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GOCBS DE UTTÉRATOBE.
ancienB <m modernes , le bon «sage de Téloquenee remporte de beauoonp but Tabas; et pour ce gai nous regarde depuis la ré?olution , s*il croit que réioqaence est pour quelque chose dans la masse de nos maux, H est loin de la ?érlté. Mais, si, d'un autre côté, elle n*a pas fait, là où elle s'est rencontrée, tout le bien qu'elle pouvait faire; si elle n'a pas empêché tout le mal qu'ont fait la scélératesse et l'ignorance, c'est que l'éloquence seule ne suffit pas. Cioéron, sll n'eût été qu'orateur, n'eût pas triomphé de Catilina. Il fut homme dlïtat; il eut à la fois et de la fermeté et de la politique : il mit dans ses aetions et dans ses moyens la même énergie que dans ses paroles, et Rome fût sauvée.
L'article le plus important de nos dernières discussions regaide la personne de Cicéron. Je ne prétends sûrement pas qu'il n'y ait aucun reprodie à lui ûiire; mais tous les griefll articulés ici contre lui sont si peu conformes à la vérité historique, que la meilleure manière d'y répondre doit être un exposé dairetprédsdesfititsTéritables. Chacun pourra eonnattre alors fiacilenient ce qu'on peut blâmer dans la conduite de Qcéron, ce qu'on peut excuser, ce qu'on doit louer ; chacun sera dès lors à portée de pro* noncer avec connaissance de cause, et de fonder son jugement sur des résultats positifs. Cette courte disGUsion, qui entre naturellement dans un cours de littérature, peutàla fois nous intéresser et nous instruire.
U ne fallait pas dire que c'est à l'époque la plus éclatante de la vie de Cicéron, celle où il fut nommé père de la patrie, que commencent ses JbtUes, et que sa gloire se ternit. Depuis cette époque jusqu'à son exil , dans un intervalle de quatre années, je ne crois pas qu*il ait commis aucune/otile, et celles qu'on lui attribue id sont des suppositions gratuites.
U ne fidlait pas demander si un homme aussi habile que faii avait démêlé les vues ambitieuses de César : de moins clairvoyants que lui ne s'y trompaient pas ; là-dessus tous les historiens sont d'aeoord* On demande easuitie pourqwH U n'épia point cejemm ambitieux , pourquoi U ne s'opposapoini à ses prétentions. Voyons donc si ce qu'il a fait n'était pas tout ce qu'il pouvait ûure.
On paraît oublier id que César n'était pas encoro alors celui qui menaçait de plus près la liberté : c'était Pompée tout-puissant dans Rome, Pompée qui aurait pu , au retour de la guerre de Mithridate , s'emparer sans obstade de tout le pouvoir qu'avait en Sylla. U ne le voulut pas. Son ambition affectait le titre de premier dtoyen de Rome, et redoutait eehii de tyran; il congédia son armée, et cette
démarche le rendit d'abord l'idole du sénat et du peuple. Il n'avait contre lui que le parti républicain, ceux qu'on appdait optimates, mot qui répondait à l'expression grecqued'arif/ocroto. C'est pour nous un étrange blasphème; mais, en pariant des anciens, nous sommes obligés d'adopter leur langue et leurs idées. Parmi nous, un aristocrate est un partisan d'une noblesse proscrite, et par conséquent un ennemi de notxe démocratie, Chesles Romains, où le gouvernement était entre les mains d'un sénat permanent , quoique la souveraineté fût dans le peuple; chez les Romains, qui avaient conservé le patriciat, quoique les plébéiens fussent susceptibles de toutes les charges sans exception , les aristocrates étaient les amis et les soutiens de la constitution , les ennemis de toute puissance arbitraire, soit qu'on y parvint en flattant le peuple, comme Marins; soit qu'on s'en emparât en s'attachent au sénat, comme Sylla. Les optimates étaient, au temps dont nous parlons, les meilleurs et les plus illustres citoyens de Rome, les Catulus, les Domitius, les Marcellus, les Hortensius, etc., et Cicéron à leur tête, depuis son consulat, quoiqu'il ne fût pas patricien. Mais Caton ne Tétait pas non plus; et je suis sûr que la plupart de ceux qui citent le plus souvent ces deux grands noms de Caton et de Brutus seraient bien étonnés, si on leur apprenait ce que du moins tout le monde doit savoir ici ' , qtte Caton et Brutus étaient les plus déterminés aristocrates qui aient jamais existé. La raison n'a pu que rire de pitié de voir pendant longtemps des gens qui savaient à pdne lire vouloir jeter toutes les nations du monde dans un même moule politique, et injurier même cdles qui prétendaient êtres libres et républicaines à leur manière. On est enfin revenu, quoique un peu tard, de cette démence inouïe, qui malheureusement a été qudque chose de pis qu'un ridicule : on s'est aperçu que ceux qui avaient prodamé les droits de l'homme devaient respecter ceux des peuples, qui tous ont le droit de se gouverner comme il leur platt ; et que , s'il y a un moyen légitimed'lnfluersur les autres gouvernements, c'est de donner dans le sîen l'exemple de la sagesse et du bonheur.
Crassus, ennemi de Pompée, parce qu'il n'avait que des richesses à opposer à sa gloire, ne laissait pas de balancer à un certain point son crédit par une opulence énorme qui offrait tant de ressources dans une république corrompue, où tout était vénal. Leulrs divisions troublaient un peu l'Ëtat , mais maintenaient du moins la liberté. César, qui en sa-
< Lfli éoolet normalcê étaient eompoiéei de dooie eentt iosUtateuft de profeacion.
ANCIENS. — ÉLOQUENCE
vaît pins qu*eox denx; Gésar, qoe sa hante naissance et ses grands talents ftisaient déjà remarquer ; qui s'était rendu agréable à la multitude par ses profusions et sa popularité; qui s*était conduit dans son gouvernement d'Espagne de manière à mériter un triomphe; Gésar sentit qu'il avait besoin de ces deux hommes, qui lui étaient supérieurs par l'âge et le crédit, et il se rendit médiateur entre eux , pour s'en servir, les tromper, et les renverser. Apprenons des historiens les motifs qu'il employa auprès d'eux. Quefaites-voui, leur disait-il, parvoi dissensUmi éiemeiies, H ce n'est d'itugmetUer la puissance de Ckéton et de Catonf Ugvons-nous ensemble c nous std(fuguerons tout; nous Jerons dtsparaitre touie autre autorité, et nous serons setds maUres de la répMique.
Cicéron , en effet, depuis son consulat, avait dans le gouvernement une influence assez prépondérante pour que Pompée lui-même en fAt jaloux. Les détracteurs de Cicéron, c'est-à-dire les restes impurs de la conspiration de Catilina , tous ceux qui en avaient été les fauteurs secrets; en un mot, tous les mauvids citoyens, traitaient de tyrannie cette autorité que Cicéron ne devait qu'à ses talents , à ses vertus , à ses services , et dont l'exercice était toujours légal ; et remarquons , en passant, que les méchants traitent toujours la loi de tyrannie, et ne donnent jamais le nom de liberté qu'à l'anarchie, parce que, sous le règne de la loi , ils ont tout à craindre , et dans l'anarchie tout à gagner. Il semblerait qu'on ne dût plus se laisser prendre à des pièges connus depuis tant de siècles , et que l'application de ces vieilles vérités ddt être un sûr préservatif contre des abus si grossiers. Mais la plupart des gouvernés ignorent ces vérités, la plupart des gouvernants manquent de courage pour les appliquer ; et c'est ainsi que se vérifie le mot de Fontenelle , que les sottises des pères sont perdues pour les enfants.
Cicéron et Caton virent vennr le coup, et réunirent leurs efforts pour s'y opposer. Cicéron surtout, qui aimait Pompée, et dont Pompée faisait profession d'être Fami , n'oublia rien pour lui ouvrir les jeux sur la politique de César, et sur les suites funestes qu'elle pouvait avoir, si Pompée et Crassus Munissaient à lui pour le porter au consulat. Pompée ne voulut rien entendre : cet homme, qui n'eut rien dans un haut degré, si ce n'est les talents militaires, trop exaltés d'abord en lui parce que sa fortune fut encore au-dessus, trop rd>aissés ensuite parce qu'elle l'abandonna devant César, qui était supérieur à tout; cet homme, 'plein de petites passions qui lui faisaient oublier de grands
sot
1 dissimolésans être fin, el toujours dupe de sa vanité infiniment plus que Qcéron, à qui peutêtre on ne l'a tant reprochée que parce qu'elle se mêlait en lui à l'amour de la véritable glohre; Pompée ne vit que l'assurance de ne plus trouver d'obstacles à ses volontés, et repousa toute idée de danger par la confiance présomptueuse d'être ton* jours à portée d'arrêter César quand il le voudrait. Ainsi se fomyi le premier triumvirat : on sait quelles en furent les suites. Pompée ne pardonna pas à Cicéron d'avoir voulu l'empêcher : César lui en sut très-mauvais gré. Devenu consul, il fit passer, aveo l'appui de Pompée et des tribuns, les lois les plus pernicieuses, et obtint enfin ce qu'il désirait, comme le grand moyen de domination, le commandement d'une année dans une province à conquérir, dans les Gaules. Tous deux abandonnèrent aux fureurs du tribun Clodius Cicéron, qu'ils voulaient absolument éloigner de Rome, ainsi que Caton , pour y dominer «ans résistance. Cicéron alla en exil pour ne pas exciter une guerre civile; et, n'ayant point de prétexte contre Caton, ils s'en défirent en lui donnant le gouvernement de l'Ile de Chypre.
Qu'on nous dise maintenant que Cicéron ekvait éclater, tonner, sonner le tocsin dans home, etc. : cela prouve seulement qu'on ne connaît pas assee les mœurs de Rome et de l'histoire. Quelques observations en donneront une plus juste idée. Il fout se souvenir qu'à Rome tous les grands pouvoirs , tous les moyms d'action, étaient dans les magistratures, dans l'usage ou l'abus plus ou moins étendu que l'on pouvait faire d'une autorité qui n'avait de frein que le danger d'être mis en jugement en sortant de charge ; danger que ces magistratures mêmes mettaient souvent en état de prévenir. Tout se Élisait donc par des formes légales , si ce n'est « quand on recourait ouvertement aux armes; ce qui , depuis Sylla, n'arriva que lorsque César passa le Rubicon. On nous dit : Que faisait Cicéron quand César se perpétuait dans son commandement, au nUpris des loisf Point du tout, ce ne fut pas oti mépris des kis, mais en vertu des lois , en vertu d*un décret rendu par le sénat, «t soutenu par les tribuns et par Pompée , que César se fit renouveler pour cinq ans le commandement dans les Gaules. Et que pouvait faire Cicéron contre Pautorité du sénat et du peuple? Son accusateur a l'air de croire qu'il en était de Rome comme de la petite république d'Athènes, où le peuple, peu nombreux, traitait par lui-même toutes les grandes affaires 01^ le crieur pnblio disait au nom du peuple : Qui veut parler ? Il a Fair de croireeu conséquence que Cicéron pouvait ûûre avec la parole tout ce qu'a fbit
COURS DB LirTÉRATUBE.
Démostliènes. Nullemeat. A Rome, toot était nibordonné aux magistrats : au sénat , tout dépendait primitivement des consuls; dans rassemblée tlu peuple, tout dépendait des tribuns. Ces magistrats pouvaient convoquer ou dissoudre à leur gré les as» semblées : les tribuns particulièrement pouvaient empêcher qui que ce fût de parier au peuple sans lour permission ; c'était un des droits de leur charge. Ainsi , quand les triumvirs étaient assurés des consuls etdes tribuns (et ils en avaient les moyens) , rien ne pouvait leur résister. Caton voulut une fois s*opposer à une loi de César, alors consul. César, qui était à la tribune aux harangues avec les trilnms , fit conduire Caton en prison. Il y a plus ; les consuls et les tribuns étaient les maîtres de suspendre toute espèce d'assemblée, et , par conséquent^ toute élection de magistrats. Cest ce qui arriva quand Pompée voulut forcer les Romains à le nommer dictateur. La faction dont il disposait arrêta tout élection, et l'on finit par le nommer seul consul; ce qui était sans exemple , et ce que Caton lui-même approuva, parce qu'un gouvernement, irrégulier, disait-il , valait encore mieux que Tanarehie.
Vous concevez maintenant que Téloquence et la vertu même ne pouvaient pas tout faire , et qu'il allait de la politique. Quelle était celle de Cicéron? De balancer et de contenir, les uns par les autres, ces citoyens ambitieux qui se disputaient le pouvoir; et certes, il n'y avait rien de mieux à f&ire. Il connaissait parfilitement Pompée et César; il vit bien que ce dernier voulait aller plus loin que l'autre; que l'un voulait dominer dans la république sans la renverser, mais que l'autre foulerait aux pieds toutes les lois, et voulait décidément régner. Il resta donc attaché constamment à Pompée , quoiqu'il eût beaucoup à s'en plaindre. II ne cessa de le mettre en garde contre l'ambition de César; il prévît parfaitement tout ce qui arriverait , jugea parfaitement les hommes et les choses : ses lettres, que nous avons, en font foi. Quand César eut levé le masque et passé le Rubicon, Cicéron ne fléchit point le genou devant ridote^ comme on le lui reproche ici. U s'en fdutde tout. Voici ce qui se passa :
Convaincu que la guerre civile finirait par donner un maître à Rome, il avait toutfait pour prévenir la rupture entre César et Pompée, comme il avait tout fHit auparavant pour empêcher leur coalition. En effet, le triumvirat laissait du moins une apparence do gouvernement légal et républicain, et la guerre civile devait infailliblement amener le pouvoir absolu. Quand les maux sont inévitables, la prudence ne peut que choisir le moindre : Minima de malis est sa devise. La jactance et l'imprévoyance
de Pompée , ^galemerit msensées , avalent tout per* du. Il se vit obligé de quitter en fugitif Rome et lltalie : et pourtant l'autorité légale était de son cêté; et tous les républicains le suivirent, en le condamnant. Cette époque est une de celles qui ont attiré le plus de reproches à Cicéron sur les irrésolutions dont ses lettres nous ont rendus confidents avec Atticus. Je ne crois pas qu'ils soient fondés ; car l'irrésolution n'est pas toujours de la faiblesse. Cicéron n'hésitait pas sur le parti qu'il devait prendre; mais il eût voulu le prendre le plus tard possible, parce qu'il en prévoyait l'issue. Il apprécie les deux partis en deux mots. D'un côté, dit-il , sont tous les droits; de foutre, toutes les forces. César, qui affectait autant de modér^^tion que Pompée affectait d'orgueil , feisait des propositions de paix assez plausibles , et Cicéron eût désiré qu'on s'y prêtât; mais Pompée ne voulait rien entendre. C6ser avançait toujours vers Rome , et se proposait de Gonvoquercequi était restédans la ville de sénateurs et de magistrats, afin de donner à sa cause cette apparence de légalité, toujours si importante dans les mœurs romaines. U se détourne de sa route « et va, suivi de quatre ou cinq cents hommes, demander à souper à Cicéron, retiré dans une de ses maisons de campagne. Vous allez juger, par cette visite et par le résultat qu'elle eut, de qudie haute considération jouissait Cicéron , sans autre puissance que celle de son nom, de ses talents, de ses vertus , et en même temps si cette faiblesse dont on l'accuse alla jamais jusqu'au sacrifice de ses devoirs. César, qui lui rendait plus de justice que nous, n'essaya même pas de l'engager dans son parti ; il se bornait à1ui demander de garder la neutralité, qui convenait, disait-il, à l'âge et à la dignité d'un homme tel que lui, seul en état de se rendre médiateur entre les deux partis, s'il y avait lieu à un accommodement. Il promettait d'en faire les ouvertures au sénat, pressait Cicéron de s'y trouver. Mais si fy vais, dit l'orateur, me sera^M permis de dire ma pensée? -— Sans doute. Alors Cicéron énonça un avis directement contraire aux vues de César. Celui-d s'écrie : f^oilà précisément ce que je ne veux pas qu'on dise. — Je n'irai donc pas au sénat, reprend froidement Cicéron , car je n'y saurais dire autre chose. César répliqua aigrement, et même avec menace. Tous deux se quittèrent fort mécontents l'un de l'autre ; et, peu de jours après, Cicéron se rendit au camp de Pompée.
Que ceux qui le taxent de faiblesse se supposent eux-mêmes dans une pareille conférence avec César, et qu'ils n'oublient pas son cortège, qui, au rapport de Cicéron et des historiens, Cedsâlt fré-
ANCIENS. — ÉLOQUENCE