‹ Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 53 sur 88 · ATALIDE · texte numérisé non relu

ATALIDE

On m'a dit que do camp un esdave est vena : Le reste est on secret qui ne m*est pas oenno.

ROXAMB.

▲morat est heoieax.; la fortone est changée , Madame, et soqs ses lois Babylone est rangée.

ATAUDB.

Hé qod ! madame , Osmin...

ROXAIŒ.

£talt mal awrtfi; Et depuis son départ cet esclave est partt. Cen est fait.

ATALIDE,âparf.

Quel revers!

ROXAHE.

Pour comble de disgrAoes , Le sultan qui renvoie est parti sur ses traces.

ATAUDB.

Quoi ! les Persans armés ne Tarrëtent donc pas?

ROXANE

Non, madame, vers nous il revient à grands pas.

ATAUDE.

Que Je vous plains', madame! et quMl est nécessaire D'achever promptement ce que vous voulies faire I

ROXANE

U est laid de vouloir s'opposer an vainqueur.

ATAUDB, à pari.

0«iel!

ROXANE

Le tempe n'a point adoud sa rigueur :

Vous vo^ez dans mes mains sa vdlonté suprême.

ATAUDB.

Et que vous mande-t-U?

ROXANE

Voyez, Usez vous-même.

Tous eoimaissez , madame , et la lettre.et le seing?

ATAUDE.

Du cruel Amurat je reconnais la main.

{Elle lU.) « ilvant que Babylone éprouvAt ma puissance , « le vous ai foit porter mes ordres absolus : « Je ne veux point douter de votre obéissance , « Et croto qoe maintenant Bi^azet ne vit plus, c le laisse BOUS mes lois Babylone asservie, « Et confirme en partant mon ordre souverain. « Vous , si vous avez soin de votre propre vie. « Ne vous montrez à moi que sa tète à la main. »

ROXANE

Hé bien?

ATAUDE, <k pari.

Cache tes pleurs, malheureuse Atalide !

ROXANE

Que vous semble?

ATAUDE.

^ Il poursuit sèb dessein panrldde.

Mail fl pense proscrire un prince sans appui : Il ne sait pas l'amour qui vous parle pour lut ; Que vous et imazet vous ne faites qu*une Ame ; Que plutôt , s'U le faut , vous mourrez...

ROXANE

Bfol, madame!

le voudrato le sauver; je ne le puis haïr. Hais...

ATAUDB.

Quoi donc ? qu'a vez-votts résolu ?

ROXANE

Dk>béir.

ATAUDB.

D'obéir I .^

ROXANE. '-

Et que fslre dans œ péfil extrême?

nie faut . ft .

COURS DE LITTÉRATUBB.

ÀTAUOB.

Quoi ! oe prince aimable... qui vooa atmep Verra finir Bes Jours qu*il voos a destinés !

ROXANE

n le faat; et déjà mes ordres sont donnés.

▲TAUOB.

Jememeors.

Elle s'évanouit, et ce n'est point ici, comme dans quelques tragédies, un évanouissement de commande. L'idée de la mort de Bajazet doit frapper la tendre Atalide d'un coup mortel, et Roxane ne doute plus de la trahison. Quelle différence de cette scène à tout ce qui a précédé ! L'action, qui avait langui jusque-là dans des explications amoureuses, commence enfin à devenir tragique. Le désespoir d'Atalide, le danger de Bajazet, les transports furieux de Roxane raniment l'intérêt , et au milieu de ces mouvements orageux , Aoomat conserve encore sa place et garde son caractère. Roxane l'instruit de la fourbe de Bajazef, qui les trompait tous deux; elle paraît déterminée à abandonner un ingrat; elle ne doute pas que le vizir ne partage ses ressentiments. Al^mat, sans balancer, feint d'entrer dans ses vues ; il n'a que cette voie pour tirer, s'il se peut , Bajazet de ses mains.

ACOHAT.

Moi-même, s'il le faut, Je m'offre à vous venger. Madame; laissez-moi nous laver Tan et Tautre Da crime que sa vie a Jeté sur la nôtre. Montrez-moi le chemin ;ry cours.

ROXANB.

Non, Acomat, Laissez-moi le plaisir de confondre llngrat : Je veux voir son désordre , et Jouir de sa lionte : Je perdrais ma vengeance en la rendant si prompte. Je vais tout préparer. Vous , cependant , allez Disperser promptement vos amis assemblés.

Les deux personnages soutiennent également leur caractère; tous deux vont à leur but. Acomat ne perd pas l'espérance de sauver le prince, ni Roxane celle de le regagner. Acomat reste seu^avec Osmin.

ACOMAT

^Demeoie. U n'est pas temps, cher Osmin, que Je sorte.

OSMIIf. ~

Quoi ! Jnsque-U , seigneur, votre amoor vous transporte? If 'avez- vous pas poussé la vengeance assez loin? Toulez-vous de sa mort être encor le témoin 7

ACOHAT.

Que veux-tu dire? Es-tu toi>même si croule Que de me soupçonner d'un courroux ridicule? Moi Jaloux!

Remarquons, en passant, comme ce mot de Wdicule, qui ne semble pas fait pour la tragédie, est ennobli dans la place où il est, par l'idée qu'il donne d'Aeomat : on voit de quelle hauteur il regarde les faiblesses de l'amour. Personne n'a possédé comme Racine le secret de relever les expres-

sions les plus communes par la place.

dont il les

Moi Jaloux ! plût au dd qu'en me manquant de foi , L'imprudent BaJazeA n'eût offensé qun nol !

OftKIll.

Et pourquoi donc , sdgneor, ^au lieu de le défendre...

ACOHAT.

Et la sultane estreUe en état de m'entendre? Ne voyais-tu pas bien , quand Je l'allais trouver. Que J'allais avec lui me perdreau me sauver ? Ahj de tant de eonseilê événemaU sioistic 1 Prince aveugle ! ou plutôt trop aveugle ministre ! Il te sied bien d'avoir en de si Jeunes mains , Chargé d'ans et d'honneurs, confié tes dMscini, Et laissé d'un vizir la fortune flottante Suivre de ces amants la conduite imprudente.

C'est bien ici le langage que doit tenir Aoomat : mais il n'a rien à se reprocher, et la comktUe de ces amanU est telle, qu'il ne pouvait pas la prévoir. Voyons quelle est la sienne dans un instant si critique.

Hé ! laisseiHles entre eux exercer leur counoox. Bajazet veut périr; seigneur, songez à vous. Qui peut de vos desseins révéler le mystère , Sinon quelques amii engagés à se taire? Tous venez par sa mort le sultan adoucL

ACOMAT

Eoxane en sa ftareur peut raisonner ainsL

Mais moi, qui vols plus loin; qui, par un long usage.

Des maximes du trône ai fait i'apprenUssage;

Qui, d'emplob en emplois yfeiOi sous trois siiitaD»,

Ai vu de mes pareils les mâUiears édatants;

Je sais, sans me flatter, que de sa seule audace

Un homme tel que moi doit attendre sa grflce,

Et qu'une mort sanslante est l'uniqu»tniilé

Qui reste entre i'esc^ve et le maître irrité.

osMm.

Fuyez donc.

ACOHAT.

rapprouvais tantôt cette pensée; Mon entreprise alors était moins avancée : Mais il m'est désormais trop dur de reculer. Par une belle chute 11 faut me signaler. Et laisser un débris, du moins après ma fuite, Qui de mes ennemis retarde la poursuite. Bijazet vit encor : pourquoi nous étonner? Acomat de plus loin a su le ramener.

Sauvons-le malgré lui de ce périt extrême, Pour nous, pour nos amis , pour Rozane eOMnéMe. Tu vois combien son cœur, prêt à le J>rôtéger, A retenu mon bras trop prompt à la venger. Je connais peu l'anour, mais J'ose te répondre Qu'il n'est pas condamné, puisqu'on vaut le confondre : Que nous avons du temps. Malgré son désespoir, Eoxane raime encore, Osmin , et le va voir.

osam.

Enfin que vous inspire une si noble audace? Si Roxane l'ordonne, il fout quitter la place, Ga palais est tout pMn...

ACOMAT

^ . . . Oui, d'esclaves obscurs,

ICourris loin 4e la gnerre, à Vtmbnûe ces murs. Mais toi, dont la valeur d'Amurat oubliée. Par de communs chagrins à mon sort s'est lié», YoQdras-tu Jusqu'au bout seconder maa flmuiv?

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