins sur chacune des pièces qui nous restent de lui , selon le degré de leur mérite, Tîntérêt qu'elles peuvent avoir pour nous par les imitations qu'on en a faites , et les instructions qu'on en peut tirer. Je commencerai par dire un mot de celles qui ne sont pas dignes de la réputation de l'auteur, et qui semblent se rapprocher de l'enfance de l'art.
Les Bacchantes ne méritent pas même le nom de tragédie, à moins qu'on ne restreigne ce nom à la signification qu'il avait du temps de Thespis : c'est une espèce de monstre dramatique eu l'honneur de Baechus. Le sujet est la mort de Penthée déchiré par sa mère « à qui Baechus a ôté la raison pour ven-
L4 nàXn. TCME. — I.
ger sur ce malheureux prince le mépris de son culte. Cette fable atroce peut tenir une place dans les Métamorphoses d'Ovide; elle est dégoûtante dans un drame, et Euripide a mêlé à ces horreurs absurdes le délire des orgies et le ridicule de la farce. On y fait d'un bout à l'autre l'éloge du vin et de l'ivresse; ce qui fait conjecturer à Brumoy que la pièce fut composée pour les fêtes de Baechus. Ce dieu vient pour établir à Thèbes sa divinité et son culte; il parait sous la figure d'un fort beau jeune homme, et a bientôt un p^rti puissant parmi les dames thébaines. Mais le roi Penthée , à qui l'on veut Iç faire reconnaître, assure que, si le prétendu dieu ne sort pas de Thèbes, il le fera pendre. Baechus, pour se venger de lui , le rend fou. Pïous avons déjà vu Minerve dans Sophocle en faire autant d'Ajax ; mais il faut avouer que cette folie a tout un autre air que celle de Penthée, tant il est vrai que tout dépend de la couleur que le poète sait donner aux objets. Le roi de Thèbes fait à peu près le rôle du roi de Cocagne. Il prend le thyrse et une robe de femme, et se fait coiffer sur le théâtre par Baechus même, qui est en grande faveur auprès de lui. Tout cela ne serait que grotesque si Penthée ne finissait pas par être mis en pièces par sa mère Agave , que le dieu a aussi rendue folle , et qui revient sur la scène rapportant la tête sanglante de son fils , qu'elle prend pour une tête de lion. Si l'on n'avait jamais fait un autre usage de la Fable , il n'y a pas d'apparence qu'elle eût fait une si grande fortune.
Au reste, on peut remarquer que c'est une vengeance très-commune parmi les dieux que d' ôter la raison aux hommes pour leur faire commettre les plus horribles atrocités. Nous allons en voir un autre exemple aussi révoltant dans une autre pièce du même auteur, V Hercule furietix y un peu moins ridicule que les Bacchantes , mais qui , pour cela , n'en vaut guère mieux. Amphitryon raconte naïvement dans un prologue toute l'histoire que Molière, après Plante, a rendue si comique. Il rappelle la naissance d'Hercule. Ce héros est absent, et on le croit mort. Un certain Lycas a tué Créon, roi de Thèbes, et s'est emparé du trône : il veut faire mourir le vieil Amphitryon, Mégare sa belle-fille, femme d'Hercule, et leurs enfants, de peur qu'un jour quelqu'un d'eux ne venge la mort de Créon. Toute cette famille proscrite s'est réfugiée auprès de l'autel de Jupiter, comme à un asile sacré et inviolable : cet autel a été élevé par Hercule lui-même , à la porte de son palais; mais Lyoas menace d'y faire mettre le feu. Alors Mégare, perdant toute espérance, demande qu'il lui soit permis de mourir en victime avant ses enfants, «t de les parer de leurs
COUBS DE UTEÉRÀTURE.
vêtements funéraires. Lycas y consent, et leur permet d^entrer dans le palais pour faire ces tristes apprêts. Il sort en disant qu'il reviendra pour les sacrifier. Alcmène arrive aussi pour être témoin de cette exécution; mais Hercule vient à propos pour Tempécher. On s'Imagine bien que tuer Lycas n'est pas une grande affaire pour celui qui vient de tirer Thésée dos enfers, et d'enchaîner Cerbère; et la pièce parait finie après la mort du tyran et la délivrance des proscrits. Point du tout : nous ne sommes qu'au troisième acte , et voici une seconde pièce qui com» mence , et même, comme la première, par un prologue; mais dans celle-ci c'est une divinité qui le prononce. Iris, messagère des dieux, parait dans les airs , accompagnée d'une Furie , et nous apprend que Junon, n'ayant pu faire périr Hercule aux enfers , a pris le parti de lui ôter la raison , et de lui inspirer une telle fureur, qu'il va massacrer la mère et les enfants qu'il vient de sauver* En effet , la Furie s'empare d*Hercule, et tout s'exécute comme on l'a prédit. Hercule se dépouille sur la scène; croit combattre Eurysthée, et se bat contre les vents ; et, quand il a tout tué, il s'endort. Siur quoi Brumoy fait cette réflexion naïve, :
« En bon français, Uercole est on fou à lier, pire que le Roland de VArioste. N'imitons pas ces traits d'Euripide pour notre siècle , mais aussi ne le condamnons pas légèrement dans le sien. »
Le respect est ici porté un peu loin. Je crois qu'on peut condamner dans tous les siècles d'extravagantes horreurs, qui né produisent d'autre effet que le dégoût et le ridicule. Alcide, à son réveil, retrouve sa raison, se répand en exclamations de désespoir, et finit par s'en aller tranquillement avec Thésée, qui lui propose de l'emmener dans son royaume d'Attique. Cependant le héros veut auparavant conduire le chien Cerbère chez Eurysthée , pour s'acquitter de sa promesse, et il s'en va en disant :
« Malheureux quiconque préfère les biens et la fjxÀn à un véritable ami 1 »
Cest, dit Brumoy, la moralité de Vouwrage. Elle vient d'un peu loin; et si jamais Euripide n'avait écrit que dans oe goût, on ne l'aurait pas comparé à Sophode.
Hhéitu est d'un genre différent, et n'est pas en* odre une tragédie : c'est l'épisode connu de VlUade rais en dialogue, c'est Ulysse et Piomède qui tuent Rhésus , roi de Thraee, la nuit même où il arrive dans le camp de ses alliés les Troyens, et qui enlèvent ses chevaux. Il n'y a rien U qui ressemble à un sujet dramatique.
Us SuppliofUes, dont le sujet a quelques rap« ports avec la pièce d'Eschyle qui porte le même nom , se rapprochent davantage du genre et du ton de la tragédie : mais l'espèce d'intérêt qu'on y peut trouver est purement national , et ne pouvait exister que pour les Grecs. Il est encore question de sépulture; et il n'y a que Sophocle qui , dans ces sortes de sujets , ait su mettre des scènes d'une beauté faite pour tous les temps, en attachant un intérêt par* ticulier k ses personnages. Dans Euripide, aU contraire, tout est général^ et par conséquent rien n'intéresse. Il s^agit d'enterrer les Argiens tués au siège de Thèbes. Créon, vainqueur, s'oppose à ce qu'ils soient inhumés, et les veuves et les enfants des morts viennent à Eleusis^, avec leur roi Adraste , prier Thésée, rot d'Attique, d'employer sa puissance pourforcerCréonàrendrelesrestesdeces guerriers. Créon les refuse , et l'on en vient h ude bataille où les Athéniens sont vainqueurs : on rapporte les corps qui faisaient le suyet de la querelle. On voit, en lisant la pièce, que le but principal de l'auteur a été de flatter les Athéniens. La seule chose remarquable pour nous, c'est qu'on y trouve au dénoûment une scène de spectacle qui a pu donner à Voltaire l'idée du bûcher ^Olympie, Évadné, femme de Capanée, l'undes chefis dont on rapporte les corps, monte sur un rocher près duquel est dressé le bûcher qui va consumer les restes de son époux. Comme on n'a pas pris jusque-là le moindre intérêt à cette femme, qui ne paraît qu'à la fin, ni à son époux Capanée, mort avant la pièce, tout cet appareil n'est que pour les yeux. Mais le cinquième acte d^Olympie fait comprendre que , Si la situation de cette princesse avait produit plus d'impression dans le cours de l'ouvrage, ce dénoûment'et ce spectacle seraient du plus grand effet.
Euripide aussi a fait une Thébatdef sous le titre des Phéniciennes. EDe vaut mieux que ce que nous avons vu jusqu'ici. Il y a du dialogue et des scènes éloquentes ; mais le sujet est du nombre de ceux qui sont plus horribles qu'intéressants; et Euripide, comme s'il n'avait pas eu assez du meurtre des deux frères, y a joint très-gratuitement le sacrifice de Ménécée, fils de Créon, dont les dieux demandent la mort par l'organe du devin Tirésias, qui déclare que c'est au prix de ce sang innocent que les Thébains, assiégèi par Polynice et ses alliés, obtiendront la victoire. Cet épisode forme, à proprement parler, une véritable duplicité d'action. Après la mort volontaire de Ménécée , les Thébains sont en effet vainqueiirs. Les deux firères ennemis se sont entre-tués. Œdipe sort de sa retraite poqr venir renouveler ses plaintes et ses lamentations près du cadavre de ses
ANCIENS — POÉSIE
fils, et pour s'en aller ensuite avec sa fille Antîgpne chercher une torobedans rAttique, tandis que Créon, qui a pris le titre de roi , refuse la sépulture à Polynioe. Toute cette fin, qui est très-longue , et la dispute inutile de Créon avec Antigone, qu'il veut marier à son fils , sont hors do Taction principale , et fort loin de cette sage unité qui est un des mérites de Sophocle.
VOreste d^Euripide n'a rien de commun avec les pièces du même non^. L'action se passe sept jours après le meurtre de Clytemnestre. Les Argiens ont eondamné à mort Oreste et sa sœur Electre comme des parricides. Hélène et Ménélas, qui viennent d^arriver dans Argos , au retour du siège de Troie ,avec leur fille Hermione , se préparent avec joie à recueillir fhéritage d*Agamemnon et à profiter des dépouilles de ses enfants, qui n'ont plus d'autre appui que l'amitié et le courage de Pylade. Il leur conseille de tner Hélène, et de s'emparer de sa fille Hermione, comme d'un otage qui peut arrêter les mauvais desseins de Ménélas. Le défaut de cette conspiration, qui d'ailleurs n'a rien d'intéressant, c'est qu'il est impossible d'en concevoir les moyens. Oreste, sa sœur, et son ami Pylade, se trouvent, sans qu'on sache comment, maîtres du palais. Ils y mettent le feu , et Oreste parait au milieu des flammes , le fer levé sur Hermione , et prêt à la frapper, si Ménélas ne révoque sur-le-champ l'arrêt de mort porté contre les enfants d'Agamemnon. On voit que eette situation , employée souvent dans nos romans et sur tous les théâtres modernes, est bien ancienne. Elle est frappante; mais il est difficile de la rendre naturelle, et d'en sortir avec vraisemblance. Euripide s'en tire fort aisément par l'intervention d'une divinité. Apollon descend des cioux , déclare qu'il a sauvé Hélène en la faisant disparaître an moment où l'on croyait la frapper, et qu'il l'a transportée dans les cieux. Il la fait voir dans toute sa gk^ire à Ménélas. On peut dire qne c'est une étrange divinité f mais elle vaut bien les autres. U aBBule l'arrêt porté contre Oreste et sa soeur, ordonnée celle-ci d'épouser Pylade, à Oreste d'épouser oelte même Hermione qu'il était prêt à poignarder, et d*aller subir le jugement de l'Aréopage ; en sorte que la pièee Qnit par un double mariage, dont l'un 8oit0iit doit pandtre bien extraordinaire. Cet ouvrage, ainsi que plusieurs autres d'Euripide, ressemble plus à nos opéras qu'à nos tragédies. Le mer- ▼eillenz y est employé sans art; et les événements y sont accumulés sans pf6para$ioD et sans eff^.
La pièce qni a pour titre Hélène est un roman encore plos singulier, et qui fait voir combien la mythologie était remfdie de traditions contradic-
toires, toutes égalemçpt à l'usage, des gl^^fles. La scène est en Egypte i Hélène, dans ut de ces ptblogues narftitifs qui servent ordinairement d'expîpsition à Euripide, instruit le speetatetuc que l'I^ rope et l'Asie, jen combattant devant T^oie pour Ja cause d'Hélène, se sont armées pour un fafbtêmij; que ce fantôme a été subàtithé^parJÙnon à la véritable Hélène pour troQiper- V^ws et Pille ;>|ue ce prince, qui depuis dû ans crojt posséder la plus belle femme du monde, ne possède ed effet qifune ombre, tandis qu'elle-même, la véritable Hélène, est cachée en Egypte depuis le fameux juveifient du mont Ida ; que le roi d'Egypte, Théoclyménej est amoureux d'elle et veut l'épouser, mais qu'elle a constamment résisté pour demeurer ^dèle à,'son époux, qu'elle espère toujours de revoir. El^ se désole, et ce n'est pas sans sillet,' d'avoir dgps le monde une isi mauvaise réputation , et si peu mé* ritée. Cependant Ménélas, qui revient de Troie, ou il a repris le fantôme , est jeté par le naufrage dans nie de Pharç, où se passe la scène, précis^ent dans le temps où le roi d'Egypte a publié une loi qui condamhe h la mort tous les Orées qui aborde* ront dans cette tle. Ménélas, qui a laissé jdansiine grotte son Hélène &ntasti(jue pour aller à la (|écAiverte, est fort étonné d'en retrouver une aihre; Cette aventure d'une femme double se trouvcd^lis les Mille et tme Nuits, où elle est uft peu mieux placée que dans une tragédie. A la surprise sueçèdb l'éclaircissement, et Ménélas est obligé de se rendre à l'évidence, surtout quand un homme de^sa suite vient, en criant au prodige, lui apprendr^iie l'Hélène de la grotte a disparu , apparemment parce que son rôle de fantôme est fini depuis que la véritable Hélène est retrouvée. Il ne s'agit plus que de sauver Ménélas , et d'en imposer aii roi : Hélène s'en char-, ge. Elle lui fait accroire que son mari est niort, qu'elle vient d'en apprendre la nouvelle par un Grec qui a fait naufrage; ^ ce Grec, c'est Mépélas lui-même, qui paraît iaivec des vêtements déchirée, et pleurant son maître, tandis qu'Hélène, en habits de veuve, se lamente aussi. Toute cette coméM ne manque pas de réussir auprès de Théoclytaéne, aussi crédule que doit l'être toujours En ijifia de tragédie. Il ne doute plus de son mariage ayee Hélène, puisque Ménélas n'est plus; ^, se regart dant déjà comme son marij il lUfNrepréseiite quq set devohr n'est pas de pleurer l'époux qui est mort^ mais d'aimer celui qui est vivant. U lutpermettoute- • fois d'aller faire les funérailles de Ménélas en pleine mer, attendu qu'il est mort siir les^ux. MénéMs et ses Grecs tuent les Égyptiens q^ iiK)ntent le^ I vaisseau, s'enreudeutmattresets'éWgnentàtom^
œURS DE LTTTÉRATIÎRE.
'voil^Sj^ilpant là le tyran pris poar dupe. Celui-ci vétat s'en prendre à sa sœur , une prophélesse nommée Théonoë, pour ne l'avoir pas avertf de tout ce ^ratagème.'!! veut même la &ire mourir, et l'on n/e sait ce qui en serait arrivé, si l'auteur n'avait fas eu 'recours à sesmachines accoutumées. Castor et Pollux descendent des cieux et prennent fait et cause poo Théonoë, dont ils attestent l'innocence. 11s*ordonnent au roi de se soumettre à la volonté des dieux, et prédisent à Hélène les honneurs divins après sa mort; et à Ménéias un séjour étemel dans les Iles Fortunées. Nous voilà un peu loin depuis quelque temps de cette simplicité grecque, qui, comme on le voit , n'a pas. toujours été le caractère d'Euripide, Mais il ne serait pas plus juste de le juger sur toutes ces. productions monstrueuses, que ée juger Corneille sur Pttkhérie, AgésUas, et Suréna,
Ion est une nouvelle preuve que le genre roma* nesque a été connu sur le théâtre des Grecs comme s\jir kt, nôtre. Le sujet est si embrouillé, que j'aime mieux renvoyer à Brumoy ceux qui voudront avoir une idée de cette pièce , que de perdre un temps précieux à 1^ développer. Je me hâte d'arriver à ceux des ouvrages d'Euripide qui méritent plus d'attentioÀ.
Hll y a dans le$ Hértuittdes le germe d'une tragédie; et plusieurs modernes se sont essayés sur ce sujet : c'est la ûimille d'Àlcide poursuivie par Eurysthée, roi d'Argos, et demandant un asile à Démophon , roi d'Athènes. Ce prince , dont le caractère est nobl^iH généreux, s'expose à soutenir la guerre oqiitre Argos plutôt que de violer les droits de Thospîtalité envers ces illustres proscrits. Mais un oracle a déclaré qu'il ne pouvait obtenir la victoire qu'en sacrifiant une fille d'un sang illustre. Macarie , l'une* des filles d'Hercule et d'Alcmène^ s'offre elle-même en sacrifice, et s'occupe surtout de cacher à sa mère sa résolution et sa mort. Il y aurait là de quoi former un^ltud intéressant; mais Euripide n'en profite pas. Macarie est sacrifiée au troisième acte, sans que personne en parie -ou s'en occupe, sans que sa mère le sache; et 11 n'est plus question, dans tout le ^ste ée la pièce , que de la victoire des Athéniens et de la mort d'Eurysthée, dont personne ne se soude. Il n^ a encore là nulle connaissance de l'art dramatique.
La Méâie d'Ettripide a été mise sur tous les théâtres, et imitée par une fôule d*auteurs. Sans doute ce qui tes a frappés, c'est une sorte d'éclat dans le rôle de cette -audacieuse magicienne-, et l'espèce d^intérât qn'ihspire toujours, à un certain point, n^e femme abandonnée par celui pour qui elle a
tout fait. Mais aussi cet intérêt est af&ibli par Tabominable caractère et les crimes affreux de Médée, et par la froideur du rôle de Jason. Cependant les justes ressentiments d'une épouse outragée par uu ingrat, les combats de la vengeance et des sentiments maternels , et la profonde dissimulation dont Médée couvre ses noirs desseins, produisent des moments de terreur et des mouvements pathétiques qui ont fourni de belles scènes. C'est d'ailleurs une des pièces d'Euripide les mieux conduites , si l'on excepte l'inutile rôle d'Egée, qui vient offrir à Médée un asile dans ses États.
Il faudrait avoir toute la partialité que firumoy ne montre que trop en faveur des anciens pour établir un parallèle entre VHippolyfe d'Euripide et la Phèdre de Racine. L'auteur français doit en effet au grec l'idée du sujet, la première moitié de cette belle scène de l'égarement de Phèdre, celle de Thésée avec son filï, et le récit de la mort d'Hippolyte; mais, dans tout le reste, il a remplacé les plus grandes fautes par les plus grandes beautés. La pièce d'Euripide commence, suivant sa Coutume, par un prologue. Vénus est irritée contre Hippolyte , qui méprise son culte pour se livrer tout entier à celui de Diane. C'est pour le perdre qu'elle a ellemême allumé dans le cœur de la reine une passion indomptable. Elle prévient le spectateur de tout ce qui doit arriver, et prédit l'accusation calomnieuse de Phèdre, les imprécations de Thésée adressées à Neptune, et la mort de l'innocent Hippolyte.
« Je sais, dit-elle, que Piièdre m'est fidèle. N'importe, il faut qu'elle périsse. Ses jours ne me sont pas assef chers pour leur' sacrifier ma vengeance. Immolons une victime innocente pour immoler mon ennemL »
Introduire une divinité pour lui faire jouer un ti exécrable rôle, et annoncer ainsi d'avance tout oe qui va se passer, c'est ramétaer l'art à son enfance; et après les pas qu'avait £iits Sophocle, ces fautes énormes d'Euripide ne sont nullement excusables. 11 n'a point mis d'épisode dans cette pièce; mais aussi a-t-il laissé beaucoup de langueur dans l'action. Les conversations de Phèdre avec sa nourrice remplissent les deux premiers actes. Celle-ci s'est chargée de faire des propositions à Hippolyte, tndéoence grossière qui ne serait pas tolérée sur un théâtre épuré. Le jeune prince entre sur la scène en repoussant, avec des cris d'indignation, la malheureuse confidente, qui veut endirasser ses genoux poar l'engager au moins au silence. Il répète devant'un chœur de femmes les infâmes propositioiia qu'on vient de lui faire, comme la reine elle-même a devant ces mêmes témoins exhalé toutes les fureurs d'une passion criminelle, en sorte que la bienséance
ANCIENS. — POÉSIE
et la viaiieiDblafice sopt également violées* La Ion- | gue déclamation d'Hippolyte contre les femmes n'est pas de meilleur goût.
« PaUsaat Jupiter» pourquoi ayez^yous permis qu'on ytt paraître 8008 le toieil un mal aussi dangereux que ee aeie P N'y 8¥ait-a pas d'antre voie pour produire la race mortelle? ITeût-fl pas été plus sTantageux pour les hommes de porter dans TUS panis l'airaiD, le fèr et l'or, pour acheter des enfimts à proportion des offrandes, etc.? «
Suit une satire de quarante vers contre le mariage , contre les femmes beaux-esprits , contre les agentes d*amour, enfin tous les lieux communs dignes du Mt dTArnolphe quand il donne toutes les femmes au diable, mais bien indignes du théâtre de Melpomène. On a beau dire que ces endroits faisaient allusion aux mceurs d'Athènes : la tragédie n'est point la critique des mœurs sociales; cette critique est le domaine de la comédie; et Hippolyte ne doit point parier comme un vieillard ridicule et jaloux. Rejetons dans tous les temps ce qui est dans tous les temps mauvais.
Phèdre, après avoir maudit sa confidente, sort poor aller se pendre. On apprend sa mort, et la pièce est r^lièrement finie, que Thésée n'est pas encore arrivé^ autre défont impardonnable. Voici bien pis : il trouve entre les mains de sa femme morte une lettre qu'elle a écrite avant de se tuer , dont il reconnaît le caractère et qui accuse Bip* polyte. Ainsi la mort, qui est pour tous Jes hommes le moment du repentir, a été pour Phèdre le moment d'un dernier crime. Elle poursuit après sa mort celui qu'elle a aimé pendant sa vie. Il faut le dire : c'est un démenti formel donné à la nature, an bon sens, à tous les principes de l'art. Il ne faut point faire grâce à ces honteuses absurdités qtie les partisans maladroits et superstitieux des anciens ont cru devoir dissimuler. Si la Phèdre de Racine était faite dans ce goût, serait^le supportée un moment? Supporterait-on qu'après le récit du désastre affreux d'Hippolyte , Thésée s'exprimât ainsi :
« Jeravooerai : ma haine poor un perfide m'a fiût écouter ee rtot avee quelque aorte de satisfaction. Mais enfin je sens que la piété envers les dieux et ma tendresse pour un fis, tout coupable qu*il est, s^ réveillent dans mon ccenr. Ainsi sans joie et sans doideur dans cet événement, Je demeure dans rindifférence. »
Et un moment après, comme son fils n'est point . eoèoremort, il ordonne qu'on l'apporte devant lui.
m Je veux le revoir encore, lui reprocher son crime, et acheter de le oonvafaicre par son supplice même. »
Faire des reproches à ^on fils dans l'état où il est! O nature! qui ^tes l'âme de la tragédie, vous que ' les Grecs et ce même Euripide ont souveot peinte
avec des traits si vrais, est-ce ainsi'que vous êtes faite? T a-t^il des femmes comme eette Phèdre, et des pères comme ce Th&ée. Grâces au^ie1,'je n'en croie rien; et si par hasard il y en avait, ce ne serait pas encore une excuse pour l'auteur : il est de principe que les exceptions monstrueuses ne sont point l'objet des arts d'Imitation. ,
La pièce finit comme elle a commencé, par une déesse. Diane vient justifier Hippolyte, et accabler Thésée de reproches. On app&'te sur le théâtre Hippolyte expirant, qui, pour achever de rendre son père plus odieux , lui pardonne sa mort. Cesl allonger inutilement la pièce, pour offrir un défaut de plus. Tel est cet ouvrage, qu'il faut pourtant bien pardonner à Euripide , puisque pousLiui devons celui de Racine.
Si l'on en croit Brumoy , la duplicité d'action est un défaut inconnu aux Grecs. Nous avons déjà vu combien il était fréquent chez Euripide, et nous en verrons encore deux exemples bien remarquables , l'un dans les Troyennes, l'autre dans Hécube ; ce qui n'empêche pas qu'on admire avec raison , dans ces deux pièces, des situations très-dramatiques, et une nature aussi traie, aussi touchante que celle de sa Phèdre et de qttdques autres pièces est fausse et révoltante. Lee Troyennes sont assez connues par la pièce de Ghâteaubrun, qui en est une imitation. La scène est dans le camp des Grecs et devant les ruines de Troie. Les vamqueura vont prononcer sur le sort de leurs captives, d*Héeube, de Polyxène, d'Andromaque, de Cassandre, et d'Astyanax, fils d'Hector. L'intérêt est divisé, et par conséquent afEûbli. Mais pourtant les malheurs réunis sur cette famille royale sont susceptibles de la dignité et de l'émotion tragique qui se font sen tir dans la pièce grecque et dans la française. Polyxène ne paraf t point dans la première^ C'est neur* tant rincerUtnde de son sort qui est l'objet des deux premiers actes. On apprend au troisième qu'elle a été immolée sur le tombeau d'A^hf fie , et qu'Astyanax est condamné à périr. Voilê^ bien une seconde action. Taltybius, officier de l'armée grecque, vient annoncer à la veiive d'Hector oe( arrêt foudroyant. Les plaintes de cette mère désolée, et ses adieux à son fils, sont un des plus beaux morceaux qui soient sortis de la plume d'Euripide; mais il fendrait celle de Racine pour les rendre. H est vrai qu'après ce beau troisième acte qui arrache des larmes, il semble les sécher è plaisir dans le suivant, et £Bdre oublier son sqiet par l'épisode b plus déplacé. Il fait venir, sans la moindre raison, Ménélas tout occupé du soin de se venger de son infidèle Hélène, et prêt à la faire embarquer pour la
COtTBS DB* UTTÉRATUBE.
Grèee, oà il la* fera mourir. )d 8*établit une de ces
soèneâ.de cdntsoyenes dont Ëurfplde a?ait rapporté le goûtée récole^es pKilosdphes, et dont il infeeta le théâtied' Athènes, d'aytant plus facilement que lés- Grecs, natureliéhient subtils et 4^sputeurs, aimaient assez ces sortes de seèoes, opposées ejA général à Te^prit ordinatique» qui veut beaucoup plus de sen* timents quede raisonnemebts, et qui n'admet ceuxci que d^s les situations tranquilles, encore avec beauc<^ d'art et de ftiesure. lilénélas accuse Hélène; I^lène se défend : double plaidoyer suivi d'un trbisième, car Hécube prend là parole; elle se charge ij9 confondre la femme de Ménélas, et paraît en venir à bout ; mais encore une fois, h quoi tout cela Jend-if ? Qu'à distraire le spectateur, pendant un acte entier , de l'intérêt qui i'oodupait , et du sort de là Êimille *de J^ridm.
Un des détails les plus brillants de cette pièce ^ c'est la- prj^phétie de Qissandre, que Châteaubrun a imitée assez heureusement, et qui, dans la nouveauté, contribua beaucoup au succès de la pièce, et commença la réputation de la célèbre Clairon.
N^oublions pas que dans ies Troyennes, comme dans les autres pièces du même auteur , on ne manque pas de retrouver le prologue, qui est de règle chez hii. Les Interlocuteurs sont Neptune et Minerve, qui conviennent de faire tout le mal possiblcf àr la flotte des Grecs.
bans Hécube, du moins; le prologue ne se fait pas ^r une divinité : c'est l'ombre de Polydore, fils de Priam , qui vient raconter toute son histoire, et prédire tout ce que les spectateurs verront. Il a été assassiné par Polymnestor, roi de la presqutle defThrace, à qui Priam l'avait confié- Les Grecs, ail f'etour de Troie , abordent dans cette presqu'île. Hécube , leur prisonnière est avec eux>, et l'ombre d'ilcbitie demande le sacrifice de Polyxène, sans lequ A les Grecs ne pourront pas sortir de la Thraoe. CàX cette même Polyxène qu'Euripide n'a pas vo^Io f(^re paraître dans les TroyenneSy quoiqu'elle y {ioit immolée , mais sur laquelle il a épuisé ici toiijtes les ressources de son génie et toutes les rtchej^es de son éloquence. Les trois premiers actes de cette pièce sont peut-être oe qu'il a fait de plus touchant et de plus parfait. Les deux derniers ne contiennent que la vengeance que tire Hécube de Polymnestor;. et cette seconde action, absoluinent indépendante de la première , a de plus l'inconvénient d'être infiniment moins intéressante. Lais- Bons-H de côté , pour ne nous occuper que de Polyxène. La scène où Ulysse vient la chercher pour la conduire à la moit où les Grecs Font condamnée, les discours de cette princesse et de sa mère, leur
séparation déchinmte, lerAl^même dUlysse, qui, dans un ministère odieux, conserve la dignité convenable, tout est traité atec une supériorité digne dos plus grands modèles. Hécube demande à Ulysse la liberté de l'inlerroger, car elle est captive et parle à un de ses maîtres. Elle lui demande s'il se souvient qu'étant venu à Troie , déguisé et chargé du dangereux personnage d'espion , il fiit reconnu par Hélène, qui vint faire part à Hécube de cette découverte. Hécube n'avait qu'à dire un mot, et tllysse était perdu. Il implora sa pitié , et obtînt d'elle qu'elle le laissât partir. Ulysse convient de tout; et l'on sent quel avantage cet aveu donne à Hécube, qui lui a sauvé la vie.
Sonvlens-tol de œ Jour où , d*ane voix tieiàblante.
Et pressant mes genoux d^ane main suppliante,
Pâle et défiguré par l'effroi de la mort,
A ma seule pitié ta remettais ton sort
Je reçus ta prière, et J^épargpai U vie;
Je te fis échapper d'une terre ennemie.
To dois à mes Iwntés oe Jour qui lutt pour toi,
Et tu peux k 6e point être ingrat envers mol!
Ulysse outrage ainsi ma fortune abattu<> !
S il vit, c'est par moi seule , et è^est lui qui me tue !
Il ffi*arrache ma fiile I Ah ! cruel ! et pourquoi?
Quel dieu vous a dicté cette exécrable loi?
Est-ce AchHle aujourd'hui qui veut une victime?
Dont les roànee veogeors s'arment contre le crime?
Et bi<>n ! sacrifiez h l'ombre d'un héros
L'auteur de son trépas < l'auteur de tous ûos maux ;
Sacrifiez Hélène, odieuse furie.
Et non moins qu'aux Troyeos , fatale à sa patrie.
Si d'une offrande illustre Achille est si flatté,
Sil veut voir sur sa tombe immoler la l)eanté , ^
Hélène, à qui les dieux l'ont donnée en partage,
Remporte encor sur nous ce funeste avantage;
Hélène est phis coupable et phis belle à la fois.
O vous à qui J'adfeûe une débile voix ,
Tous gue J'ai vu Jadis , dans un jour de détresse ,
Prosterné devant moi, supplier ma vieillesse,
Que l'équité vous parte et soit juge entre npos
Faites ici pour moi ce que J'ai fait pour Vous !
J'ai plaint votre infortune, et vous voyez la nôtre;
Vous pressiez cette mata ^ et Je presse la vdtre.
Hécube est à vos pieds; Hécube est mère « héias !
Hélas I n'arrachez point ma fille de mes bras ;
Ne versez point son sang ; c'est assez de caraage.
Mes revers sont affreux : ma fille les soulaise,
Console mes vieu;c ans, adoucit mes douleurs,
Et me fait quelquefois oublier mes malheurs.
Ah ! ne me l'ùlez pas, ne me privez point d'ellel
La victoire Jamais ne doit être cruelle.
Quel vainqueur peut compter sur un bonheur constant?
Je suis des coups du sort un exemple éclatant.
Je régnais^ j*étais mère , et Je me crus tiearease :
Bfon bonheur a passé comme une ombre trompetiie.
Un Jour a tout détruit , et Je ne suis plus rien.
Prenez plUé de mol , laissez-mot mon seul bien ;
Parlez à tous ces cheb , et que voire sagesse
De tant de cruautés fasse rougir la Grèce.
Les femmes, les enfants, dans l'horreur des combats.
N'ont point été frappés do fer de vos soldats.
Estrce au pied dos autels que, souillant votre gloire*
Vous répandrez le sang qu'épargna la victoire?
Eh quoi ! pour des capUb désarmés et soumb
Serez-vous plus cruels que pour vos ennemis?
Parlez, et révoquez l'arrêt de Fii^Justice :
La Grèce VOUS éocmte , et doit en croln Ulysse.
ANCIENS. -^ POESIE
GedlsecNBrs d'Héenbe, dans l'original, semble réunir tons les genres d'éloquenoe : celle de la tendresse maternelle, la dignité d'une reine se mêlant | à la douleur suppliante, Tart d'intéresser Jusqu'à l'arnoor-propre d'un ennemi. Ulysse se défend aussi bien qu'il est possible. Il n'a point oublié ce qull doit à Hécube; mais il n'est que l'organe des volontés de l'armée , il n'est pas en lui de les changer. Si Hécube "pleure ses enfants, combien de mères dans Argos et dans Mycènes pleurent aussi leurs fils tués devant Troie! Enfin Achille, qui a teoûn tant de sernces aux Grecs, a des droits sur leur reconnaissance; et comment lui refuser la Tîetime qu'il demande? Les héros sont jaloux des honneurs dus à leur mémoire. Ici le poète, par la bouche d'Ulysse, &it l'éloge des mœurs grecques , et des nobles tributs qu'elles payaient aux mânes des grands hommes, tandis que dans les monar^ cfaiea barbares leurs services étaient ensevelis avec eux. Hécube, voyant qu'Ulysse résiste à ses prières, exhorte sa fille à le fléchir, s'il se peut, par ses soumissions et par ses larmes. I^ réponse de Polyxène est d'une fermeté qui contraste très-heuavec le désespoir d'une mère.
Ulyue , Je le voto , tous craignes ma prière :
Voln nain ftdt la mienne , et votre front sévère ,
Y&tn reganl Iwiné, se détoolrnent de moi.
RaflMirez-Toiu : des Grecs je remplirai la loi.
De la nécessité Je subirai Pempire :
On ncdoone ma mort , et mon cœor la désire.
raoïais trop à rougir ai, devant un vatnqaeor,
Trop d'amour de la vie eût abaissé mon cœur.
Pooiquol vivralHe enoor? J*ai va régner mon pèse.
Wtputat , respoir et Torgneil d'une mère ,
Croissait dans son palais pour le plus beau destin ,
FMr voir an Jour des rois se disputer sa main ,
Pnor allar emlielttr une cour fortunée
Qa'annit enorgueillie un superl>e hyménée;
Et dana mes Jours de gloire À de prospérité ,
Je a*teviida aux dieux que rimmortalité.
le sols «dave , bêlas ! Ce bom plein d*in€smie,
Ce nom seul me suffit pour détester la vie.
AHendfiHe qu'ici , pour combler mes revers ,
Un maître, à prix d'argent, me donnant d'autres fers ,