ANCIENS* — LITTÉRATURE HÉLÉE
Pietor, Geusiiis, GaUm le «enseur, et Valérius Antias, dont il no nous reste rien; mais il a ploa de eritiqae que Tite^Live, et n'adopte rien qu'avec eiamen. Aussi a-t-il éearté plos d'une fois le mer- TeUleox que l'orgueil national ou la crédulité superstitieuse avait mêlé aui origines romaines, aux événements les plus remarquables de oes époques reculées, et que Tite-Iive , au contraire, paraît avoir pris plaisir à orner d'un coloris dramatique. De ce nombre est, par exemple , le trait femeuz de Mudus approchant sa main d'un brasier, Denys n'en dit pas un mot, et raconte le fait de manière que Mucius est ferme et intrépide , sans férocité et sans fureur. Mais pour ce qui concerne le gouvernement intérieur dans tontes ses parties, la religion, le culte, les cérémonies publiques, les jeux , les triomphes, la distribution du peuple en différentes classes, le cens , les revenus publics , les comices , l'autorité do sénat et du peuple ; c'est chex lui qu'il £iut en cherdier la connaissance la plus par&ite; c'est là ce qu'il traite avec le plus de détail , comme étant son olyet prindpal. Il arrive de là, il est vrai , que l'intérêt de la narration est chez lui fort négligé, parce qu'à tout moment les reeherehes et les discussions coupent le rédt des &its, au pofait qu'il a étendu dans treise livres ce qui n'en tient que trois dans Tite-Live, Mais ce n'est pas un reproche à lui ûkire, si nous lui avons l'obligation de savoir ce que les historiens latins ne se sont pas soudés de nous apprendre, uniquement occupés de leurs condtoyens, etfortpeudu reste du monde et de la postérité. Cesten effet à deux Grecs , Polj4ie et Denjs , que nous devons les notions les plus assurées et les plus fiructueuses sur tout ce qui regarde le dvil et le militaire des Romains; et sans doute il est bon que les uns se soient occupés de ce qu'avaient omis les autres.
Je devais ici ce témoignage à Denys d'Halicaroasse, dont la qualité distinctive a été l'érudition critique dans le genre de l'histoire. En fait de littérature et de goût , il n'a guère été, ce me semble, que ce que les andens appdaient un grammairien; car si (^intUien n'est pour nous que le premier des rhéteurs , parce que nous n'avons pas les plaidoyers où , suivant le témoignage unanime de ses contemporains, il avait £ut revivre la saine éloquence et l'honneur du barreau romain , Denys , dans ce qu'il a composé sur la rhétorique, est à une si grande distance de QuintHien, et encore plus de Cicéron, que ceux-d semblent avoir écrit pour les gens de goût de tous les temps, et celui-là pour des écoliers. Ce n'est pas qu'en général ses principes ne soient bons , et ses Jugements asses équitables; mais, sans par- '
1er même de ses étemdles redites , qui font rentrer presque tous ses Traités les uns dans les ttitres , et pour le fond et pour les détails, il paraît n'avoir guère considéré dans l'éloquence qu'une senle partie, celle qui était contenue chez les andens dans le mot générique de composiHan pour les Latins, et pour les Grecs, o6v9imc, et qui comprenait tous les éléments de la diction , la construction , les tours de phrase, l'arrangement des mots, soit pour le sens, soit pour l'ordlle. Il en résulte qu'une partie de son travail est de peu d'usage pour nous, et tdiement (NTopre à son idiome, que nous ne pouvons pas toujours savoir d les reproches qu'il fait aux grands écrivains, dont il épluche les phrases mot à mot, sont aussi fondés que le ton en est affirmatif . Il est difficile de ne pas voir dansce genre de censure, qui tient chez hil une si grande place, une sorte de pédantisme, surtout quand il s'agit d'écrivains de la [Nremière classe , et dont il semble reconnaître plutôt la renommée que sentir tout le mérite. Nous trouvons dans Cicéron et Quintilien quelques observations de ce genre, mais en très-petit nombre , et toujours choisies, de manière que tout le monde peut les comprendre; au lieu que celles deDenys ne sont le plus souvent à la portée que des nationaux. Or, vous vous souvenez que c'était là précisément rofiice du grammairien, qui enadgnait aux jeunes gens à lire les poètes et les orateurs, de façon à connaître les procédés de la langue et du style, et l'effet du nonàl>re et du dioix. Denys ne va guère au delà de ces objets , et parait aller souvent au delà de leur Importance, qui doit toujours être en proportion avec le reste. Homère et Démosthènes sont seuls à l'abri de sa férule, mais il maltraite fort Thucydide et Platon , et revient sans cesse sur le premier avec une sorte d'acharnement. Partout il fiit profession de rendre Justice à leur talent supérieur; nuis pourtant 11 en ûiudrait rabattre beaucoup, s'il y avait dans ses critiques autant d*évidence qu'il y veut mettre de gravité. Pour Thucydide en particulier, nous sommes du moins en état d'apprécier les reproches les plus sérieux, ceux qui tombent sur l'ordre, la méthode et la narration; car tout cda est soumis aux mêmes règles dans toutes les langues, et ne pèche point du tout par les endroits que Denys y trouve x^préhensibles. Il le blâme d'avoir pris pour division de son récit les hivers et les étés ; mais Thucydide fait l'histoire d'une guerre , et il la divise par campagnes, comme cela est assez naturd, et comme il est même d'usage en pareille matière chez les modernes. Il n'y a point de faute dans cette disposition : il y en a encore moins dans le choix du sujet; et, quoiqu'il y ait, même en fait
d'histoire I quelque chose à considérer dans la nature des sujets , qui ne sont pas tous aussi favora* blés , soit pour Tintérét , soit pour l'instruction , on a peine à concevoir ce qu'a voulu dire Denys d'Halicarnasse, quand il fait presque un crime à Thucydide d'avoir travaillé sur cette guerre du Péloponèse , époque désastreuse de tous les crimes et de tous les maux qi)i peuvent nahre de l'ambition , de la jalousie et de la discorde, et que Denys met en opposition avec l'époque que choisit Hérodote, qui fut celle de la constance et de la magnanimité des Grecs. Mais l'histoire n'est-elle instructive et digne d'attention que dans les tableaux des prospérités et de la grandeur ? Les exemples qu'elle trace dans le mal comme dans le bien ne sont-ils pas également une leçon pour les âges suivants ? Et serait-il moins utile d'inspirer l'horreur des crimes que l'émulation des vertus? Si Hérodote avait fait voir combien les Grecs avaient été grands dans la concorde et l'union, que pouvait faire de mieux Thucydide que de montrer ce qu'ils s'étaient fait de mal et de déshonneur dans leurs opiniâtres dissensions et leurs atroces rivalités? Et n'était-ce pas encore un avantage d'avoir à peindre ce qu'il avait vu ? Le critique estil plus raisonnable quand il le reprend très-aigrement de sa sévérité à marquer toutes les fautes des différents partis, souillés tour à tour, ou tout à la fois, p&r la perfidie^ l'injustice et la cruauté, comme si c'était l'historien qui dût supporter l'odieux de ce qu'il est obligé de rapporter ? Toute cette mauvaise humeur est fort étrange dans un homme qui d'ailleurs paraît naturellement judicieux. Il avoue et répète en, plusieurs endroits que Platon et Thucydide jouissent de la plus haute réputation , et sont regardés comme les modèles à suivre, l'un parmi les philosophes, l'autre parmi les historiens; et il croit réfuter cette opinion en opposant sans cesse les défauts de leur diction à la perfection de Démosthènes. Mais d'abord le mérite propre de l'historien du philosophe, même dans le style, n'est pas celui de l'orateur, et c'est ce que Denys parait avoir oublié; et, à l'amertume de ses censures, on dirait qu'il est choqué de l'admiration qu'on a pour eux. Je ne l'accuse pas pourtant d'une partialité prouvée : il peut avoir eu quelques préventions particulières ; il est si rare de n'en avoir aucune ! Le bon Plutarque a fait un Traité de la malignité d'Hérodote; et Denys, compatriote de ce dernier, nous assure qu'Hérodote est partout U7i homme simple et bon. Ce qu'on aperçoit ici de plus avéré , c'est que Denys d'Halicarnasse, qu^que en général d'un jugement sain , n'a pas les conceptions assez nettes. Le jugement se montre en ce que , Platon et Thucy-
dide exceptés , il caractérise les poètes , fes orateurs^ les historiens, les philosophes de la Grèce, avec assez de justesse pour que Quintllien l'ait suivi en cette partie de très-près, et quelquefois même Fait presque répété. Mais le défaut de netteté dans les vues générales ne se manifeste pas moins dans le vague de ses divisions et classifications , trop susceptibles d'équivoque, et quelquefois de contrariété! au moins apparente, et dans ce qu'il appelle ses résumés, qui ne sont que de longues et fastidieuses répétitions , qui produisent les mêmes choses sans les fortifier ou les éclaireir. Comme écrivain, Denys, dans ses ouvrages didactiques, est lâche, traînant, diffus, sans agrément, sans variété, sans élévation. Comme critique, toutes ses théories se réduisent à une seule idée dont le fond est vrai, mais qui n'est point du tout exposée comme elle devrait l'être, et qui s'obscurcit encore en se perdant au milieu de ses prolixes et minutieuses citations. En voici la substance : Platon , Isocrate , Thucydide , ont les beautés et les défauts du style figuré; tous trois pèchent par l'affectation, l'un de la grandeur, l'autre du nombre, le dernier de la pensée; ce qui fait que le premier est quelquefois enflé, le second souvent monotone, et le troisième souvent obscur. Parmi ceux qui ont préféré le style simple, Lysias a eu toutes les grâces de la simplicité sans tomber jamais, mais aussi sans jamais s'élever. Entre ces deux sortes d'extrêmes, Denys établit ce qu'îj appelle très-improprement, ce me semble, le genre moyen y qui jomt tout le mérite d'une pureté soutenue et d'une simplicité attique à ce sublime des figures de pensée et de mouvements du discours, sans aucune affectation ni dans le discours ni dans la pensée; et ce genre moyen est celui de Démosthènes. Telle est la substance d'un gros Tohiree de rhétorique , qui pouvait être abrégé des trois quarts , et devait être mieux conçu et mieux expliqué. Il est hors de toute convenance de faire deux extrêmes , c'est-à-difo deux exemples vicieux de deux classes d'écrivains : dont l'une, celle de Lysias, d'Eschine, d'Hypéride, est, do l'aveu même de Denys, le modèle du genre auquel ils se sont attachés, et n'a d'autre d^aut que de n'être pas sublime ; et dont l'autre n'a péché que par l'abus des qualités éminentes , telles que celles qui dominent dans Platon, dans Isocrate, dans Thucydide, c'est-à-dire, dans l'un la noblesse et la richesse des idées, dans l'autre. l'harmonie et l'éclat du style, dans le dernier la force et la profondeur des pensées. Tout ce qu'il y a ici de vrai , c'est qu'en effet toute perfection est entre deux excès, et ^ue Démosthènes est habituellement plus près de l'une et plus loin des autres qu'aucun des
ANCIENS. — LITTÉRATURE MÊLË£.
écrivains grecs. Mais quand il est simple et pur^ il Test comme Lysias; quand il est grand, il l'est comme Platon; quand il est fort, il Test comme Thucydide : et Denys lui-même l'avait senti, puisqu'il dit que Démosthènes a imité ce qu'il y avait de meilleur dans tout ce qui l'avait précédé. Gela est vrai , et n'offre point du tout l'idée d'un genre moyen , mais celle d'un excellent esprit qui profite habilement de tous les autres esprits, en se rapprochant de ce qu'ils ont de meilleur, et s'éloignant de ce qu'ils ont de défectueux.
Dans un autre genre , le moraliste satirique Lucien , quoique né à Samosate en Syrie , et du temps des Antonins , lorsque les lettres grecques et romaines étaient également déchues, n'en est pas moins regardé comme un écrivain classique pour la pureté et l'élégance de la diction. Je ne voudrais pourtant pas, comme a fait son dernier traducteur, l'appeler le plus bel esprit de la Grèce : c'est exagérer beaucoup le mérite de l'auteur , et même la complaisance d'un traducteur , que de donner à Lucien ce qui pourrait appartenir à Xénophon ou à Platon. Ses nombreux ouvrages prouvent de l'esprit, de la finesse et de la gaieté caustique; mais ils roulent presque tous sur un même fonds d*idées et de plaisanteries. Toujours renfermé dans un même cadre, celui du dialogue, il y reproduit toujours les mêmes objets , des dieux et des sophistes : il se moque sans cesse des uns et des autres, et ses satires contre eux ne diffèrent guère que par les titres. C'est un impitoyable censeur de toute superstition et de toute charlatanerie : mais il est inconséquent dans sa mauvaise humeur; il confond avec les plus vils sophistes ceux mêmes qu'il a loués ailleurs comme de vrais philosophes, par exemple, Socrate et Aristote. Il met dans leur bouche un langage insensé et furieux, qui n'a jamais été le leur. En un mot, si Lucien a la verve d'un satirique, il a aussi les travers d'un bouffon qui sacrifie tout à l'envie de faire rire ; et s'il offre , dans beaucoup de ses dialogues, de la raison et de la saillie, beaucoup aussi sont dépourvus de sel , et d'autres tout à fait insignifiants. Il avait pourtant de l'imagination et même de celle qui invente, car, dans le genre de l'allégorie satirique , des auteurs de mérite ont profité de ses inventions. C'est d'un écrit fort ingénieux, intitulé Histoire véritable, que Swift a emprunté le plan de son Gulliver : et c'est de l'Àîie de Lucien, autre roman non moins joli, qu'Apulée,
vers le moyen âge, tira son y4ne d'or, qui ne vaut pas l'original pour cette sorte de merveilleux plaisant, quoique bizarre, et moral dans l'intention , quoique extravagant dans les choses, dont il parah que Lucien a eu la première idée.
Dans l'histoire des arts et de leurs monuments , l'antiquité grecque peut opposer Pausanias à ce que les modernes ont de meilleur. Il écrivait vers le même temps que Lucien ; et tandis que celui-ci ridiculisait les fables du paganisme , Pausanias décrivait les chefs-d'œuvre d'architecture , de sculpture, de peinture, qui n'avaient pas peu contribué à rendre ces fictions vénérables. Son style est précis et plein ; et, son livre à la main, on voyagedans l'ancienne Grèce : ii semble vous la montrer tout entière. Mais en ce genre l'imagination est si impuissante pour suppléer les sens , que ceux qui n'ont vu que les débris semés dans la Grèce moderne ont une bien plus grande idée de ce qu'elle était que ceux qui ne la connaissent que par les descriptions de Pausanias.
Sur ce que les anciens , et Cicéron en particulier, ont dit du savoir de Varron et de son grand ouvrage des antiquités romaines, qui ne nous est pas parvenu , il avait fait à peu près pour Rome ce qu'avait fait Pausanias pour la Grèce. C'était un homme d'une érudition immense , mais dont on a loué le jugement et les connaissances beaucoup plus que le style et le talent. 11 ne nous en reste qu'un Traité sur la langue latine , qui n'a pas peu servi à éclairer les philologues modernes ; et un autre sur l'agriculture, beaucoup moins estimé pour la diction que celui de Columelle. Vitruve a non-seulement le mérite de l'élégance dans ce qu'il nous a laissé sur l'architecture , mais il pense et s'exprime sur les arts eu homme qui en a seuti la dignité, et qui a réfléchi sur les principes du beau en tout genre. Enfin , les recueils historiques et polygraphiques d'JSlien, d'Athénée, de biogène Laërce, de Valère Maxime, d'Aulu-Gelle, de Macrobe, etc., assez semblables à nos ana, offrent à la curiosité qui ne veut que s'amuser quantité de faits et d'anecdotes , et à celle qui veut s'instruire différentes sortes de recherches dont on peut extraire l'essentiel en écartant le frivole et le minutieux. Mais c'est là que je dois borner cette espèce de nomenclature critique, qui ue pourrait s'étendre plus loin sans sortir de notre plan, et passer à ce qui doit y être étranger.
FIN DB LÀ FMHIBBB PÀBTIB DU TOMB PBBHIBB.
SEœNDE PARTIE. - SIÈCLE DE LOUIS XIV.
IJVRE PREMIER. — POÉSIE.
iirrkoDiKnnoii , oc discoubb sur VÈrki des lettres en
EUROPE y DEPUIS L4 RN DU SIÈCLE QUI k 8UITI CELUI D'AU-
Gwn fUiQu'AV Rtem m louis xit,
Tel qtt*ll ftit piononoé en 1797.
Nous avons parcouru ces beaux siècles de la Grèce et de Rome qui ont été ceux de la gloire et des prodiges de Tesprit humain; nous avons voyagé au milieu de ces grands monuments dont le temps a respecté du moins une partie qui doit filtre à jamais regretter Tautre. Si longtemps ensevelis dans les vastes et profondes ténèbres dont la barbarie obseurdssait la terre , aux premières lueurs de la raison et du goût, le travail et Férudition les débarrassèrent des décombres qui les couvraient et de la rouille qui les avait noircis. Le gém'e, au moment oh il s'éveilla comme d'un long sommeil , ne put les contempler qu'avec cet enthousiasme qui apprend à éga* 1er ou du moins à imiter ce qu'on admire ; et dans la suite la satiété, le paradoxe, et une rivalité mal entendue , leur ont insulté avec une orgueilleuse ingratitude , à cette époque où l'esprit devient subtil et contentieux, en même temps que les grands talents deviennent plus rares; où la prétention de Juger l'emporte sur le besoin de jouir ; où Ton médit de ce qui a été fait, à mesure qu'il devient plus difficile de bien âdre; enfin, où l'on ne conserve plus guère d'autre goût que l'amour aveugle de la nouveauté, qudle qu'elle soit; goût pervers et dépravé, qui calomnie le passé , corrompt le présent , et méconnaissant tous les principes du beau et du bon, laùsse à peine l'espérance de l'avenir.
Nous avons suivi des yeux les chantres d'Achille et d'Énée dans la carrière immense de l'épopée, et mêlé nos applaudissements à ceux de la Grèce assemblée , lorsqu'elle couronnait sur le théâtre les Euripide et les Sophocle, et que dans les jeux olympiques elle décernait des palmes au courage , à l'adresse, à la force, au sonde la lyre de Pindare, que nous avons retrouvée depuis dans les mains de cet heureux £avori de la nature et de Mécène, qui savait passer si fieicîlement du sublime aux chansons, et de la morale du Portique à celle d'Épienre. Noua
nous sommes crus un moment , dans ce lycée, Grecs ou Romains (et c'est ainsi seulement qu'il pouvait nous être permis de le croire) , quand l'éloquence elle-même, sous les traits de Cicéron ou de Démosthènes , est montée dans la tribune d'Athènes ou de Rome, avec cet air de grandeur qu'elle devait avoir dans les anciennes républiques , et ce caractère énergique et fier, si naturellement empreint sur le front des orateurs de la liberté , si ridiculement contrefait de nos jours sur celui de la servitude factieuse ou de l'hypocrite tyrannie.
La muse de l'histoire s'est montrée à nous non moins majestueuse, entourée de tous les héros qu'elle faisait revivre. Mais, en descendant à l'âge suivant, la décadence nous a déjà frappés. Les traits brillants de Lucain, tout Pesprit de Pline et de Sénèque , les pointes de Martial , n'ont servi qu'à nous faire sentir davantage quels hommes c'étaient que Q'céron, Virgile et Catulle. La Grèce ne peut plus se glorifier que de son piutarque , qui se place encore au rang des classiques. Rome a son Quintilien, qui défend le bon goût du siècle précédent contre la corruption du sien ; mais , plus heureuse que la Grèce , elle montre encore à la postérité un homme unique , Tacite, qui seul, la tête aussi haute que tout ce qui l'a précédé, reste debout, comme une colonne parmi des ruines.
Au delà de ce point où nous nous sommes arrêtés, que trouvons-nous? un désert et la ntrït.
Quelles sont les causes de ces étonnantes révolutions de Tesprit humain? Pourquoi ces éclipses si longues , qui succèdent à l'éclat du plus beau jour ? D'où vient qu'on a vu le même flambeau tour à tour briller et s'éteindre, et se rallumer encore chez certains peuples , tandis que chez d'autres il semble avoir disparu pour toujours , ou même ne s'est jamais allumé pour eux? Quelle est cette espèce de prédilection accordée par la nature à certains siècles, où l'on dirait qu'elle a pris plaisir à développer toute sa puissance productive, à prodiguer ses richesses, à répandre ses trésors comme par monceaux ? Inépuisable et toiyours la même dans ses productions physiques , est-elle donc si bornée dans son énergie
SIÈCLE DE LOUIS XIV. — INTBODUCTION
morale, et nVt-elle en ee genre qu'une fécondité passagère qui la condamne ensuite à une longue stérilité? Cette question souvent agitée peut fournir cependant de noureaux aperçus, quand il s'agira, Ters la fin de ce Cours , de diercher un résultat satisfaisant dans la querelle trop longue et trop fameuse sur les anciens et les modernes. Aujourd'hui je ne me propose qu'un résumé rapide et succinct, où, ne m'arrétant qu'aux faits, sans discuter les causes , je rappellerai quel a été , à différentes époques , le sort des lettres et des arts , depuis la fio'du siècle qui a suivi celui d'Auguste , jusqu'au temps où le génie vit renaître de beaux jours sous les Médlcis , et répandît ensuite sous Louis XIV cette éclatante lumière qui a rempli le monde , qui offusque aujourd'hui plus que jamais la médiocrité jalouse et l'ignorance présomptueuse; mais qui appelle encore les regards des hommes de sens , comme dans une nuit obscure des voyageurs égarés tournent les yeux vers le point de l'horizon d'où Ton verra renaître le jour.
Quoiqu'on ait observé , avec raison , que le règne des arts a toujours été chez les anciens , comme chez les modernes, attaché à des temps de puissance et de gloire, il paraît cependant que, pour fonder et perpétuer ce règne, ce n'est pas une cause suflBsante que la prospérité d'un gouvernement affermi. On en voit la preuve dans cette période de plus de quatre-vingts ans, qui s'écoula depuis Trajan jusqu'au dernier des Antonins , sous des souverains comptés parmi les meilleurs dont le monde ait conservé la mémoire. L'histoire remarque que les nations furent alors aussi bien gouvernées qu'elles pouvaient l'être , parce que la vertu était sur le trône avec une philosophie qui se piquait d'être éminemment mo- Tale et religieuse, comme celle de notre siècle s'est piquée de n'être ni l'un ni l'autre. La vertu régna comme la loi : la terre fut heureuse et le génie fut muet. Il y eut encore quelques hommes d'esprit et de goût, tels que le critique Longin, le moraliste satirique Lucien, et, par la suite, des historiens du second ordre, tels qu'AmmîenMarcelIin, Hérodîen, et d'autres; mais, dans Péloquence et la poésie, Rome et la Grèce étaient réduites aux déclaniateurs et aux sophistes , les uns occupés à vendre des louanges, les autres enfoncés dans les disputes de l'école.
Cependant vers le milieu ^n quatrième siècle, lorsque l'empire romain, diancelant sous le poids de sa grandeur, était forcé de se partager pour se soutenir, lorsque Rome n'était déjà plus la seule capitale du monde , quand les ressorts de l'autorité étaient affaiblis , quand les barbares menaçaient de tous côtés le peuple dominateur et corrompu , qui I
ne se défendait plus que par sa disdplioe militaire, une éloquence nouvelle naquit avec une nouvelle religion , qui des prisons et des échaufauds venait de monter sur le trône des Césars. Cette voix auguste et puissante était celle des orateurs du christianisme; et le cercle des préjugés particuliers rétrécit tellement les idées, que peut-être entendra-t-on ici avec quelque surprise des noms qui ne sont guère phis cités parmi nous que dans les chaires évangéliques , et qu^'on s'étonnera de voir, au rang des successeurs de Cicéron et de Démosthènes , des hommes en qui l'on est accoutumé de ne voir que les successeurs des apôtres '. Mais sans blesser le respect qu'à ce dernier titre doivent tous les chrétiens aux Basile , aux Grégoire , aux Chrysostôme , je puis les considérer ici principalement sous le rapport des talents et du génie. Pourquoi faudrait-il détourner lesyeux, quand nous rencontrons ces grands hommes à la place qu'ils doivent occuper dans le tableau .des difi)lrents âges littéraires ? Sans doute ils appartiennent particulièrement à l'Église , qui les a consacrés à la vénération publique : c'est surtout à elle à rappeler les services qu'ils ont rendus à la religion , les victoires qu'ils ont remportées sur l'hérésie, les exemples qu'ils ont donn^ de la sainteté pastorale; les lumières qu'ils ont répandues parmi les peuples , les tourments qu'ils ont soufferts pour la foi ; mais ils appartiennent aussi à l'histoire et aux lettres humaines. L'histoire , en nous affligeant du récit des crimes qui furent alors , comme dans tous les temps, ceux de la tyrannie, de l'ambition et du ftmatisme, nous ofïre le contraste de tant d'horreurs dans le portrait fidèle et avoué de ces héros de l'Évangile. L'histoire nous présente en eux les plus touchants modèles des plus pures vertus ; nous les fait voir réu-
' Dana leoomple qa*a renda de eette léanoe an des coopératean des Nouvelles politiques, disUngué |>ar sa touche spirituene et fine, U est dit que ee moreeaiL ù fait languir «m moment VaUention, et guHl aurait été applaudi il y a vingt ans. Je pois assurer qœ oe même morceau , où Je n*ai rien change, fût applaudi en 1788. Ge n*est pas qu'il y eût alors plus de religion qu'ai4onrd*hui; U y en avait moins; mais c'était une autre espèce dincrédnies. Otax d*alors Tétaient delà façon de Voltaire; ceux d'aqiourd'hui le sont de la façon de Chaumette et d^Hébert. Les hommes instruits sentaient que l'orateur remplissait une partie essenUelle de son suyet, en examinant une époque aussi remarquable que celte de réioquence chréUenne, la seule qui fût connue dans le monde pendant plusieurs siècles. Ils savaient qull n'était pas impossible qu'on lUt un saint «t pourtant qu'on ne fût paa un sot ; qu'on pouvait louer le génie et les vertus d*nn saint , même sans être dévot, comme Voltaire a loué saint Ix>ufs; qu'on pouvait aller Jusqu'à nommer stàni Jugustin et saini Chrysostôme, sans faire une capueinade, 4u reste, ce que J'en dis n'est pas pour me plaindre; au contraire, c'est pour nous féliciter de nos progrès. Du temps de Joseph Lebon , celui qui aurait nommé un saint eût été égorgé sur-le-champ. Aujourd'hui les athées Jacobins se contentent de crier -à la dévotion, eo attendant mieux. Quel pas nous avons fàttl
mssant la dignité du caractère à celle du sa<ïerdoce , une douceur inaltérable aune fermeté intrépide; adressant aux empereurs le langage de la vérité , au coupable celui de sa conscience qui le tourmente, et de la justice céleste qui le menace, à tous les malheureux celui des consolations fraternelles. Les lettres les réclament à leur tour, et s'applaudissent d*avoir été pour quelque chose dans le bien qu'ils ont fait à l'humanité , et d'être encore , aux yeux du monde, une partie de leur gloire : elles aiment à se couvrir de l'éclat qu'ils ont répandu sur leur siècle, et se croiront toujours en droit de dire qu'avant d'être des confesseurs et des martyrs, ils ont été de grands hommes; qu'avant d'être des saints, ils ont été des orateurs.
En les regardant sous ce point de vue, soit que Fon mette à pàVt l'inspiration divine, soit que l'on reconnaisse encore la Providence dans les moyens naturels dont elle se sert, on peut observer les causes qui contribuèrent à donner cette nouvelle vie à l'éloquence, oubliée depuis si longtemps. Un nouvel ordre d'idées et de sentiments à développer, une fouie d'obstacles à combattre et d'adversaires à confondre, la nécessité de vaincre par la persuasion et l'exemple, qui étaient les deux seules forces de la rdigion naissante; voilà ce qui dut animer le génie des fondateurs et des défenseurs du christianisme. Le paganisme , longtemps persécuteur, était encore redoutable , même depuis que Constantin eut fait régner l'Évangile. Les zélateurs de l'ancienne religion avaient pour eux , selon les temps et les circonstances, des intérêts de parti , et, dans tous les temps, l'intérêt de toutes les passions divinisées par le polythéisme. Mais il faut avouer que ce n'étaient , sous aucun rapport, des hommes à comparer aux prédicateurs de la foi chrétienne. Il s'en fallait beaucoup que Celse, Porphyre, Symmaque, pussent balancer la dialectique d'un Tertullien , la science d'un Origène , ni les talents d'un Augustin et d'un Chrysostôme. Ce dernier, dont le nom seul rappelle la haute idée que ses contemporains avaient de son éloquence , peut être opposé à ce que l'antiquité avait eu de plus grand. Ce n'est pas que dans ses écrits, comme dans ceux de saint Augustin, de saint Basile, de saint Grégoire, la critique n'ait pu remarquer des défauts que n'ont pas eus les classiques grecs et romains. On s'aperçoit que les orateurs chrétiens n'ont pu échapper entièrement au goût général de leur temps, qui s'était fort corrompu. On y désirerait souvent plus de sévérité dans le style, plus d'attention aux convenances du genre, plus de méthode , plus de mesure dans les détails. On leur a reproché de la diffusion, des digressions trop
fréquentes, et l'abus de l'érudition, qui, dans Télo- ^uenoe, doit être sobrement employée, de peur qu'en voulant trop instruire l'auditeur, on ne vienne à le refroidir. Mais aussi quel connaisseur impartial n'y admirera pas un mélange heureux d'élévation et de douceur, de force et d'onction, de beaux mouvements et de grandes idées, et .en général cette élocution facile et naturelle, l'un des caractères distinctifis des siècles qui ont fait époque dans l'histoire des lettres ? Celle où je m'arrête en ce moment présente une observation qu'il ne faut pas omettre, c'est la supériorité des Grecs sur les Latins. Ceux-ci nous offrent principalement comme écrivains et orateurs , dans ces premiers âges du christianisme, Tertullien , saint Ambroise, saint Cypricn, et saint Augustin. Personne ne conteste au premier la vigueur des pensées et du raisojinement, mais personne aussi n'excuse la dureté africaine de son style, même dans ses deux ouvrages les plus célèbres , VJpohgie et les Prescriptions y dont les beautés frappantes sont mêlées d affectation, d'obscurité et d'enflure. Saint Cyprien , qui l'avait pris pour modèle, en a conservé le caractère, mais également affaibli dans les beautés et dans les défauts. Saint Ambroise a beaucoup plus de douceur et de pureté ; mais il s'élève peu , et n'a pas comme eux cette foule de traits qui préparaient pour la chaire tant de citations heureuses et brillantes. Saint Augustin est certainement le plus beau génie de l'Église latine : il est impossible d'avoir plus d'esprit et d'imagination; mais on convient qu'il abuse de tous les deux. Son style nous rappelle Sénèque , comme celui de Grégoire, de Basile, de Chrysostôme, rappelle Cicéron et Démosthènes, et c'est dire assez que les Pères grecs ont la palme de l'éloquence.
A l'égard du paganisme , on trouve , vers le temps dont je parle, Libaniuset Thémiste, distingués parmi les philosophes rhéteurs, mais qui avaient plus de littérature que de talent. Le plus glorieux titre du premier, c'est d'avoir eu deux disciples dont le nom éclipsa bientôt le sien, et ce sont ce même Grégoire et ce même Basile, qui reçurent de leurs contemporains le nom de grand, et qui furent admirés des païens Aiémes. L'autre illustra sa plume et son caractère, en se faisant auprès de l'empereur arien, Yalens, le défenseur des catholiques persécutés; et ce fut un païen qui eut la gloire de donner cette leçon de tolérance et cet exemple de courage, qui furent, couronnés par le succès.
Après cet éclat passager que la religion seule rendit aux lettres, les irruptions des barbares, depuis le cinquième siècle jusqu'au dixième, étendent et épaississent de plus en plus dans notre Occident les
SIÈCLE DE LOUIS XIV. — INTRODUCTION
ténèbres de Tignoranoe et du mauvais goût : et si , dans ce long intervalle, on aperçoit quelques hommes supérieurs aux autres par les dons de l'esprit; un Photius , qui fit du sien un u^ge si funeste ; un Abeilard, fameux dans les écoles, et qui paya par ses malheurs sa réputation et ses fautes; surtout un saint Bernard » qui fut Toracle de son temps , et dont les écrits sont encore cités dans le nôtre ; aucun d'eux ne put relever les lettres dégradées et les arts corrompus. Constantinople en était encore le centre, même dans son abaissement; mais la scolastique et ses controverses , nées de cet esprit sophistique qui , dans tous les temps , fit plus ou moins partie du caractère des Grecs, avait acquis, en se joignant à la religion, qu'elle corrompait, une importance mal entendue, qui décourageait les autres études chez tous les peuples qui avaient assis des trônes sur les débris de l'empire romain. Théodoric, qui fît pour les lettres, en Italie, beaucoup plus qu'on ne^pouvait attendre d'un roi goth, ne parvint pas à les relever. Charlemagne, comme lui conquérant politique et législateur, mais fort supérieur à lui, et, sans contredit, le plus grand homme qur ait paru dans ce long intervalle qui a séparé la chute des deux empires, Charlemagne fît entrer les sciences et les arts dans le vaste plan de gouvernement dont il voulait faire la base d'une puissance qui ne put survivre à son génie. Il fonda l'université de Paris : mais ce ne fut que longtemps après lui qu'elle acquit une splendeur digne de son origine , et devint pour toutes les nations de l'Europe un modèle et un objet
d'émulation Ici je m'arrête involontairement,
les yeux fixés sur le passé, sur le présent et sur l'avenir. Quand je prononçai pour la première fois ce même discours, il y a quelques années , elle existait encore cette savante et respectable école, la plus ancienne du monde , la mère des sciences et des lettres : elle n'est plus! Vingt autres universités, dignes filles de cette illustre mère , honoraient et instruisaient la France : elles ne sont plus ! Et depuis longtemps, toutes les fois que se rencontre sous ma plume quelqu'une de ces innombrables ruines dont nous sommes environnés , et que je considère d'un côté ce qu'on a détruit , et de l'autre ce qui en a pris la place , je me prosterne en idée , et je paye à ces tristes et vénérables souvenirs le tribut que leur doit tout ce qui n'a pas renoncé à la raison humaine, tout ce qui a conservé des sentiments d'homme. Car, qu'y a-t-il aujourd'hm parmi nous de saint et de vénérable, si ce n'est des ruines; à commencer par les autels, qui sont des ruines; par les temples , où l'on adore Dieu sur des ruines ; par les tombeaux , où l'on pleure les morts sur des rui-
nes ; par les asiles de la vertu , de l'instruction , de l'humanité, où l'on ne marche que sur des ruines? Et je me dis en gémissant : Ici une race nouvelle et étrangère parmi les hommes, la race révolutionnaire, a passé; et que peut-il rester après son passage, si ce n'est le chaos renouvelé , et le génie du mal planant encore au-dessus du chaos , et s'applaudissant d'avoir tout détruit , comme autrefois le Créateur s'applaudissait d'avoir tout fait?
Hommes célèbres , et si dignement célèbres , puisque vous l'êtes surtout pour avoir été utiles, vous qui fûtes, de siècle en siècle, les instituteurs de la génération naissante, les maîtres et les modèles à la fois de la saine littérature, de la pure morale et de la vraie religion , qui en est la sanction et le soutien; ombres des Gerson, des Dumoulin, des Duval, des Rollin, des Hersan, des Gibert, des Coffin , des Grenan , des le Beau , et de tant d'autres qui ont attaché leurs noms à des monuments à jamais précieux pour les amis des lettres etdes mœurs, vous ne rejetterez pas l'hommage que je vous adresse au milieu d'eux. Si j'ose vous le rendre aujourd'hui , c'est que toujours je vous l'ai rendu ; c'est que mon langage a toujours été le même à votre égard ; c'est qu'au moment où tous les corps littéraires , tous les établissements d'instruction publique, étaient déjà hautement menacés par la démence destructive, j'en pris hautement la défense ; j'en rappelai les avantages et la gloire , et , avec autant de reconnaissance que de respectée proposai seulement dans le plan des études quelques légers changements , quelques améliorations qu'indiquait l'expérience, que déjà même quelques maîtres adoptaient, et dont l'utilité était généralement reconnue. Mais il n'appartenait pas à rignorance barbare , érigée pour la première fois en législatrice, de sentir tout ce qu'il y avait d'utile et de respectable , tout ce qu'il y avait de vraiment politique dans ces grandes institutions consacrées par les siècles qui sont l'ornement des empires, et font partie de la dignité qu'un grand peuple doit toujours avoir chez les autres peuples ; dans l'étendue, dans la stabilité, dans la réunion, dans la considération publique de ces sociétés d'enseignement, dont le nom seul imposait par avance à la légèreté naturelle d'une jeunesse nombreuse, et lui imprimait ce respect sans lequel il ne peut y avoir ni docilité, ni décence, ni progrès ; dans ces décorations attachées au mérite d'une profession honorable et laborieuse, et qui, n'attestant que la gloire des lettres et des arts, ne produisaient que l'émulation , sans orgueil et sans danger; dans cette noble indépendance des instituteurs ; toujours choisis et jugés par leurs pairs , et non pas par une muUî-
tude ignorante, ou par deaadminbtratioDs étrangères à la science; dans la nature même des émoluments de leur travail, toujours assurés sur des fonds publics, et dont la répartition fut toujours invariable, et n'eut jamais rien de précaire ni d'humiliant ; dans la perspective encourageante d'une existence tou« jours la même et toi^jours distinguée, d'une vieillesse toujours aisée, paisible et honorable, trop juste récompense d'un long dévouement; dans la discipline des maisons d'enseignement, qui commandait la régularité des mœurs, attribut indispensable de la profession d'instituteur; dans le goût du travail, résultat naturel de cette discipline et de l'esprit général de ces maisons de doctrine, et qui dédiait sans cesse de nouvelles productions aux lettrés , aux sciences , à la morale , à la religion ; enfin , dans ces solennités annuelles, dont la pompe innocente, enflammant l'imagination de la jeunesse, lui arrachait des efforts qui décelaient de bonne heure le secret de ses forces , et furent souvent les prémices du talent et du génie.
Ombres illustres, que j'aime à évoquer ici (car où pourrais-je les évoquer ailleurs?) voilà donc ce qu'ont anéanti les barbares du dix-huitième siècle qui se sont nommés philosopkes! Autrefois vous aimiez à tourner encore vos regards sur ces écoles antiques où respirait votre génie, où vos noms étaient vénérés , où vos leçons étalait répétées. Aujourd'hui vous les détournez avec horreur, et peutêtre avec pitié. Et qu'y verrîez-vous? des cachots, des solitudes , des dévastations. Ce n'est pas seulement la basse envie, l'envie aveugle et forcenée, qui a voulu frapper tout ce qui l'humiliait : l'insatiable rapacité a cherché des dépouilles, même où il n'y avait guère de richesses qui fussent à son usage. Tout a été pillé, saccagé, enlevé; et des bandits qui ne savaient pas lire ont envahi les dépôts et les monuments de la science, ont mis à l'encan tout ce qu'ils avaient pris sans le connaître, l'ont vendu au nom de la nation : comme si elle eût jamais avoué cette prostitution infâme , comme s'il pouvait y avoir en Europe une nation qui fit sa propriété du brigandage, qui consentit à se nourrir de sang et de dépouilles , et à laisser mourir de faim ceux qu'elle n'aurait pas égorgés en les dépouillant. Brigands, qui avez spolié, mis dans les fers , torturé , traîné à l'échafaud les successeurs des Rollin et des Fénelon , gardez pour vous le salaire des crimes qui ne sont qu'à vous, et cessez au moins d'outrager la nation, qui n'en a pas plus le produit que la honte, qui vous parle id par ma voix, comme parlera l'histoire, comme parle l'Europe entière , comme parle quiconque n'est ni votre
esclave ni votre complice. Mais qu'importent les plaintes ? et où sont les réparations f quellepuissanoe seraii capable de remédier à tant de désastres , et de combler tant d'abîmes? Ah! si les hommes vertueux dont j'ai appelé les mânes pouvaient aimer la vengeance , je leur dirais : Re^urdez ce qui a remplacé votre ouvrage; voyez ces efiforts si multipliés et si impuissants pour bâtir sans aucune base , pour organiser le désordre et réaliser le néant ; tous ces plans également stériles , tour à tour préconisés et rejetés ; ces généralités chimériques , qui , en voi»> lant tout embrasser, n'atteignent jamais à rien ; ces théories si follement ambitieuses et si oomi^étenient inexécutables, où Forgueil des mots est en raison du vide des idées; ce charlatanisme puéril qui croit changer les choses en changeant les noms, et qui se retranche obstinément dans les spéculations de l'avenir, quand il est sans cesse repoussé par l'impossibilité actuelle. Voyez cette profonde et honteuse ignorance des premiers principes et des premiers éléments de toute éducation publique; ignorance portée au point de ne pas même distinguer et classer ce qui convient aux dififérents âges de l'homme , à Tenfance , à l'adolescence , à la jeunesse , à l'âge adulte; de confondre des accadémies avec des écoles , des rassemblemoits de gens de lettres avec des maisons d'éducation; d'imaginer qu'il suffit de nonmier des maîtres pour attirer des disciples ; que l'on peut instruhre et former des enCuits et des adolescents , sans auciin point de réunion habituelle et 'obligée, sans aucun but marqué et distinct, sans aucun lien moral d'attachement et de respect entre les instituteurs et les élèves, sans aucun frein de discipline, sans aucun moyen de subordination, et sans aucun plan d'avancement; qu'on peut rétablir la morale si déplorablement avilie , l'inspirer et l'inculquer à des en&nts , à des adolescents, avec des méthodes métaphysiques, sans aucune de ces notions religieuses , si naturelles, pour ainsi dire, à l'instinct de l'homme; les seules qui, réunies à des objets sensibles, aient une véritable autorité sur ce premier âge, parce qu'elles seules parlent à son cœur, et que le cœur devance nécessairement la raison; notions si essentielles et si sacrées, même en politique humaine, qu'en supposant (ce qui n'est pas) qu'elles pussent être InnUles à l'intelligence formée, elles seraient encore d'une Indispensable nécessité pour ce premier âge, puisque, incapable de raisonnements abstraits, il ne peut et ne doit que croire , aimer et obéir. Voyez enfin toute la génération qui a eu le malheur de naître dans ces temps abominables, livrée au plus funeste abandon^ à moins de secours particuliers
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qui sonttoiyoïin rares, et condamnée à crottre au milieu de la plus dévorante contagion de principes , d'exemples , d'actions , et de paroles , qui ait jamais infecté Tespèce humaine, sans que, depuis quatre années , les réformateurs du monde aient pu seulement ouvrir une école où Tenfance puisse apprendre à lire et à écrire, à honorer Dieu et ses parents.
Mais que me répondraient ces mattres anciens, si tristement vçngés et si affligés de Tétre ? qu'il n'arrive que ce qui doit arriver, et que, quand une justice suprême, h la fois sévère et j^révoyante, a permis que la horde révolutionnaire se déchaînât parmi nous , elle a voulu que Torgueil devint stupide en devenant féroce, et que ces mêmes hommes t éminemment armés de tous les moyens de détruire, fussent en même temps frappés de Firrémédiable impuissance de rien édifier.
Et moi , je dirai aux dignes représentants qui ne peuvent être confondus avec ces ennemis du genre humain , à ceux qui , de concert avec quelques écrivains honnêtes et courageux, luttent contre Tinfluence encore menaçante des derniers fauteurs de la barbarie : Si vous voulez ramener la lumière et les mœurs, après les ténèbres et les crimes, rétablissez les anciennes écoles; rétablissez-les, avec les réformes très-faciles et très-légères que peut comporter la nature d'un gouvernement libre et légal. Il est aussi trop absurde que des universités ne puissent se concilier avec une république et qu'une république puisse craindre des universités.
Cest cet intérêt si pressant et si prochain , qui m'a entraîné un moment, non pas hors de mon si;yet, mais un peu au delà. Vous le pardonnerez sans doute en Êiveur de l'intention , quand bien même elle serait sans effet. Je reviens.
Charlemagne retarda peut-être les progrès de la langue française , en faisant régner dans ses vastes États la langue des Romains, qui fut généralement en France celle de^ lois et des actes publics jusqu'à François I*'. Si nous jetons les yeux sur l'Espagne , l'Angleterre , l'Italie , l'Allemagne, nous les voyons , pendant près de six cents ans, foulés tour à tour sous le choc des barbares, qui s*en disputent la possession ; et lorsque les nations formées de ce mélange d'indigènes asservis et de conquérants étrangers, ont pris quelque consistance, l'Europe entière, comme arrachée de ses fondements par cet enthousiasme des croisades que la Providence ne paraît pas avouer, se renverse sur l'Asie Bfineure, sur la Palestine et l'Egypte; et ces longues et violentes secousses éloignent encore le moment où les peuples du Nord , qui des provinces romaines de l'Occident
avaient £ut tant de royaumes, pouvaient déposer par degrés la rouille de leur origine , et se dégager de cette grossièreté de mœurs et de langage, incompatible avec la culture des arts. Les croisades servirent à l'afi&anchissemint des communes et au développenaent des idées de commerce; nuiis en agitant les empires) encore peu affermis , elles étaient aux gouvernements, de qui tout dépend toiQours, le loisir et les moyens de s'occuper des lettres.
Dans cet engourdissement des esprits, à qui avons-nous l'obligation d'avoir conservé du moins unepartiedes matériaux dispersés qui servirent dans la suite à reconstruire l'édifice des connaissances humaines? L'histoire, qu'on ne saurait démentir, répond pour nous que c'est encore aux gens de l'Église : eux seuls avaient quelque teinture des lettres , et de là vient que le nom àdderc devint le synonyme d'homme lettré , et se donna même par extension à quiconque savait lire, ce qui pendant longtemps fut assez rare pour être un titre pririlégié. Je ne dissimulerai point que cet avantage fut un de ceux dont abusa la corruption , qui se mêle à tout bien sans le détruire. On s'est quelquefois étonné que les peuples et les rois aient souffert patiemment les usurpations de la puissance sacerdotale : la raison s'étonne seulement qu'on ait été de nos jours assez injuste et assez inconséquent pour les attribuer à la religion , qui les a toujours condamnées , et à l'Église, qui les a toujours désavouées. La raison sait que le bien est dans la nature des choses, et le mal dans la nature de l'hoaune, qui abuse des choses. Cette patience qu'on reprothe aux peuples n'était pas seulement une conséquence nuil entendue du respect, d'ailleurs légitime en loi-même, que l'on rendait à un ministère sacré; c'était aussi une suite naturelle du pouvoir des lumières sur l'ignorance. Pour remédier à cet abus des lumières , qui n'existait plus depuis qu'elles étaient répandues par le secours de l'imprimerie, on a imaginé de nos jours de fiûre régner l'ignorance sur les lumières; et nous n'avons pas besoin d*attendre ce que l'histoûre dura de ce système nouveau, résumé complet et digne résultat de l'esprit révolutionnaire : l'expérience a été, ce mesemble,asBez forte pour être une leçon suffisante ; ou , si die ne suffisait pas , il est douteux que la Providence elle-même, qui ne peut que le possible, pût donner une leçon plus efficace. Après ce que nous avons vu et ce que nous voyons, il ne paraît pas qu'elle puisse faire davantage pour corriger une nation tombée en démence, à moins de l'anéantir.
On doit donc aux études des clercs d'avoir pré-
paré le rétablissement des lettres par la conservafrinn Has manuscrits, trésors uniaues avant Timpri-
tion des manuscrits, trésors uniques avant nmpn merle : on leur doit la perpétuité des langues grecque et latine, sans laquelleces trésors devenaient inutiles. La plupart ont été déllrrés, en différents temps, dans la poussière des bibliothèques monastiques; et c'est surtout depuis le douzième siècle jusqu'au quinzième que les copies des ouvrages de l'antiquité commencèrent à devenir moins rares , et firent d'abord renaître l'érudition , qui longtemps ne s'énonça guère qu'en latin , aucun peuple ne se fiant encore assez à sa propre langue pour la croire capable de faire vivre les productions de l'esprit. La poésie seule, plus audacieuse, avait hasardé quelques essais informes , qui ressemblaient au bégayement de Tenfance. Deux hommes pourtant, avant que l'impression fût connue, furent asse2 heureux pour produire dans leur idiome naturel des ouvrages qui contribuèrent à le fixer, et que leur mérite réel a même transmis jusqu'à nous. Ce fut lltalie qui eut cette gloire; ce qui prouve que sa langue est celle des langues modernes qui a été perfectionnée la pre^ mière, et que ce fut le pays de l'Europe où, dans les temps de barbarie, il se conservait encore le plus d'esprit et de goût pour les arts. Ces deux hommes furent le Dante* et Pétrarque : l'un , dans un poëme d'ailleurs monstrueux, et rempli d'extravagances que la manie paradoxale de notre siècle a pu seule justifier et préconiser, a répandu une foule de beautés de style et d'expressions , qui devaient être vivement senties par ses compatriotes, et même quelques morceaux assez généralement beaux pour ^tre admirés par toutes les nations. L'autre, né peut-être avec moins de génie, mais avec plus de goût, a eu le défaut, il est vrai , de faire de l'amour un jeu d'esprit presque continuel; mais cet esprit a quelquefois saisi le ton et le langage du sentiment , surtout dans ses odes appelées Canzoni, et même a su, dans des sujets plus relevés, tirer de sa lyre quelques sons assez nobles et assez fermes pour nous rappeler celle d'Horace. Son plus grand mérite est dans une élégance qui lui est particulière, et qui l'a mis au rang des classiques de son pays.
11 fîit le maître de Boccace, qui fit pour la prose italienne ce que Pétrarque avait fait pour les vers, dans ce même pays qui semblait destiné à faire tout renaître. Il se distingua, il est vrai, dans un genre moins relevé que celui de Pétrarque, mais heureusement susceptible , par sa variété , de tous les caractères d'éléganoe qui peuvent convenir à la prose. Le conteur Boccaco joignit à la naïveté du récit une
* Tuyei le Dante apprécié par M. Villemain, dans le Tabteau éé la liftératuite au ma^/en âge, x*, xi* et xii* leçon.
pureté de diction qui, plusieurs siècles après loi, le rend encore, pour ainsi dire, le contemporain des auteurs les plus estimés en Italie ; et c'est un avantage que n'ont point en France, ni en Angleterre, les écrivains qui ont montré du talent avant que leur langue fût fixée : la tournure de leur esprit a préservé leurs ouvrages de l'oubli , mais n'a pu empêcher leur langage de vieillir.
Le milieu du quinzième siècle fut l'époque mémorable de l'invention de rimprimerie, de cet art nouveau dont les effets ont été si étendus en bien et en mal , que les dédamateurs inconsidérés ou passionnés, dont tout l'esprit consiste à ne montrer qu'un côté des objets, ne pourront jamais épuiser ici ni l'éloge ni la satire. Le bon sens , qui est l'opposé de la déclamation, commence par reconnaître que cette invention , comme toutes celles qui contribuent à étendre l'exercice des facultés de l'homme, est bonne en elle-même, et l'une des plus belles et des plus ingénieuses de l'esprit humain. Si, dans Tapplication des procédés de cet art, il a usé de sa liberté naturelle pour tirer également de l'imprimerie de bons et de mauvais effets , ce n'est pas l'art qu'il faut accuser, c'est l'homme. C'est à l'histoire à évaluer l'influence , très-sensible sous tous les rapports , qu'a dû exercer l'imprimerie dep.uis trois siècles. C'est à l'autorité légale et à la morale publique , partout où l'une et l'autre existent, à diriger l'usage et à réprimer l'abus, sans pourtant se flatter jamais que l'usage puisse subsister de manière à ce qu'il n'y ait pas lieu à l'abus; absurdité la plus grande possible, chimère de perfection, la plus folle et la plus pernicieuse de toutes les chimères , qui n'était jamais tombée dans la tête d'aucun peuple ni d'aucun gouvernement, et que la postérité marquera comme un des principes originels, un des caractères distinctifs de l'esprit révolutionnaire, qui est descendu si fort au-dessous de tout ce qui avait jusque-là déshonoré la nature humaine , précisément parce qu'il a commencé par vouloir s'élever au-dessus d'elle; qui n'est devenu assez atroce pour tout bouleverser, que parce qu'il a été assez sottement orgueilleux pour prétendre tout corriger. On ne se doute pas communément de tout ce que renferme cette féconde et terrible vérité : if n'était pas inutile d'en jeter ici le germe, qui sera développé ailleurs et en son temps.
L'imprimerie , en multipliant avec tant de facilité les images de la pensée , a établi d'un bout du monde à l'autre la correspondance continuelle et rapide de la raison et du génie. En parlant aux yeux bien plus vite que la plume, elle a gagné, au profit de l'instruction, tout le temps que faisaient perdre
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l6s difficultés réunies de récriture et de la lecture, et il a été permis à l'homme qui pense de communiquer dans le même moment avec tous ceux qui lisent. En rendant les livres aussi communs et aussi populaires que les manuscrits étaient rares et peu accessibles, elle a tiré la science et la vérité de la retraite des lettrés, et les a répandues dans Funivers. Elle a donc certainement hâté la renaissance et le nouveau progrès des arts; et il lui a ét4 donné de pouvoir dire à la barbarie, même après la révolution française , Tu ne régneras pas ; à la puissance injuste, quiauparavantn'étaitguèredénoncée qu'aux temps à venir, Tu entendras dès ce moment ta sentence prononcée partout ; à Fhomme capable de dire la vérité. Parle, et le monde entier entendra ta voix.
Ce sont là de grands bienfaits sans doute; le mal n'est pas moindre , et je serais dispensé des preuves , quand même ce serait ici le lieu d'en parler : elles sont depuis longtempsdans notre expérience, et tout à l'heure dans notre histoire. Ce qu'il peut y avoir de consolant, c'est qu'en cela, tomme en tout le reste , le mal ayant même passé le terme imaginable , nous sommes, par une marche irrésistible, ramenés pas à pas vers le bien ; et c'est ce qui explique parfaitement l'opposition furieuse des auteurs et des fauteurs du mal à cette liberté de penser et d'écrire, dont le nom seul de l'imprimerie a dû vous rappeler le souvenir. J'applaudis volontiers aux écrivains honnêtes et courageux qui en défendent les droits , et je m'honore d'avoir été un des premiers à paraître dans la lice, quand j'ai cru pouvoir appuyer la raison sur la volonté générale. Mais j'atoue que les efforts de nos adversaires ne m'ont jamais causé ni étonnement ni scandale. Ce n'est pas moi qui leur reprocherai d'être en contradiction avec eux-mêmes, et de vouloir aujourd'hui subordonner à l'action de leur police cette même liberté de la presse qu'ils ont tant dé fois déclarée supérieure à toute espèce d'autorité. Comme leurs actions m'ont de tout temps appris à connaître leur langage, je sais trop bien qu'il n'a jamais été le nôtre, et que les mêmes mots n'ont pas pour eux et pour nous le même sens. C'esten effet la licencequ'ilsavaientconsacrée, pour renverser ou flétrir tout ce que les hommes connaissent de saeré; et ils étaient si loin de la liberté, que pendant des années on n'a pu écrire autrement que dans leur sens, si ce n*est au péril ou aux dépens de sa vie. Cette liberté a donc été alors muette et enchaînée , et enchaînée par eux seuls. Depuis qu'une constitution, dont ils se croient dbligés de respecter au moins le nom , ne permet plus d'abattre cette liberté avec le glaive, ont-ils
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cessé un moment de l'attaquer par tons les moyens du pouvoir ou de la corruption ? N'ont-ils pas été sans cesse occupés à l'anéantir, s'il était possible, par des actes arbitraires qu'ilii osent appeler des lois? Je me garderai donc bien de leur dire qu'ils sont inconséquents ; mais je leur dirai : Vous êtes bien malheureusement conséquents dans un bien malheureux système. Vous voulez à tout prix vous rendre les maîtres de l'opinion , parce que l'opinion est aussi une puissance, et la seule que vous n'ayez pas. Oui, c'en est une, sans doute, et il faut bien qu'elle soit réelle, puisque seule et dénuée de toute autre force, elle épouvante encore ceux qui ont toutes les forces dans leurs mains. Eh bien! il faut la conquérir. Mais sachez qu'on n'en vient pas à bout avec des canons et des baïonnettes, ni avec des décrets , pas plus qu'avec la plume de vos mercenaires. Il n'y a qu'une seule et unique voie pour y parvenir : c'est de m^tre d'accord la conduite des gouvernants avec la conscience des gouvernés. S'il vous en coûte trop de faire cette alliance avec l'opinion, ^ous réduirez-vous à lui imposer encore silence p&r la terreur? Je suppose encore possible ce qui tout au plus ne l'a été qu'une fois : vous n'aurez encore rien gagné. Sachez que la vérité n'en est pas moins une puissance, même quand elle se tait, car elle reste dans les cœurs jusqu'au moment où elle en sort tout armée; et ce moment , toujours inévitable , ne se fait pas même attendre longtemps. Enûn, tuerez- vous tous ceux qui sont capables de la dire? Et qui a tué plus de monde que Robespierre? Il n'a pas tué la vérité. Elle est étemelle comme son auteur; sans quoi il y a longtemps que le crime serait seul maître de la terre.
Les premiers ouvrages que l'impression fit éclore furent dictés par les muses latines , qui revenaient avec plaisir, sous le beau ciel de l'Ausonie, respirer l'air de leur ancienne patrie. Vida , Prascator, Ange- Politien,Sadolet, Érasme, Sannazar, et une foule d'autres , firent reparaître dans leurs écrits , non pas encore le génie, mais le goût et l'élégance de l'antique latinité : et il était juste que lltaiie fût le théâtre de cette heureuse révolution. Elle s'étendit à tous les genres , grâces à l'influence bienfaisante des Médicis, qui, tout-puissants dans Florence et dans Rome, y recueillirent les arts bannis de Constantinople par les armes ottomanes et par la chute de* ce fantôme d'empire grec , réduit depvis longtemps aux murs de Byzance. >Les Médicis eurent la gloire de marquer de leur nom, cher à jamais aux lettrés et aux artistes , cette grande époque du seizième siècle , le premier qui, dans la poésie, ait été le rival du siècle d'Auguste; qui, dans la sculpture et Parchi-
teeture, ait retracé ees belles formes, ces proportions élégantes, cette expression de la nature, ees dessins à la fois simples et majestueux , jusque-là connus seulement des Grecs , et des Romains leurs imitateurs; enfin, qui, dans la peinture, ait rempli ridée du beau, et au jugement des artistes et des connaisseurs de tous les pays , soit demeuré le modèle invariable de la perfection.
La magnificence et le goût des Médicis encouragèrent cette foule de talents supérieurs qui naissaient de toutes parts. L'Italie se remplit de ces cheft-4*oeuvre^ns nombre qui attirent encore dans son sein les étrangers de toutes les contrées, et qu'elle montre avec une sorte d'orgueil national , qui a passé jusque dans cette classe du peuple , partout ailleurs étrangère aux arts , mais qui semble en avoir naturellement le goût et l'amour dans le seul pays où les beaux-arts soient populaires. L'Europe a jeté un cri d'indignation , un cri entendu et répété même parmi nous, quand elle a vu enlever à ces peuples des monuments qui sont pour eux une propriété publique et l'objet d'un culte particulier. On a dit qu'entre les nations policées, la victoire, et méiye Texemple des Romains, n'autorisaient pas ces spoliations toujours odieuses, également condamiiées par la politique et par la morale des nations. Pour moi , je l'avoue , je souhaiterais du fond du cœur que ce fût le seul tort qu'on eût à nous reprocher. L'enlèvement de quelques tableaux, de quelques statues , de quelques livres , est un mal qui peut être aussi aisément et aussi promptement réparé que commis. Mais jetez les yeux d'un bout de la France à l'autre sur la nudité des temples, et demandez ce qu'est devenue cette prodigieuse quantité de monuments de toute espèce, non-seulement sacrés pour la religion des peuples, mais riches et précieux pour les arts , pour les antiquités, pour la gloire et l'ornement d'un grand empire : ils ne sont plus, et il faut des siècles pour les remplacer. Parmi taut de maux et de crimes, on ne saurait s'arrêter aux moindres, et c'est un devoir de ménager son indignation et ses larmes.
Médicis, maître de Florence, et le fameux pontife de Rome, Léon X, firent chercher dans toutes les bibliothèques les manuscrits des anciens, et les presses les reproduisirent, enrichis de recherches instructives et d'observations savantes. Alors fut entièrement déchiré ce voile épais et injurieux qu'une longue barbarie avait étendu sur la belle antiquité. Elle sortit de ses ténèbres, et parut encore toute vivante, comme ces statues qui, ensevelies pendant des siècles sous les décombres amassés par les tremblements de terre et les boule-
versements du çlobe, semblent encore , au moment où elles sont rendues au jour, sortir des mains de l'ouvrier. De là cette espèce d'idolâtriequ'elle Inspira d'abord , et qui alla jusqu'à une sorte de fanatisme ; tant il est plus difficile en tout genre- de régler le mouvement de l'esprit humain que de le lui donner ou de le lui rendra. Les érudits et les commentateurs formèrent un peuple de superstitieux. La science fut pédantesque, et l'âge suivant, par un autre excès, la rendit ridicule. Mais les hommes instruits et équitables recennattront toujours avec plaisir les obligations essentielles que nous avons à ces travailleurs infatigables, qui vieillissaient sur les parchemins, et s'enterraient vivants avec les morts. Nous leur reprochons de s'être trop passionnés pour les objets de leurs veilles , comme si cette passion même n'avait pas été un soutien néeessaire à leurs travaux ; d'avoir surchargé leurs commentaires d'une érudition minutieuse et souvent même inutile, comme si nous n'étions pas trop heureux qu'ils ne nous aient laissé que l'embarras de choisir. Ils se perdent quelquefois dans des sentiers obs» curs et stériles; mais ils ont, les premiers, débarrassé la grande route où nous marchons aiyoord'hui sans obstacle. Ils amassent péniblement quelquns ronces ; mais ils ont défriché le champ où nous cueillons sans peine les fruits et les fleurs. Ne perdons pas une occasion de redire à ce siècle frivole et hautain , qu'il n'y a aucun mérite à mépriser tout , mais qu'il y en a beaucoup à profiter de tout. Est-ce à nous d'insulter aux savants du seizième siècle, quand nous jouissons du fhiit de leur labeur? Ils ont porté jusqu*à l'abus l'étude et l'amour de l'antiquité, je •le veux; mais des modernes, qui ne devaient qu'aux lumières générales ce qu'ils pouvaient avoir d'esprit, ont beaucoup trop négligé cette même étude dont ils n'ont su que se moquer, comme des héritiers étourdis et prodigues laissent en riant dépérir entre leurs mains une fortune immense, obscurément amassée par des pères avares et laborieux.
Tels ne furent point l'Arioste et le Tasse, qui tous deux, versés dans l'ancienne langue des Romains, assez pour y écrire avec succès, aimèrent mieux illustrer celle de l'Italie moderne, et y tiennent encore le premier rang : l'un qui a fait oublier le Boyardoetle Puici, en immortalisant leurs fictions, qu'il embellissait des charmes de son style; l'autre qui , précédé dans Tépopée par le Trissin , ne prit de lui que cette simplicité de plan, cette unité d'action enseignée par les anciens, mais-qui, rempli du beau feu qui les animait , et que la nature avait refusé au chantre trop faible de VltaUa liberatat vint se placer à côté d'Homère et de Virgile, et balança par l'iuven-
SIEOJS DB LOUIS XIV. — INTRODUCTION
tion et llnléréi ee qui lui maiiqae pour les égaler dais la poésie de style. Ou nMgnore pas que l'Italie est encore partagée d*opimon entre le Tasse et l' Arioste , comme oiuse partage encore entre Corneille et Racine 9 et depuis si longtemps entre Cicéron et Démosthènes; car le génie, ainsi que tontes les puissances conquérantes, divise les hommes en les subjuguant, et ne se fait guère des sujets sans se &ire des ennemis. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner les titres des deux concurrents, qui passeront dans la suite sous nos yeux , quand nous nous occuperons particulièrement de la littérature étrangère. Ils ne sont nommés ici que comme étant du' petit nombre des hommes supérieurs dont lagloiredevient celle de leur nation , et comme les deux écrivains qui ont donné à la langue italienne toute la grâce et toute la force dont elle parait susceptible.
C'était le temps où cette langue souple et flexible prenait tous les tons, et s'assurait dans tous les genres des titres pour la postérité. L'auteur du Pas* torfido disputait à celui de VAmMe la palme de la pastorale dramatique. Guichardin atteignait à la dignité de l'histoire. Fra-Paolo soutenait la liberté et la constitution de sa patrie , avec la plume et le courage d'un citoyen, contre la politiqueambitiéuse du pontiiScat romain : heureux , si cette louable fer» meté n'eût pas dégénéré par la suite en une partialité blâmable; si rhistorien du concile de Trente, oubliant les querelles de l'avocat de Venise, eût écrit avec autant de fidélité que d'agrément et d'esprit; et si le défenseur de la liberté n'eût pas fini par être un des disciples de Machiavel 1
Ce Florentin, nourri dans les conspirations, et qui commença par échapper au dernier supplice en résistant aux tortures, s'est acquis une déplorable célébrité par son livre intitulé le Prince, qui n'est autre chose que la théorie des forfaits et le code de la tyrannie, et dont on a très-gratuitement voulu justifier l'intention , d'après une des rêveries d'Amelot de la Houssaye , qui crut avoir découvert que Machiavel n'avait professé le crime que pour en inspirer l'horreur. II suffît de lire ses ouvrages pour se convaincre que, naturellement imbu de la politique italienne de son temps , qui n'était guère que la perfidie et la scélératesse, il employa tout ce qu'il avait d'esprit et de talent à réduire en système ce qu'il voyait pratiquer tous les jours. Cette sorte de perversité peut se rencontrer dans un pays de révolution, tel qu'alors était l'Italie. Mais je dois observer aussi à ceux qui, ne connaissant point la mesure des choses, voient des ressemblances où il n'y a que des rapports éloignés, qu'on a fait injure à Machiavel en agrégeant à son école nos docteurs révolu-
tionnaires : la différence est très-grande. Maehiavel examine les occasions où l'assassinat et l'empoisonnement, les moyens d'oppression, de division et de destruction, peuvent être utiles ou nécessaires â la puissance qui ne fait pas entrer la morale dans sa politique. Il raisonne le crime , mais il ne le consacre pas ; il n'en dissimule pas même les dangers , et enseigne à en sauver l'horreur, autant du moins qu'il est possible. S'il se fût trouvé avec des hommes qni ne connussent d*autre politique que le pillage universel et le massacre universel, et qui posassent pour première base de gouvernement l'abolition de tout ordre social , moral et légal , comme le font encore aujourd'hui ceux qui veulent à toute force proclamer le gouvernement révolutionnaire , il n'aurait vu en eux que la lie des bandits de l'Europe, devenus fous depuis qu'on les a déchaînés ; et Machiavel, en voulant séparer la tyrannie* de la démence absohie, eût vraisemblablement péri parmi nous, oonmie étant de lafacUon des hommes d'État y ou de la faction des modérés, ou de la faction des honnêtes gens : on peut choisir.
Il appartient à l'époque dont je parlais , par sa comédie de /a iHiancfro^ore, qui, de son temps, eut un grand succès, et dont nous avons une imitation dans les œuvres de J. B. Rousseau. Tout imparfaite qu'est pour nous cette pièce , elle donna la première idée de l'intrigoe et du dialogue comique , (oomme la Sophonisbe du Trissin fut la première tragédie <Somposée d'après les règles d'Aristote. Mais ces essais, quoique dignes d'estime, furent alors des semences stériles, et la poésie dramatique resta dans son enfance chez ces mêmes Italiens qui , dans les autres arts, étaient les précepteurs des nations.
Elle prenait cependant, non pas encore un vol soutenu ni bien réglé, mais un essor quelquefois, très -élevé, chez des peuples que l'Italie regardait comme des barbares. L'Espagne, qui tenait des Maures sa galanterie chevaleresque, ses tournois, ses poésies d'un tour oriental, et ses romances amoureuses, eut alors son Lopez de Vega, et, depuis , son Calderon , qui montrèrent de l'invention , de la fécondité, et un génie théâtraL On sait que leurs innombrables drames, divisés en Journées, sont dépourvus de tout ce que l'art enseigne, et de tout ce que le bon sens prescrit; mais il y a des situations, des effets, des caractères même ; et c'est ce que n'ont point ou presque point nos meilleurs tragiques du même temps , aussi inférieurs aux Espagnols et aux Anglais, que Corneille et Racine leur ont été depuis supérieurs. C'est au même moment que parut chez les Anglais leur Shakspeare, qui eut les beautés et les défauts de Lopez et de Calderon ,
œUBS DE UTTÉRATUBE,
mais qui i sans porter Tart plus loin qu'eux , l'emporta sur eux par uu talent naturel, quelquefois éle?é, jusqu'au sublime des pensées, à l'éloquence des passions fortes, à l'énergie des caractères tragiques. Dans ces morceaux d'autant plus frappants qu'ils sont chez lui plus rares et plus mêlés d'alliage, il fut, il est vrai, au-dessus de son siècle, où la réritable tragédie était ignorée partout; mais depuis que des génies du premier ordre , sous Louis XIV et de nos jours, l'ont portée à sa perfection, il n'appartient plus qu'à la prévention nationale chez les Anglais, ou parmi nous à la manie paradoxale, de comparer les maîtres dans le premier des arts cultivés par les nations éclairées à un écrivain qui, dans la barbarie de son pays et dans celle de ses écrits, fit briller des éclairs de génie.
Le Portugal pouvait se glorifier d'avoir donné à l'épopée un poète de plus, Camoens, qui eut, à la vérité, fort peu d'invention, mais qui, dans plus d'un endroit de sa Lusiade, retraça l'élévation d'Homère, et, dans l'épisode d'Inès, l'expression touchante de Virgile. Son poème, trop au-dessous dé son sujet , qui était graiMl ; trop défectueux dans le plan, qui est à peu près historique, se recommandait surtout par l'espèce de beauté qui contribue le plus à faire vivre les ouvrages de poésie, celle du style.
Le nord n'avait encore rien produit dans les arts de l'imagination, mais il s'illustrait d'une autre manière par les services qu'il rendait aux sciences , et , quoiqu'elles n'entrent pas dans notre plan, Il convient au moins de les rapprocher ici un moment sous ce coup d'œil général que je dois étendre sur tous les pas que faisait en même temps l'esprit humain , qui , dans tous les États de l'Europe , reprenait le mouvement et la vie.
Copernic n'est pas le premier, comme il est trop ordinaire de le croire, qui ait placé le soleil au centre du monde, et qui ait fait tourner autour de cet astre la terre et les planètes. Près de deux mille ans avant lui, un des disciples de Pythagore, Philolans, avait publié ce système : il venait encore d'être discuté et soutenu à Rome, dans Te quinzième siècle. Mais il est resté à Copernic , parce qu'il réussit à le démontrer. H étendit et perfectionna, par ses méditations, cette ancienne théorie longtemps oubliée , et parvint à expliquer heureusement tous les phénomènes célestes par le double mouvement de la terre, et par les révolutions régulières des planètes autour du soleil, en proportion de la distance où elles sont de cet astre, placé au centre de notre sphère. Galilée, dans l'âge suivant , rendit sensibles aux yeux les vérités ensei-
gnées par Copernic* Le HoUandaii Métios venait d'inventer les verres d'optique : Galilée, à l'aide de cette découverte, que ses expériences enrichirent encore, noos montra de nouveaux astres dans les deux. Grâces à loi , et à Torricelli son disciple , qui nous fit connaître le pesanteur de l'air, l'Italie, déjà si prédominante dans les lettres et les arts, eut aussi son rang dans l'histoire de la philosophie. En Allemagne, Tycho-Brahé et Kepler, l'un, malgré ses erreurs , regardé comme le bienfaiteur des sciences auxquelles il consacra son temps et sa fortune; l'autre, nommé par les savants le l^islatenr de l'astronomie et le digne précurseur de I<f ewton , dé* dommagèrent leur patrie de ce qui lui manquait dans les arts d'agrément. L'Angleterre, destinée à devem> bientôt la législatrice du monde dans les sciences exactes et dans la saine métaphysique, pouvait dès lors opposer à tous les grands hommes que j'ai nommés le chancelier Bacon, l'un de ces esprits hardis et indépendants qui doivent tout à l'étude approfondie de leurs propres idées , et à l'habitude de considérer les objets comme si personne ne les avait considérés auparavant. Il remplit toute l'étendue du titre qu'il osa donner, d'apr& la conscience de son génie, à ce livre immortel ' , qui apprit à la philosophie à ne plus faire un pas sans s'appuyer sur le bâton de l'expérience; et c'est en suivant ses leçons que la physique est devenue tout ce qu'elle pouvait et devait être , la science des faits , la seule permise à l'homme, si longtemps condamné par son orgueil à déraisonner sur les causes, faute de reconnaître qu'il était condamné par sa nature à les ignorer.
La France ( il a fallu finir par elle : elle est venue tard dans tous les genres; mais elle a passé, dans plusieurs, les nations qui l'avaient précédée), la France était alors bien loin de pouvoir balancer tant de gloire. Descartes n'était pas né. La langue n'avait ni pureté ni correction. Ce qu'elle avait produit de meilleur en vers et en prose n'avait pu servir qu'à ses progrès , encore lents et bornés , sans donner à notre littérature cet éclat qui ne se répand au dehors que quand une langue est à peu près fixée. L'historien de Thou pouvait être réclamé par les Latins, dont il avait emprunté la langue, et imité l'élégance , le goût et le jugement, te théâtre français, devenu depuis le premier du monde, n'existait pas. Amyot en prose et Marot en poésie se distinguaient surtout par un caractère de naïveté qui est encore senti aujourd'hui parmi nous; mais la noblesse et la régularité d'une diction soutenue, et les
* Noirnm icieiUiarum Organum.