PRÉFACE
Qnoiqtte cet ouTrage soit le firait des études de ma ▼ie entière, il est pourtant vrai qu*il ftit composé par ooeasioa , et aecommodé à des circoDStanoes îndépendantes de l'auteur. Jamais peut-être n'y aurai»> je pensé ttam eet étabKssement connu sous le nom de lAfcée, qui pHt naissance au commencement de 17M, e€ qui doit sa première origine au Musée de cet infortuné PUitre de Rosier, que nous avons tu depuis périr dans une dé ses expériences aérostatiques, Tîetime de son zèle pour les sciences. Déjà ce zèle n'aivait pas été aussi lieureux qu'il méritait de l'être, dans la formation de son Mosée. On avait été obligé d'y renoncer et de vendre le cabinet de physique et la bibliothèque. Quelques amateurs des* lettres, et à leur tête MM. de Montmorin et de Montesquiou , dont le premier a péri depuis si malheureusement^ à une époque si affreuse , associés alors avee d'autres actionnaires, firent les fonds du nouvel établissement, dont le plan fiit étendu et amélioré, et qui prit le nom de Lycée. On sait quel prodigieux succès il eut jusqu'en 1789 : ce fut aussi une affaire de mode, comme il arrivait alors à toute espèce de succès, mérité ou non; mais on peut dire que cette fois elle s'y mêla sans y rien gâter. révolutionnaire, qui fut aussi d'abord une de mode, mais absolument nouvelle, et qui ne ressemblait à aucune autre, porta seul au Lycée une atteinte sensible, commune en général à tout ce qui tenait aux lettres, aux sciences, à tout genre d'instruction et de morale. On se rappellera longtemps à quel excès le Lycée fut défiguré et souillé; et c'était un devoir pour moi de consigner dans ce Conrr les souvenirs de cette ignominie. Les espérances que fit renaître une époque salutaire à la France, celle qui mit un terme au règne de la terreur^ ranimèrent un moment le Lycée, et lui rendirent du moins ce degré de liberté qui , sans écarter le danger de parier, ne rend pas cependant le silence indispensable, et permet que le courage de la vérité puisse n*être pas inutile. Mais on conçoit aisément qu*au milieu des secousses politiques, inévitables et multipliées, jamais le Lycée n'ait pu reprendre sa première splendeur; et l'on n*en doit que plus d*éloges aux efforts infatigables de l'administration, qui depuis quelques années lutte contre les
obstacles de tout genre , et tâche au moins de préserver cet établissement d'une ruine totale.
Cependant , par une suite naturelle de cette vogue étonnante et de cet éclat imprévu qui marquèrent les beaux jours du Lycée , je me vis entraîné rapidement, et presque sans y penser, bien au delà de mes premières vues; et des encouragements toujours nouveaux me donnant sans cesse de nouvelles forces pour un travail toujours renaissant, je vis s'ouvrir devant moi une vaste carrière que je n'aurais jamais osé entreprendre, s'il m'edt été donné d'en mesurer toute l'étemfcre, mais qui, s'agrandissant par une progression insensible, me conduisit enfin vers un terme où je n'ai pu parvenir que parce que tout concourait à m'en dérober l'éloignement.
En effet, le premier aveu que je dois faire, c'est qu'une telle entreprise était certainement au-dessus de mes forces, s'il fallait qu'elle fût également remplie dans tontes les parties qu'elle embrasse , et que je n*ai pu également approfondir. J*ose dire même que l'on peut douter qu'un seul homme pût en venir à bout : il faudrait réunir trop de divers talents et de diverses connaissances dont je suis fort éloigné. Nous avons, il est vrai, une multitude de livres didactiques ou de recueils bibliographiques dont je contesterai d'autant moins le mérite, que plusieurs ne m'ont pas été inutiles; mais tous traitent d'objets particuliers, ou ne sont, dans les choses générales, que des nomenclatures et des dictionnaires. Mais c'est ici, je crois, la première fois, soit en France , soit même en Europe , qu'on offre au public une histoire raisonnée de tous les arts de Tesprit et de rimagination , depuis Homère jusqu'à nos jours , qui n'exclut que les sciences exactes et les sciences physiques. Je ne puis trop répéter combien je me sens au-dessous d'un si grand sujet , et si l'on me croyait ici moins modeste que je ne le veux paraître, c'est qu'on me croirait aussi plus ignorant que je ne suis; car il suffit d'avoir étudié, comme je l'ai fait, quelques-uns des objets de ce Cours y pour sentir, comme moi , qu'un seul peut-être demanderait toute la vie d'un- artiste, et d'un bon artiste, pour avoir toute son intégrité et toute sa perfection. Mais on a vu comment j'ai été amené à